Au Teilleul, dans le sud de la Manche, à quelques centaines de mètres de la Mayenne et de l’Orne, la ferme de la Haminière est l’une des premières du secteur à être passée en agriculture biologique, avec un système laitier tout herbe. Dany et Émilie ne sont pas issus du milieu agricole. Ils étaient intérimaires dans l’industrie avant de se reconvertir. Après un BPREA à l’ESA d’Angers et un an de parrainage aux côtés du cédant, ils reprennent la ferme et gardent le système en place. Sur 82 hectares de prairies, sans aucune culture, ils élèvent une cinquantaine de vaches laitières en pâturage tournant dynamique. Les paddocks sont accessibles directement depuis la salle de traite. Ils appliquent la méthode de Mathieu Bessière, qui fait entrer les vaches dans un paddock selon le stade de l’herbe, et passent progressivement au vêlage groupé de printemps. Leur lait est collecté par Biolait.
On ne vient pas du milieu agricole, mais on a du métier et des années d’expérience. Aujourd’hui, on veut vraiment faire nos preuves et montrer que notre système marche.
Manche (50), Normandie
44,8 hectares acquis par FEVE sur 82 hectares au total
Bovin lait
Non
Dany : Je travaillais dans l’industrie agroalimentaire, comme boucher. Je ne pensais pas du tout à l’agriculture : les produits phytosanitaires, les tracteurs H24, tout ça me faisait plutôt fuir. Au moment du Covid, j’ai vu une vidéo d’un CIVAM breton qui faisait la promotion des systèmes herbagers avec vêlages groupés de printemps. Elle montrait tout l’inverse, et ça m’a très fortement intéressé. J’avais tout juste trente ans, et depuis tout petit j’avais en tête de devenir patron. Il y avait aussi l’envie de travailler ensemble, d’avoir une famille et de donner à nos enfants la ferme, les champs. Alors on a repris les études et on a cherché une ferme.
Émilie : Je viens à peu près du même milieu que Dany, sans être passée par la boucherie. Je suis partie en usine, et avant de reprendre nos études, nous étions tous les deux intérimaires dans l’industrie.
Nous sommes en tout herbe, avec zéro culture. Ça nous permet d’avoir des coûts de production plus faibles et de tenir lors des sécheresses. Heureusement aussi que notre chargement est plutôt faible. La plupart des agriculteurs gèrent l’herbe avec une hauteur d’entrée et une hauteur de sortie du paddock. Nous, nous appliquons la méthode de Mathieu Bessière : on gère par rapport au stade de l’herbe, et on entre dans un paddock quand la plante est à trois feuilles. Par rapport à ce que faisait Jacques, on a baissé de dix à quinze vaches à la traite et agrandi les paddocks d’un tiers. Nous avons aussi des prairies humides un peu plus loin. En année normale, c’est une catastrophe, mais quand il fait sec, elles nourrissent nos génisses sans qu’on ait rien à leur donner.
À l’origine, on visait l’Ouest, un petit coin près de la mer : le nord de la Bretagne, la Mayenne, un peu la Loire-Atlantique, puis la Normandie. Ce qu’on cherchait avant tout, c’était l’accès au pâturage. On voulait au minimum 50 hectares accessibles, et c’est très dur à trouver. Ici, on en a 45 autour de la salle de traite. Et Jacques, le cédant, était déjà dans tout ce qu’on voulait : il est en bio depuis longtemps, il est chez Biolait et il préside notre groupe CIVAM. On a fait un an de parrainage avec lui avant de reprendre, et il vient encore nous donner des conseils. Quand nous avons repris la ferme, ses parents n’étaient pas encore prêts à vendre leurs terres, alors nous les louions. FEVE les a achetées, avec 11 hectares de plus, ce qui nous permet de sécuriser notre foncier. Nous avons une option d’achat, et elle nous intéresse très fortement. Dans l’utopie, être propriétaires des 82 hectares pour la retraite, ce serait génial.
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