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S’installer en apiculture

DerniĂšre mise Ă  jour : 7 septembre 2021

Cet article est une introduction Ă  l’apiculture et aux Ă©tapes pour s’installer en apiculture. Seront abordĂ©s les points suivants :

  • Une vue d’ensemble du mĂ©tier d’apiculteur et les diffĂ©rentes Ă©tapes de l’annĂ©e en apiculture
  • Les parcours possibles pour devenir apiculteur ou apicultrice et les formations d’apiculture ;
  • Le budget d’installation en apiculture, les potentielles aides ainsi que le revenu moyen d’un apiculteur ;
  • Une liste de ressources utiles pour s’installer en apiculture ainsi qu’un glossaire rapide.

S’installer en apiculture… le rĂȘve de beaucoup !

Qui ne s’est jamais laissĂ© Ă©merveiller par la danse des flammes autour d’un feu ? Eh bien une colonie d’abeilles mellifĂšres produit le mĂȘme effet captivant pour qui prend le temps de bien regarder de prĂšs ces fascinants ĂȘtres vivants. Si celles-ci se sont retrouvĂ©es au cƓur d’un flot mĂ©diatique ces derniĂšres annĂ©es, on Ă©voque cependant bien moins souvent les femmes et les hommes qui assurent leur prĂ©sence et la production de prĂšs d’un tiers du miel consommĂ© en France. Cet article n’a pas l’ambition de vous prĂ©senter de maniĂšre exhaustive cette activitĂ© passionnante : il existe autant de maniĂšre de pratiquer l’apiculture que d’apiculteurs et apicultrices tant les possibilitĂ©s sont multiples. Ses deux principaux objectifs sont de rendre cette activitĂ© parfois idĂ©alisĂ©e plus concrĂšte et de vous aider Ă  cheminer dans votre projet d’installation en apiculture, en amenant quelques rĂ©ponses mais surtout beaucoup de questions que vous aurez Ă  vous poser pour vous lancer dans un projet Ă©panouissant Ă  votre Ă©chelle.

1. PrĂ©ambule sur l’apiculture

Qu’est ce que l’apiculture ?

Souvent associĂ©e Ă  l’écologie, l’apiculture jouit d’une image trĂšs positive et “naturelle” pour une majoritĂ© d’entre nous. Cela explique en grande partie l’attirance qu’elle exerce sur de nombreuses personnes en reconversion professionnelle et/ou non issues du milieu agricole.
Cela tombe bien car la production moyenne de miel en France est de 19 000 tonnes sur les 10 derniĂšres annĂ©es pour une consommation annuelle qui, d’aprĂšs FranceAgriMer, s’élĂšve entre 40 000 et 50 0000 tonnes. Les importations emportent donc encore une belle part du gĂąteau, et comme la tendance actuelle des consommateurs est de se tourner vers une agriculture française, voire locale, on peut en dĂ©duire qu’il existe une rĂ©elle opportunitĂ© pour de futurs apiculteurs et apicultrices. Car en plus du fait que le miel possĂšde une longue conservation et peut ĂȘtre dĂ©clinĂ© en de nombreux produits transformĂ©s (nougat, pain d’épices, etc.), la demande pour les nombreux produits de la ruche (miel, propolis, pollen, gelĂ©e royale, cire) est bien prĂ©sente ainsi que pour les produits d’élevage (essaims, reines, etc.). Ceci Ă©tant, la forte prĂ©sence d’apiculteur·rices dans certains secteurs peut parfois entraĂźner un phĂ©nomĂšne de concurrence sur la commercialisation.

L’apiculture se distingue des autres filiĂšres agricoles sur divers aspects dont deux notables : une reprĂ©sentation trĂšs importante d’ amateur·rices dont l’apiculture n’est pas l’activitĂ© principale et la possibilitĂ© d’absence de foncier Ă  acheter ou Ă  louer. Cependant il est important de prendre conscience de la diffĂ©rence entre l’apiculture de loisir et l’apiculture professionnelle. Le nombre de colonies minimum de 200 ruches pour ĂȘtre reconnu agriculteur·rice Ă  titre principal est consĂ©quent, et cette charge de travail ne s’improvise pas au quotidien (la mise en place de l’ActivitĂ© Minimale d’Assujettissement (AMA) a ouvert d’autres possibilitĂ©s mais soyez patient·es les prĂ©cisions vont arriver dans l’article). Il est donc facile d’idĂ©aliser cette belle profession, mais il faut garder Ă  l’esprit qu’elle reste une activitĂ© agricole trĂšs saisonniĂšre et de ce fait, exigeante de la sortie d’hivernage en mars-avril Ă  la prĂ©paration de l’hivernage suivant en septembre-octobre.

Cette prĂ©cision Ă©tant faite, reconnaissons que l’attrait pour cette activitĂ© est Ă©vident tant le travail avec les abeilles est stimulant. De plus elle offre la possibilitĂ© de se rĂ©munĂ©rer convenablement. Les produits de la ruche bĂ©nĂ©ficient en effet d’une image plutĂŽt positive et saine auprĂšs du public consommateur et les produits sont assez bien valorisĂ©s. Pour ce qui est des compĂ©tences, pas d’inquiĂ©tude, de nombreuses solutions existent pour se former avant de se lancer dans cette aventure pas toujours Ă©vidente mais passionnante.

Le temps en apiculture : une année au rythme des abeilles

Avant d’en arriver Ă  l’activitĂ© rĂȘvĂ©e d’apiculture et donc de rĂ©colte et d’extraction de miel, la route est longue et les activitĂ©s variĂ©es ! Nous n’allons pas dĂ©tailler ici toutes les tĂąches Ă  rĂ©aliser sur le rucher et en miellerie mais esquisser le dĂ©roulement d’une annĂ©e, qui nĂ©cessite une organisation importante afin de suivre le rythme des abeilles et des saisons.

Tout commence en fĂ©vrier-mars Ă  la sortie de l’hivernage avec une estimation des pertes (la moyenne des pertes en rĂ©gion Auvergne-RhĂŽne-Alpes varie de 20 et 30 %) et la prĂ©paration du programme de l’annĂ©e. La fin de l’hiver amĂšnera Ă©galement la fin (ou presque) de la prĂ©paration et du nettoyage du matĂ©riel : ruches, ruchettes, gaufrage des cadres, etc. Il est Ă©galement temps de finir la recherche de diffĂ©rents emplacements qui vont permettre de bĂ©nĂ©ficier de plusieurs miellĂ©es successives et la production de miels de crus.

Puis vient la pĂ©riode de production, rapide et dense car regroupĂ©e en quelques semaines de mars/avril Ă  juillet/aoĂ»t. Le travail sur cette pĂ©riode est exigeant et l’apiculteur·trice doit ĂȘtre rĂ©actif·ve pour ĂȘtre prĂȘt·e Ă  suivre le rythme des abeilles et surtout celui des floraisons. Une partie du temps est consacrĂ© au renouvellement du cheptel afin de compenser les pertes hivernales ou en saison augmenter le nombre de colonies. Le renouvellement du cheptel passe par la division des colonies et la crĂ©ation d’essaim ainsi que pour les apiculteurs·trices Ă©leveurs·es par un Ă©levage de reines (permettant d’effectuer un travail de sĂ©lection gĂ©nĂ©tique). Il faudra ĂȘtre prĂȘt Ă  temps pour dĂ©poser les hausses, les rĂ©colter et extraire le miel rapidement une fois ramenĂ© Ă  la miellerie.

Une fois le pic de travail de mai-juin-juillet passĂ© et la saison de production achevĂ©e, il ne faut pas se relĂącher. La saison suivante est dĂ©jĂ  en jeu car il s’agit maintenant d’assurer une bonne mise en hivernage de ses colonies, qui dĂ©pendra essentiellement de deux facteurs : la gestion de l’acarien parasite Varroa destructor, et une quantitĂ© de rĂ©serves suffisante pour assurer le ravitaillement des abeilles d’hiver pour les cinq mois Ă  venir.

Pour ce qui est de la lutte contre le varroa, il existe de nombreuses solutions, des traitements par de la chimie de synthĂšse Ă  la lutte biotechnique (provoquant une rupture de ponte) couplĂ©e Ă  l’utilisation d’acides organiques (oxalique principalement). Le dĂ©parasitage de la colonie n’est pas rĂ©glementairement obligatoire, mais essentiel pour maintenir les colonies en Ă©tat de produire. L’absence totale de gestion du taux d’infestation du parasite conduira systĂ©matiquement Ă  de fortes mortalitĂ©s en sortie d’hiver.

 Zoom sur le contrÎle sanitaire des colonies

Il existe en apiculture divers ravageurs et maladies rĂ©pondant Ă  une catĂ©gorisation prĂ©cise, les plus problĂ©matiques Ă©tant classĂ©es comme “Danger Sanitaire de catĂ©gorie 1”, c’est Ă  dire grave en termes de santĂ© publique ou pour les animaux, pouvant perturber les Ă©changes commerciaux ou la capacitĂ© de production de la filiĂšre, et relĂšve donc de la responsabilitĂ© de l’Etat.
On y retrouve :
– La loque amĂ©ricaine (due Ă  Paenibacillus larvae) ;
– La nosĂ©mose des abeilles (due Ă  Nosema apis) ;
– Les infestations due Ă  Aethina tumida, le petit colĂ©optĂšre de la ruche ;
– Les infestations due Ă  l’acarien Tropilaelaps.

Pour l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral, la dĂ©tection de l’un de ces organismes dans la colonie doit obligatoirement ĂȘtre suivie d’une dĂ©claration aux autoritĂ©s avec le dĂ©clenchement d’une mise sous surveillance du rucher (par arrĂȘtĂ© prĂ©fectoral).

2. Devenir apiculteur et apicultrice : quels parcours et quelle formation en apiculture pour une installation réussie ?

Nous allons maintenant aborder ce long parcours qu’est l’installation. Bien que l’accĂšs au foncier ne soit pas un problĂšme pour cette activitĂ©, les contraintes rencontrĂ©es lors de l’installation dans d’autres filiĂšres agricoles sont belles et bien les mĂȘmes. Il est important d’avoir en tĂȘte que le dĂ©lai de l’émergence du projet Ă  l’installation officielle (pour une installation hors cadre familial) reprĂ©sente environ 2 Ă  4 ans, et que le rythme de croisiĂšre peut parfois n’ĂȘtre atteint qu’au bout d’une dizaine d’annĂ©es. La premiĂšre Ă©tape essentielle est de dĂ©couvrir le quotidien de ce mĂ©tier exigeant et de se former afin de pouvoir ensuite mieux dĂ©finir son projet.

Les formations en agriculture

Pour devenir apiculteur·trice aucune formation n’est obligatoire (sauf si l’on veut accĂ©der Ă  certaines aides prĂ©sentĂ©es ci-dessous), cependant il est nĂ©cessaire d’acquĂ©rir des compĂ©tences techniques suffisantes avant de se lancer. Bien qu’il soit possible de dĂ©couvrir l’apiculture (de loisir) au travers de lectures, de cours en ruchers Ă©coles ou par la gestion de quelques ruches Ă  la maison, un candidat Ă  l’installation doit s’orienter prĂ©fĂ©rentiellement vers un parcours qui le formera au mieux au mĂ©tier d’apiculteur : formation longue et/ou une ou plusieurs saisons sur une exploitation apicole. Le dĂ©veloppement et la gestion d’un rucher consĂ©quent pendant plusieurs annĂ©es peut Ă©galement permettre une montĂ©e en compĂ©tence progressive pour qui souhaiterait basculer Ă  terme vers une activitĂ© principale d’apiculteur·rice.

Les centres de formations offrent une diversitĂ© de solutions pour se former selon vos besoins et possibilitĂ©s. Il existe des formations en apiculture longues ou courtes, en alternance, diplĂŽmante ou qualifiante qui permettent de consolider ses connaissances sur l’activitĂ© apicole et la gestion d’entreprise. Plusieurs Centres de Formation Professionnelles et de Promotion Agricole (CFPPA) proposent des formations longues telles que le BPREA Apiculture (Brevet Professionnel de Responsable d’Entreprise Agricole) qui ouvre l’accĂšs Ă  la Dotation Jeune Agriculteur ou le CS Apiculture (Certificat de SpĂ©cialisation). Un grand nombre de structures proposent Ă©galement des formations en apiculture courtes thĂ©matiques : CFPPA, syndicats, ANERCEA, etc.

De plus, chaque rĂ©gion propose un accompagnement de l’émergence de votre projet professionnel Ă  un fonctionnement en routine sur les aspects rĂšglementaire, technique, de commercialisation, environnements de production, etc. : les Associations pour le DĂ©veloppement de l’Apiculture (ADA) ! Ces groupements permettent d’échanger entre apiculteurs et apicultrices et de se tourner vers des technicien·nes Ă  votre Ă©coute en cas de doute ou de besoins.

NB : la CapacitĂ© Professionnelle Agricole (CPA) n’est pas obligatoire pour s’installer en agriculture, elle l’est cependant pour obtenir la Dotation Jeune Agriculteur (DJA) selon certains critĂšres. La capacitĂ© peut Ă©galement ĂȘtre un argument de poids pour les prĂȘts bancaires et l’accĂšs Ă  du foncier agricole.

Mieux définir son projet pour choisir son échelle de production

Pour devenir apiculteur, la construction de votre projet passe par plusieurs étapes. La premiÚre est de définir le plus précisément possible :

  • Ce que vous voulez (type de productions, transformation, travailler seul, etc.) ;
  • Ce que vous ne voulez pas (passer du temps pour la commercialisation, porter des ruches, etc.) ;
  • Ce que vous avez dĂ©jĂ  (compĂ©tences, matĂ©riel, cheptel, etc.).

La localisation de votre projet imposera Ă©galement des contraintes Ă  prendre en compte. Pour ce qui est des ressources alimentaires en nectar et pollen pour les colonies par exemple, si elles ne sont pas abondantes et diversifiĂ©es tout au long de l’annĂ©e, les pĂ©riodes de disette vous pousseront sĂ»rement Ă  dĂ©placer ou Ă  nourrir vos colonies. De plus, les possibilitĂ©s de commercialisation, la prĂ©sence de concurrence et l’accĂšs aux axes routiers seront aussi Ă  prendre en compte.

Une fois les grandes lignes du projet définies, il vous faudra ensuite passer par :

  • L’élaboration de votre stratĂ©gie de dĂ©veloppement de cheptel ;
  • La construction de votre calendrier d’installation, de formations et d’investissements ;
  • La crĂ©ation d’une Ă©tude de marchĂ© pour dĂ©terminer vos circuits de commercialisation ;
  • Le chiffrage de votre projet et les financements possibles.

Choisir ses statuts juridiques

Pour crĂ©er ou reprendre une activitĂ© agricole et notamment pour devenir apiculteur, il vous faudra choisir votre statut social, juridique et fiscal. Ces statuts vont dĂ©pendre du dimensionnement de votre activitĂ©, d’oĂč l’importance de bien le mettre en chiffre auparavant. Voici quelques Ă©lĂ©ments de base sur ces statuts.

→ Le statut social dĂ©pend du nombre de ruches, du revenu tirĂ© de l’activitĂ© et du temps de travail. C’est une combinaison de ces trois facteurs qui dĂ©terminera votre affiliation Ă  la MutualitĂ© Sociale Agricole. Cependant voici quelques gĂ©nĂ©ralitĂ©s :

    • Si vous avez moins de 50 ruches vous ĂȘtes considĂ©ré·e plutĂŽt comme un·e apiculteur·rice amateur·trice, vous ĂȘtes alors assuré·e par la couverture sociale de votre profession principale,
    • Entre 50 et 200 ruches, vous serez cotisant·e solidaire. Ce statut permet entre autres d’ĂȘtre assuré·e en cas d’accident liĂ© Ă  votre activitĂ© apicole. Le montant de la cotisation dĂ©pendra du nombre de ruches (comptez entre 300 et 500·₏ par an),
    • Au-delĂ  de 200 ruches vous serez considĂ©rĂ© comme chef·fe d’exploitation, le montant de la cotisation se fera alors sur le bĂ©nĂ©fice agricole. Elle peut s’élever Ă  environ 3000 € par an (parfois plus ou moins selon les projets). Ce statut vous permet notamment de cotiser pour la retraite, de bĂ©nĂ©ficier du service de remplacement et des congĂ©s parentaux.

Chaque projet Ă©tant diffĂ©rent, le mieux est de prendre contact avec la MSA pour savoir quel statut vous conviendra le mieux. En effet, si vous avez entre 50 et 200 ruches et que vous souhaitez avoir le statut de chef·fe d’exploitation, il est possible de prendre en compte le temps de travail (si > 1200h par an) et/ou votre revenu prĂ©visionnel (si > Ă  800 SMIC). Ceci dans l’objectif de dĂ©terminer votre ActivitĂ© Minimale d’Assujettissement (AMA) et donc votre affiliation Ă  la MSA.

→ Le statut juridique que vous allez choisir pour devenir apiculteur peut prendre diffĂ©rente forme et sera encore une fois Ă  choisir en fonction du dimensionnement de votre activitĂ©. Les diffĂ©rents statuts qu’on retrouve en apiculture sont les mĂȘmes que pour d’autres activitĂ©s agricoles : l’Entreprise Individuelle (EI), l’Entreprise Agricole Ă  ResponsabilitĂ© LimitĂ©e (EARL), la SociĂ©tĂ© Ă  ResponsabilitĂ© LimitĂ©e (SARL), la SociĂ©tĂ© Civile d’Exploitation Agricole (SCEA), le Groupement Agricole d’Exploitation en Commun (GAEC), etc. Le statut d’Entreprise Individuelle reste le format le plus simple pour dĂ©marrer une activitĂ©, Ă  savoir qu’il est ensuite possible d’évoluer dans les statuts au fur et Ă  mesure de l’évolution de l’activitĂ©.

→ Le statut fiscal va dĂ©pendre du statut juridique choisi mais aussi de la taille de son exploitation et des perspectives de dĂ©veloppement envisagĂ©es. Sans rentrer dans le dĂ©tail, ce qu’il faut retenir est que le rĂ©gime fiscal correspond au mode d’imposition de l’entreprise. Comme tout agriculteur·trice il s’agira de choisir entre le micro BA ou le rĂ©el. La spĂ©cificitĂ© du micro BA est que le bĂ©nĂ©fice imposable est Ă©gale Ă  la moyenne des recettes hors taxes des 3 derniĂšres annĂ©es diminuĂ©es d’un abattement de 87% (mais possible uniquement si elle ne dĂ©passe pas 85 800 € HT actuellement). Ce rĂ©gime est particuliĂšrement intĂ©ressant pour des activitĂ©s agricoles oĂč la marge est relativement Ă©levĂ©e, ce qui est souvent le cas en apiculture.

S’installer sur une ferme collaborative en tant qu’apiculteur ou apicultrice ?

C’est possible et cela rĂ©jouira les maraĂźcher·Úres et arboriculteur·rices de la ferme qui verront vos abeilles polliniser leur prĂ©cieux vĂ©gĂ©taux ! Et inversement vous pourrez collaborer avec eux et elles pour vous assurer que vos abeilles disposent des ressources mellifĂšres nĂ©cĂ©ssaires.

Découvrez le portrait de la Fermes des Clos, une ferme collaborative qui produit du miel de qualité !

Se déclarer apiculteur ou apicultrice

Quel que soit le nombre de ruches que vous possĂ©dez, vous ĂȘtes dans l’obligation de les dĂ©clarer sur le site du MinistĂšre de l’agriculture entre le 1er septembre et le 31 dĂ©cembre, et cela chaque annĂ©e. Suite Ă  cette dĂ©claration vous obtiendrez votre numĂ©ro d’apiculteur (le NAPI), numĂ©ro qui devra figurer sur votre rucher selon des critĂšres bien prĂ©cis.  Cette obligation permet d’avoir un meilleur suivi du cheptel apicole français notamment au niveau sanitaire.

Pour officialiser sa crĂ©ation d’activitĂ© professionnelle, une fois les statuts choisis, vous devrez Ă©galement faire la demande d’un numĂ©ro de SIRET auprĂšs d’un Centre de FormalitĂ© d’Entreprises (ce numĂ©ro n’est obligatoire que dans le cas de distribution ou vente de produits de la ruche en dehors du cercle familial). Ce dernier, lieu unique de dĂ©claration d’une activitĂ© agricole, a pour but de simplifier les formalitĂ©s administratives liĂ©es Ă  la crĂ©ation ou Ă  la reprise d’une exploitation agricole. En un seul dossier vous pourrez dĂ©clarer votre entreprise : 

  • au centre des impĂŽts et choisir votre rĂ©gime de TVA et votre rĂ©gime d’imposition,
  • Ă  la MSA en tant que cotisant·e solidaire ou chef d’exploitation,
  • Ă  l’Institut national de la statistique et des Ă©tudes Ă©conomiques (INSEE) pour obtenir  votre code APE, ainsi que vos numĂ©ros SIREN et SIRET,
  • Ă  l’EDE (Etablissement DĂ©partemental de l’Elevage) pour les Ă©leveurs,
  • au greffe du tribunal si vous crĂ©ez ou modifiez une sociĂ©tĂ©.

‌ La dĂ©claration au CFE ne vous dispense pas d’une dĂ©claration plus complĂšte Ă  la MSA qui permettra de dĂ©terminer l’importance de votre activitĂ© et donc l’obtention ou non du statut d’agriculteur. Cette dĂ©claration vous sera envoyĂ©e directement quelques temps aprĂšs votre inscription au CFE.

3. S’installer en apiculture : combien gagne un apiculteur et combien ça coĂ»te ?

Les investissements et charges

Il existe des rĂ©fĂ©rences technico-Ă©conomiques pour les exploitations apicoles notamment grĂące au travail de l’Institut Technique et Scientifique de l’Abeille et de la Pollinisation (ITSAP) et du RĂ©seau d’Exploitations de RĂ©fĂ©rence.

Listons cependant ici les principaux investissements à prévoir, les besoins en bùtiments et les postes de charges.

  • En ce qui concerne le matĂ©riel, pour dĂ©buter comptez environ 100 000 € hors bĂątiments. Il s’agira de s’équiper en matĂ©riel d’extraction, de mise en pot et de manutention, de transport de ruches ainsi qu’en matĂ©riel “bois” (ruches, hausses, ruchettes et tout autre matĂ©riel d’élevage).
  • Il sera Ă©galement nĂ©cessaire de prĂ©voir un bĂątiment (comptez environ 1 mÂČ par ruche en production) avec une zone d’extraction du miel, un espace pour la transformation, une zone de stockage pour le miel en fĂ»ts et une pour le matĂ©riel en bois.
  • Les principales charges concernent : la conduite du cheptel (produits de nourrissements, fournitures, petit Ă©quipement d’élevage, etc.) ; la transformation (ingrĂ©dients), la commercialisation, le matĂ©riel (amortissement du matĂ©riel citĂ© plus haut, du vĂ©hicule, carburants, etc.), les bĂątiments (location par exemple), le foncier, la main d’Ɠuvre (salaires et charges MSA) et bien d’autres charges encore.

Quelles aides existent en apiculture ?

Il existe diffĂ©rentes aides pour s’installer en apiculture en tant que chef·fe d’exploitation tout comme en tant que cotisant·e solidaire.

À partir de 50 ruches, il est possible de toucher les aides apiculture de FranceAgriMer.

  • L’aide Ă  la transhumance (pour le matĂ©riel),
  • L’aide au maintien et au dĂ©veloppement du cheptel (pour le coĂ»t d’achat de matĂ©riel d’élevage et d’essaims et de reines.

A partir de 72 ruches il est possible de toucher l’aide apiculture MAEC, une aide issue du second pilier de la PAC. La contrepartie demandĂ©e est un engagement durant 5 annĂ©es Ă  mener selon un cahier des charges Ă©tabli. Cette aide s’élĂšve Ă  21 € par ruche, avec un plafond du nombre de colonies engagĂ©es qui est variable d’une rĂ©gion Ă  l’autre.

A partir de 200 ruches vous aurez le statut de chef·fe d’exploitation, il est alors possible de demander une aide Ă  l’installation (nationale ou rĂ©gionale). L’aide nationale, la Dotation Jeune Agriculteur (DJA), concerne les personnes de moins de 40 ans ayant la CapacitĂ© Professionnelle Agricole (CPA) et va de 10 000 Ă  40 000 € selon le lieu et le projet. L’aide rĂ©gionale varie selon les rĂ©gions, en Hauts-de-France par exemple, il s’agit de l’ARSI qui peut s’élever Ă  12 000 €.

Il existe un crĂ©dit d’impĂŽt pour la certification en Agriculture Biologique (3500 € par exploitation et par an) ainsi qu’une une aide prenant en charge les coĂ»ts des 2 premiĂšres annĂ©es de certification.

Combien gagne un apiculteur ?

Le rendement moyen en miel peut Ă©normĂ©ment varier selon l’annĂ©e, la disponibilitĂ© en ressources mellifĂšres, le niveau d’expĂ©rience de l’apiculteur·rice, la conduite des colonies, etc. Pour prendre en compte cette variabilitĂ© (facteur de 1 Ă  5 selon les annĂ©es et les miellĂ©es !) et afin d’établir un plan de dĂ©veloppement Ă©conomique de son activitĂ©, il est gĂ©nĂ©ralement conseillĂ© de partir sur un rendement compris entre 10 et 20 kg de miel par colonie de production.

Les alĂ©as climatiques peuvent avoir de lourdes consĂ©quences sur le dĂ©veloppement de vos colonies ainsi que sur la production annuelle ! L’annĂ©e 2019 par exemple fut dĂ©sastreuse pour la grande majoritĂ© des apiculteurs avec une pĂ©riode de disette printaniĂšre, entraĂźnant une perte de production voire mĂȘme une obligation pour les apiculteurs·trices de nourrir leurs colonies pour Ă©viter des mortalitĂ©s.

La question que l’on se pose forcĂ©ment c’est combien gagne un apiculteur ou une apicultrice. Au fond de vous, vous connaissez dĂ©jĂ  un peu la rĂ©ponse : ça dĂ©pend ! Cela dĂ©pend si vous ĂȘtes Ă  votre compte ou salarié·e, cela dĂ©pend du marchĂ© local et de la taille de votre exploitation et cela dĂ©pend du montant de vos charges. D’aprĂšs l’INSEE, le salaire moyen d’un apiculteur en 2016 est de 1 990 € brut par mois. Mais cela reste une moyenne. On considĂšre qu’un·e apiculteur·trice doit avoir environ 300 ruches en production par personne pour qu’une exploitation qui produit principalement du miel vendu en pots (1/2 gros et/ou vente directe) soit viable Ă©conomiquement c’est-Ă -dire pour en tirer un SMIC.

4. Conclusion

Vous l’aurez compris, il est compliquĂ© de vous apporter des chiffres clairs et prĂ©cis (en un article comme en cent) pour prĂ©voir votre installation : chaque projet est unique et par consĂ©quent les chiffres trĂšs variables selon vos choix.

Ce qu’il est important de garder en tĂȘte avant de vous lancer, c’est que l’image souvent idĂ©alisĂ©e de cette profession nĂ©cessite d’ĂȘtre Ă©prouvĂ©e Ă  la rĂ©alitĂ© des exigences professionnelles et des alĂ©as environnementaux frĂ©quents. Il est essentiel d’acquĂ©rir des compĂ©tences techniques et de l’expĂ©rience car ce mĂ©tier requiert de plus en plus de technicitĂ© : lutte contre le varroa, nĂ©cessiter d’ĂȘtre en capacitĂ© de renouveler et maintenir un cheptel sain et performant, rĂ©agir au mieux en cas d’absence de miellĂ©e ou de disette, etc.

Ne vous inquiĂ©tez pas, des apiculteurs·trices expĂ©rimenté·e·s et des structures d’accompagnement sauront vous guider dans ce projet stimulant d’installation en apiculture.

Quelques ressources utiles…

đŸ‘©â€đŸ’»Â  Des sites internet :

📚  Des livres :

  • TraitĂ© Rustica de l’apiculture dĂ©taillant avec prĂ©cisions la conduite d’une ruche au cours de l’annĂ©e
  • Élevage des reines de Gilles Fert pour celles et ceux qui s’intĂ©ressent aux diffĂ©rentes Ă©tapes de l’élevage (choix de la race, mĂ©thodes d’élevage, production de gelĂ©e royale)
  • Maladies des abeilles de Samuel Boucher

đŸŽ„Â  Des chaĂźnes youtube expliquant en dĂ©tail certaines pratiques apicoles :

Petit lexique…

  • Cadre = cadre, souvent en bois, au milieu duquel la colonie construit un rayon de cire qui sera rempli par du couvain, du miel, ou du pollen.
  • Cheptel = terme agricole, ensemble des animaux d’Ă©levage (donc ici ensemble des abeilles) d’une exploitation agricole ou plus largement d’une rĂ©gion ou d’un pays.
  • Colonie = groupe de nombreuses abeilles qui vivent et travaillent ensemble dans une ruche.
  • Couvain = ensemble des Ɠufs et des larves d’abeilles, couvĂ©s par les ouvriĂšres.
  • Enfumoir = outil de l’apiculteur qui produit de la fumĂ©e dans le but de prĂ©venir les piqĂ»res d’abeilles.
  • Essaim = groupe d’abeilles qui cohabite ensemble, avec ou sans la prĂ©sence de reine.
  • Essaimage = dĂ©part de la reine et d’une partie de la population de la ruche, pour dĂ©marrer une nouvelle colonie.
  • GelĂ©e royale = substance sĂ©crĂ©tĂ©e par les abeilles nourrices pour nourrir les jeunes larves entre leur premier et troisiĂšme jour, mais surtout la reine pendant son dĂ©veloppement larvaire et toute sa vie.
  • MiĂ©llĂ©e = pĂ©riode pendant laquelle les butineuses rĂ©coltent le nectar ou le miellat.
  • Propolis = rĂ©sine vĂ©gĂ©tale utilisĂ©e par les abeilles pour colmater l’intĂ©rieur de la ruche. Elle est rĂ©coltĂ©e pour ses propriĂ©tĂ©s anti-infectieuses.
  • Reine = seule abeille femelle de la ruche disposant d’un systĂšme reproducteur entiĂšrement fonctionnel. Sa durĂ©e de vie est en principe de 5 ans.
  • Rucher = ensemble de plusieurs ruches sur un mĂȘme emplacement.
  • Varroa destructor = acarien de l’abeille arrivĂ© en Europe au dĂ©but des annĂ©es 1980.

Clémence Marescot

Accompagnatrice installation-transmission

Jeune accompagnatrice installation-transmission dans une ADEAR, j’ai pour projet de m’installer en collectif sur une ferme diversifiĂ©e. PlutĂŽt attirĂ©e par l’arboriculture, mes petites expĂ©riences (stages et personnelles) en apiculture m’amĂšneront Ă  filer des coups de main Ă  notre futur apiculteur !

Victor Denervaud
Apiculteur en devenir
Technicien apicole dans une Association de DĂ©veloppement de l’Apiculture depuis plusieurs annĂ©es, j’ai dĂ©couvert et plongĂ© dans l’apiculture Ă  la suite d’une formation d’agronome. Je partage mon temps depuis ce moment-lĂ  entre mes ruches, l’association de producteurs pour laquelle je travaille et un projet d’installation sur une ferme en polyculture-Ă©levage avec une poignĂ©e d’ami·es.