[Web-Série] Episode 1 – Ils régénèrent les sols

par | 15 Sep 2020 | Web-Série

EN BREF, depuis que nous sapiens sommes passés de chasseurs-cueilleurs à agriculteurs, nous n’avons cessé de perfectionner nos techniques de production en vue de nous nourrir tous. Mais ces dernières décennies, la recherche de productivité et de contrôle s’est accélérée, elle a conduit à l’émergence d’une agriculture standardisée, déconnectée des cycles naturels.

Concevoir l’agriculture de cette manière c’est faire l’impasse sur un point essentiel : l’agriculture traite avant tout de cycles vivants. Parce qu’on traite avec du vivant, (1) on ne peut pas tout contrôler (2) on est en prise directe avec un système d’interactions complexes entre différentes espèces à l’origine de notre alimentation, lesquelles sont en co-évolution depuis des millions d’années avec le sol. Ainsi, pour avoir une alimentatation saine, il faut des plantes en bonne santé et donc un sol en bonne santé Or, aujourd’hui 60% des sols mondiaux sont dégradés à des degrés divers (Ademe, L’avenir des sols en 10 questions, 2019).

C’est pourquoi chez Fermes En Vie, on s’intéresse à l’agroécologie, une méthode de production qui respecte les sols et leur écosystème.

Afin de mieux comprendre les enjeux et modèles à l’oeuvre, nous sommes allés voir Sarah (agricultrice en Aveyron) et Thierry (agriculteur au sein de la SEP de Bord en Bourgogne), tous deux en grande culture. Ils nous parlent de ces nouveaux modèles de production innovants qui replacent le sol et les cycles vivants au coeur de l’écosystème.

Sarah a repris la ferme de son grand père en 2010. Thierry, quant à lui, a constitué il y a 10 ans avec 5 autres agriculteurs un collectif qui est devenu aujourd’hui une sorte de laboratoire de bonnes pratiques agroécologiques.

Ils l’expriment tous les deux clairement, être agriculteur c’est :

  • produire de la nourriture
  • gérer de la biodiversité
  • s’en sortir dans un contexte de compétitivité accrue

Mais c’est aussi et surtout : gérer des cycles

 

EN QUOI LE SOL REPRÉSENTE UN ENJEU MAJEUR ?

1. Une alimentation saine : les sols sont le support de l’agriculture. 95% de nos aliments sont produits directement ou indirectement sur nos sols (FAO, 2015). La santé des sols est donc un enjeu majeur. De la santé des sols dépend la qualité de notre alimentation.

2. Divers services écosystémiques : les sols permettent de filtrer et stocker l’eau. Les sols de qualité participent donc à la protection de cette ressource vitale et permettent de réduire les risques de crue.

3. Lutte contre le dérèglement climatique : ils permettent aussi de stocker des quantités importantes de carbone. Entre 1 500 et 2 400 milliards de tonnes de carbone sont stockées dans la matière organique enfouie dans le sol partout dans le monde, soit 2 à 3 fois plus que dans l’atmosphère (Source : Ademe, l’Etat des Sols en 10 questions). Les sols représentent donc une opportunité dans la lutte contre le dérèglement climatique.

Mais encore faut-il travailler avec un sol qui soit en mesure de rendre ses services. Pour cela, le sol dans être biologiquement fertile.

 

Un sol biologiquement fertile, késako ?

La fertilité biologique des sols se définit comme l’aptitude des sols à apporter les éléments essentiels (azote, phosphore et potassium principalement) à la croissance des végétaux par l’action des organismes vivants (animaux, insectes, champignons, parasites). L’ensemble de ces organismes contribuent à la dégradation de la matière organique qui entraîne la libération des éléments nutritifs nécessaires à la plante.

Autrement dit, pour qu’un sol soit fertile, il doit être riche en matière organique, ne pas être tassé mais aussi accueillir une grande biodiversité. Sans ces éléments, sa capacité de production est directement impactée.

 

QUEL EST L’ÉTAT DES SOLS AUJOURD’HUI EN FRANCE ?

Globalement les sols français sont de bonne qualité si on les compare à l’état des sols dans le monde.

Néanmoins, depuis 1961, la France a perdu 17% de sa surface dédiée à l’agriculture – en partie liée à l’artificialisation des sols via l’urbanisation.

De plus, les sols font face aujourd’hui à 2 problématiques :

  • Érosion physique 
  • Érosion de la biodiversité 

… tous 2 ayant un impact certain sur la fertilité du sol

En effet, derrière la diversité d’espèces d’organismes vivants se cache en fait une diversité de fonctions utiles à la nourriture et à la santé des plantes. Si on ne réagit pas, on peut donc condamner ces fonctions et à terme menacer notre capacité à nous nourrir.

L’EVOLUTION DES ENJEUX ENTRAINE UNE NECESSAIRE EVOLUTION DES MANIERES DE PRODUIRE

 

Depuis l’invention de l’agriculture, il y a près de onze mille ans, on a travaillé à rendre l’agriculture plus “performante”.

Dans cette logique, on a bien sûr cherché à augmenter les rendements. Tout d’abord par une sélection naturelle des variétés les mieux adaptées à tel ou tel terroir. Mais surtout par l’apport d’engrais. D’abord organiques, puis minéraux à partir de la 2ème moitié du XIXe siècle. Le 20e siècle a vu une croissance extraordinaire, économique et démographique, associée à une révolution dans l’agriculture. A titre d’exemple, entre 1961 et 2000, l’utilisation d’engrais azotés a été multipliée par un facteur 7.

 

 Qu’est-ce qu’on fait – Pour bien manger, on regarde où on met les pieds

 

Ce sont ces pratiques agricoles qui ont permis de répondre aux besoins alimentaires d’une population mondiale croissante et garantissent aujourd’hui notre approvisionnement. Néanmoins, confrontées aux limites physiques, géologiques et biologiques de notre planète, certaines de ces pratiques rendent notre système agricole et alimentaire actuel vulnérables.

C’est par exemple le cas du labour qui active la respiration et la minéralisation de la matière organique dans les sols, remonte les sels minéraux de profondeur et donc facilite la croissance des plantes, mais qui n’est pas viable sur le long terme car il augmente entre cinq et cent fois l’érosion des sols.

C’est aussi le cas des apports d’engrais de synthèse. En effet, quand les plantes poussent dans un sol fortement fourni en engrais, elles finissent par pouvoir se nourrir directement et ne plus avoir intérêt à se nourrir avec l’aide des champignons du sol et donc n’alimentent plus ces derniers en retour. On perd donc l’effet phytosanitaire de ces champignons et on entre alors dans une double dépendance, non seulement aux apports d’engrais, mais aussi aux traitements pesticides qui pallient la moins bonne résistance des plantes aux maladies.

Ce que certains avaient constaté empiriquement est aujourd’hui explicable par la science. La difficulté est alors de conjuguer la technologie avec la science du vivant plutôt que de les opposer.

 

ALORS CONCRETEMENT, COMMENT PRATIQUER UNE AGRICULTURE EN FAVEUR DE SOLS VIVANTS ?

 

3 principes sont mis en avant par Sarah et Thierry :

1. Un couvert végétal permanent 

L’avantage principal de cette couverture permanente des sols est de pouvoir stocker du carbone toute l’année. En effet, pour pouvoir stocker du carbone dans le sol, il faut des plantes vivantes. C’est via la plante vivante que le mécanisme de la photosynthèse sera possible : elle va alors convertir le CO2 de l’atmosphère et l’eau en sucre. Or en moyenne en France les sols sont nus 4 mois par an. On estime à 90% la perte de matière organique des sols depuis les années 50.

Aussi, plus il va y avoir de carbone dans le sol, plus il va y avoir d’interactions entre les éléments et notamment avec l’eau. “En multipliant par 2 le taux de matière organique, on multiplie par 4 la capacité de rétention en eau.” explique Sarah. Plus il y a de carbone dans le sol, plus on va pouvoir stocker de l’eau pendant l’hiver et plus on va pouvoir utiliser cet eau au printemps et pendant l’été. Ainsi, on lutte contre l’érosion.

Et comme expliqué plus haut, en stockant ce carbone, on participe également à lutter contre le déréglement climatique.

2. Pas de labour ni perturbation du sol par les outils métalliques 

En pratiquant le labour, on perd les bénéfices acquis par les couverts végétaux permanents. Parce qu’on retourne le sol, le carbone stocké se retrouve en contact avec l’oxygène et émet donc du CO2. De plus, en labourant, on casse les systèmes racinaires qui s’étaient crées et ainsi on détruit la biodiversité : l’infiltration de l’eau devient donc difficile et le phénomène d’érosion s’amplifie.

3. Des rotations plus longues (5 à 6 cultures différentes)

Et si, plutôt que de polariser le débat sur une vision binaire de l’agriculture (bio / conventionnelle qui d’ailleurs, dans leur application, trouve des significations extrêmement diverses), la meilleure grille de lecture pour faire les bons choix était celle des sols vivants ?

 

ET L’AGROECOLOGIE DANS TOUT CA ?

L’agroécologie, inscrite dans le Code Rural depuis 2014, représente un modèle agricole qui s’inspire de la nature, en copiant le fonctionnement des écosystèmes pour faire de l’agriculture. A travers cette démarche, l’objectif de l’agroécologie est d’avoir des performances environnementales fortes en produisant autant, tout en réduisant les besoins énergétiques, les apports en eau, en engrais et en pesticides, ainsi que le travail de l’agriculteur.

A ce titre, ramener de la vie dans les sols est un point de départ essentiel pour nourrir la planète. En revanche, il ne permet pas d’atteindre à lui seul cet objectif. D’autres pratiques complémentaires ont attiré notre attention. On vous en parle dans les articles suivants.

 

 

 

Quels enseignements pour Fermes En Vie ? Garantir l’atteinte d’objectifs agro-environnementaux ambitieux dans le respect des sols, de la biodiversité et des hommes fait partie de nos objectifs. Pour cela, nous favorisons le développement de pratiques agronomiques en agroécologie. 

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