Vous avez le coup de cœur pour une ferme mais… elle n’est pas en bio, et la conversion vous semble un parcours long et semé d’embuches ? Pas de panique, on a débroussaillé la question pour vous afin d’y voir plus clair. Alors, c’est quoi exactement le label bio ? Quelles démarches dois-je faire ? A quoi penser avant de me lancer ? Quelles aides existent ? … Tour d’horizon pour bien préparer votre conversion à l’agriculture biologique, et -on l’espère- vous permettre de rejoindre les rangs toujours plus nombreux des 12 % de fermes bio en France.

Au sommaire…

  1. La conversion à l’agriculture biologique, comment ça se passe concrètement
  2. Au delà de la certification biologique, une changement de système agronomique 
  3. Conversion à l’agriculture biologique et modèle économique

Visite de ferme

Vous avez commencé à visiter des fermes en vue d’une reprise ou d’une location ? Ou vous savez que vous allez bientôt vous y mettre ? Nous vous avons concocté un guide gratuit à télécharger pour vous y retrouver dans ce moment clé : comment préparer la visite, comment comparer les fermes entre elles, comment définir ses critères, etc.

1. La conversion à l’agriculture biologique, comment ça se passe concrètement ?

a. Les principes de la réglementation en agriculture biologique

 

Le label AB (Agriculture Biologique) certifie qu’un produit d’origine animale ou végétale respecte le cahier des charges de l’agriculture biologique, et ce, de sa production à sa mise sur le marché. Cela concerne :

  • les produits agricoles non transformés comme les céréales, légumes, fruits, lait, œufs, … ;
  • les produits agricoles transformés destinés à l’alimentation humaine, tels que le pain, les fromages, les plats cuisinés ;
  • les aliments destinés aux animaux ;
  • les semences et matériels de reproduction végétative.

Ce label, normé au niveau européen, identifie les pratiques autorisées ou non par type de production. On se passera par exemple de produits de synthèse, organismes génétiquement modifiés ou encore du recours systématique aux antibiotiques dans les élevages.

La certification bio est soumise à la validation d’un organisme certificateur, et doit être reconduite chaque année, après une visite de contrôle. Payante, son prix varie entre 450 et 1 000 euros en fonction de la taille de votre exploitation et des productions à certifier.

 

b. Les démarches à effectuer

 

Avant la conversion à l’agriculture biologique :

  • Demander un devis à un ou plusieurs organismes certificateurs ;
  • se notifier auprès de l’Agence BIO pour être ajouté à l’annuaire des professionnels du bio ;
  • envoyer un courrier d’engagement à l’organisme certificateur choisi ;
  • celui-ci organise alors une première sur la ferme, pour vérifier vos documents de suivi cultural, les parcelles, les lieux de stockage et de transformation… Si vous êtes en conformité, votre date d’entrée en conversion sera celle du courrier d’engagement. Sinon, elle prendra effet lors de votre mise en conformité.

Pendant la conversion au bio :

La certification bio ne s’obtient pas en un jour. Elle nécessite une période de transition pendant laquelle vous devrez respecter le cahier des charges bio sans que vos produits ne puissent être commercialisés sous le logo AB.

La durée de la transition varie en fonction du contexte et du type de production :

  • En production végétale, compter 2 ans avec des pratiques respectant le cahier des charges avant le semis des cultures annuelles et 3 ans avant la récolte des cultures pérennes (arboriculture, viticulture…). Cette période de conversion à l’agriculture biologique est réduite si les parcelles en conversion étaient auparavant des prairies naturelles, des friches ou encore des terres non cultivées ;

Par exemple, vous achetez une ferme en grandes cultures non bio en 2022. Vous lancez la démarche de conversion en début d’année 2023, et lancez vos premiers semis dans la foulée. Ce sera votre récolte 2025 qui sera certifiée bio.

Si au contraire votre truc c’est plutôt les arbres fruitiers, la certification bio sera effective sur votre millésime 2026 avec un lancement de la démarche en 2023.

  • Pour les productions animales, compter également 2 ans si la conversion à l’agriculture biologique se fait en parallèle de la conversion des productions végétales de la ferme. Cette durée tombe à 18 mois si la conversion débute quand les animaux sont alimentés avec les fourrages et cultures produits sur la ferme en deuxième année de conversion.

Imaginons maintenant que sur la ferme céréalière dont les céréales sont bio en 2025 se trouve également un atelier poules pondeuses, nourries avec ces céréales… Si la conversion bio de l’atelier élevage commence en 2023 comme les céréales, les œufs seront également bio en 2025. En revanche, si la conversion n’est lancée que fin 2024 avec les céréales bio, les œufs seront certifiés bio mi-2027 (ce qui fait gagner six mois sur le délai).

Après la conversion AB :

Ça y est, vous avez obtenu votre certification AB ! N’oubliez pas de :

  • Adapter les étiquettes de vos produits selon la règlementation en vigueur (utilisation du logo AB, numéro de l’organisme certificateur bien visible…) ;
  • Tenir un cahier de culture ou d’élevage, pour répertorier les interventions effectuées, l’utilisation de produits et leur origine etc. ;
  • Vous soumettre chaque année à la visite de contrôle de l’organisme certificateur et payer la certification annuelle.

Et à tout moment, n’hésitez pas à demander de l’aide ! Les Chambres d’Agriculture et les Groupements des Agriculteurs Biologiques (GAB) sont à votre disposition gratuitement pour vous accompagner dans cette aventure. Demandez également un diagnostic pré-conversion auprès de votre Chambres d’Agriculture.

Pour aller plus loin :

2. Au-delà de la certification bio, un changement de système agronomique

 

a. La conversion à l’agriculture biologique : de nouvelles façons de faire… mieux !

 

Plus qu’un simple cahier des charges, la conversion bio impose bien souvent aux agriculteur.ices de revoir en profondeur leurs pratiques agronomiques. L’agriculture biologique est en effet la garantie d’une pratique agricole soucieuse des équilibres naturels et de la biodiversité, de la santé humaine et du bien-être animal. D’un point de vue agronomique, agriculture biologique rime avec :

  • recyclage des résidus et des déjections animales pour éviter le gaspillage ;
  • préservation des sols et de leur matière organique grâce à la diversité des cultures et des élevages ;
  • choix de variétés de plantes ou de races animales adaptées aux spécificités des terroirs.

Dans le cas des productions végétales par exemple, et pour compenser l’absence d’intrants de synthèse, le passage au bio s’accompagne généralement :
– d’une diversification et d’une rotation des cultures, afin de réduire les risques de contaminations ou la prolifération de ravageurs ;
– de l’augmentation de culture de légumineuses (luzerne, trèfle, fèves, …) qui fixent l’azote dans le sol, et le rendent disponible pour les cultures suivantes.

b. Penser diversification

 

A la ferme de Germainville, en Eure-et-Loir, c’est le pari qu’a fait Fabien Perrot au moment de la reprise de la ferme familiale (pour la 5e génération !) en 2018. Le passage en bio a fait partie d’un changement global de système de production : d’une ferme céréalière de 260 ha à une ferme céréalière… mais aussi de légumes de plein champ et d’élevage de bœufs Angus. Pour Fabien, c’est la combinaison gagnante : « l’élevage dans un système herbag​er prend tout son sens, ​car il permet de fertiliser les cultures et d’introduire de la luzerne et des prairies dans l’assolement. La mise en place de l’irrigation a été indispensable dans ce système bio : elle a permis l’arrivée de nouvelles cultures, ce qui allonge les rotations et limite beaucoup ​l’enherbement et les ravageurs (insectes et maladies). La diversification nous garantit une situation de base qui est saine. » Et les banques ont suivi, afin de soutenir les investissements liés à l’irrigation, les nouveaux équipements (semoir, bineuse à caméra, herse étrille, système de guidage…) et un bâtiment de stockage pour les céréales.

Aujourd’hui, la ferme emploie ses quatre premiers salariés et vend ses produits ​en vente directe mais aussi en coopérative et auprès d’industriels de l’agro-alimentaire. Alors, les conditions d’une conversion réussie pour Fabien ? « Bien connaître le cahier des charges bio et les dates de conversion pour prévoir son plan d’assolement et de commercialisation sur cinq ans, et anticiper le besoin en trésorerie pour les deux années ​de transition. »

Les angus de la Ferme de Germainville

La Grange

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3. Conversion à l’agriculture biologique et modèle économique

a. Repenser ses débouchés commerciaux

 

La conversion bio d’une exploitation a des répercutions structurelles sur son modèle économique : modification des charges, du temps de travail, des rendements… Ces changements entraînent bien souvent un manque à gagner pour l’agriculteur.ice qui adapte ses débouchés commerciaux pour compenser cette perte, et à terme, augmenter son revenu.

Pour cela, plusieurs solutions :

  • L’augmentation du prix de vente des produits bio (qui peut varier de 15 à 70 % selon les produits et circuits de distribution) ;
  • Le choix de filières courtes et locales, pour diminuer le nombre d’intermédiaires et le coût du transport, et assurer un prix de vente acceptable côté consommateur.ice et producteur.ice ;

Et ce choix de filières de proximité est une sécurité précieuse face au risque actuel de baisse des prix due à un recul global de 3 % de la consommation bio dans les moyennes et grandes surfaces. Cela concerne surtout la farine (-18 %), le beurre (- 12 %), le lait (-7 %) ou les œufs (- 6%).

Plusieurs raisons expliquent cette situation inédite :

  • De nouveaux consommateurs bio pendant le confinement s’en sont retournés à leurs anciennes habitudes conventionnelles ;
  • La baisse du pouvoir d’achat décourage certains achats bio ;
  • La concurrence de produits bio venus de l’étranger continue à faire baisser les prix du marché.

Chiffres clés :

  • 20 % c’est la diminution moyenne de rendement du bio par rapport au conventionnel ;
  • 30 % c’est la part d’emplois en plus générée par une ferme bio par rapport au conventionnel, à structure égale ;
  • De 15 à 70 % c’est l’augmentation du prix de vente en bio par rapport au conventionnel.

b. Passer le cap des années de conversion à l’agriculture bio

Vous l’aurez compris, les années de conversion au bio sont LE moment délicat à passer, où l’on met en place de nouvelles façons de faire, avec des investissements parfois importants, sans pouvoir encore vendre ses produits au prix du bio.

Là encore, plusieurs solutions existent pour vous aider dans cette période :

  • Certaines coopératives, réseaux AMAP ou de distribution bio peuvent commercialiser les produits en période de conversion, à condition que cela soit clairement indiqué pour le consommateur ;

Une jeune entreprise, BioDemain, en a d’ailleurs fait son cheval de bataille : aider économiquement les agriculteurs pendant toute la période de conversion, en leur garantissant un juste prix de vente, fixé avec eux. « On ne trouvait pas logique que certains agriculteurs soient contraints d’abandonner une démarche de conversion trop lourde économiquement » nous explique Maxime Durand, co-fondateur et directeur général de BioDemain. Leur idée ? Créer une marque éthique et solidaire, au design percutant, pour vendre des produits frais ou transformés issus d’exploitations en conversion. « En moyenne, nos producteurs sont rémunérés 60 % de plus que s’ils vendaient leurs produits en conventionnel » précise Maxime. Pommes, poires, carottes, pois chiche, huile d’olive… la liste s’allonge chaque année et investit les rayons de grands distributeurs partenaires comme Naturalia, BioC’Bon ou encore Carrefour et Auchan. Et quand on évoque la baisse du prix de certains produits bio en 2022, Maxime se veut confiant : « Toutes les crises provoquent une frilosité de consommation du bio. Mais la bio a de belles années devant elle. On est loin d’être arrivés au maximum de nos capacités. » Et pour aller au bout de la démarche, BioDemain s’est également constitué en tant qu’entreprise sociale qui partage ses bénéfices avec l’ensemble de ses parties prenantes. Ainsi, ce sont 120 000 € qui ont été reversés aux partenaires depuis la création de l’entreprise il y a trois ans, dans une réelle dynamique vertueuse et durable.

BioDemain

La gamme de BioDemain

  • Les aides à la conversion au bio de la PAC : des aides à la conversion à l’agriculture biologique peuvent être demandées au moment de la déclaration PAC. Attention, il faut donc que la démarche de conversion ait été démarrée avant le 15 mai. Ces aides sont calculées en fonction du type de culture. Compter par exemple :
    • 900€/ha/an pour maraîchage ou arboriculture ;
    • 300€/ha/an pour les cultures annuelles type céréales ;
    • 130€/ha/an pour les prairies d’élevage.

c. Et après la conversion ? Un soutien sur le long terme

 

Les aides au maintien de la PAC
La PAC encourage aussi le maintien en agriculture biologique par des aides financières. Compter alors :

  • 600€/ha/an pour le maraîchage ou l’arboriculture ;
  • 100€/ha/an pour les cultures annuelles type céréales ;
  • 90€/ha/an pour les prairies d’élevage.
  • Ces aides sont également à demander lors de votre déclaration PAC annuelle. À savoir, la nouvelle PAC française est en cours de finalisation, ces chiffres seront différents à la rentrée de septembre 2022.

Crédits d’impôts pour l’agriculture biologique
Depuis 2006, l’Etat a mis en place un crédit d’impôt de 3 500 € à destination des agriculteurs bio. Vous pouvez en faire la demande au moment de votre déclaration d’impôt, et ce, même si vous n’êtes pas imposable. Les seules conditions :

  • 40 % minimum du chiffre d’affaires de l’exploitation doit être généré par des activités en certification ou certifiées bio ;
  • la somme des aides de la PAC (à la conversion ou au maintien en agriculture biologique) et du crédit d’impôt ne doit pas dépasser 4 000 €.

Pour aller plus loin :

 

Faire croitre son épargne

Qui a écrit cet article ?

Philippine de la Fayolle

Rédactrice et fraîchement reconvertie en agriculture

Diplômée du CELSA, Philippine a travaillé dix ans en agence de communication avant de se lancer dans l’aventure agricole. Son BPREA de l’école du Breuil en poche (aux côtés de son inséparable sécateur), Philippine continue de se former dans des vergers franciliens et rédige à ses heures perdues des articles sur les problématiques agricoles.

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