Poules pondeuses en poulailler mobile 

DerniÚre mise à jour : 2 février 2022

 

La poule pondeuse fait partie de notre patrimoine, en effet la France est le plus grand producteur d’oeufs d’Europe. Cependant la majoritĂ© des oeufs vendus viennent de poules pondeuses Ă©levĂ©es en bĂątiment, de façon industrielle. Alors que la majoritĂ© des Ă©leveurs et Ă©leveuses ont des poulaillers de taille moyenne et une pratique plus respectueuse de l’animal. L’atelier poules pondeuses est frĂ©quent dans les fermes qui cherchent Ă  se diversifier car l’oeuf est un trĂšs bon produit d’appel. Depuis une dizaine d’annĂ©es apparaĂźt mĂȘme un mouvement liĂ©e Ă  l’agriculture rĂ©gĂ©nĂ©rative : les poules pondeuses en poulailler mobile.

 

Ce guide a pour objectif de donner les bases pour la crĂ©ation d’un atelier poules pondeuses en poulailler mobile.

  • D’abord une vision globale sur l’élevage de poules pondeuses :
    • Le rythme sur une journĂ©e et une saison ;
    • Le rĂŽle des poules pondeuses comme atelier de diversification ;
    • La rĂ©glementation de l’élevage de poules pondeuses en bio ;
    • Comment alimenter les poules pondeuses et quelles races choisir ?
  • Puis un volet spĂ©cifique sur les poulaillers mobiles :
    • Pourquoi choisir le poulailler mobile ?
    • Quel modĂšle choisir et comment construire son propre poulailler mobile ?
    • Comment gĂ©rer le pĂąturage des poules en poulailler mobile ?
    • Quelle rentabilitĂ© Ă©conomique dans un systĂšme en poulailler mobile ?
  • Enfin nous Ă©voquerons des ressources pour aller plus loin sur ce sujet via des lectures ou des formations.

Le guide PDF à télécharger comporte en outre des fiches de plusieurs fermes avec poulailler mobile et de leur modÚle économique.

Elles et ils nous ont aidĂ© Ă  rĂ©diger ce guide…

→ Ce dossier sur les poules pondeuses et poulaillers mobiles n’aurait pas pu voir le jour sans le travail effectuĂ© par Maryon Cantrel, Quentin Marot-Decaen et ThĂ©o Perzo au cours de leur annĂ©e Ă  l’École d’Agro-Ă©cologie Voyageuse. Pendant 2 mois ils ont sillonnĂ© la France pour rencontrer un maximum de fermes qui ont mis en place un atelier poules pondeuses avec poulaillers mobiles. En effet, cette technique est rĂ©cente et il y a peu de documentation sur le sujet. Ils ont ensuite co-fondĂ© l’Association française des Poulaillers Mobiles (AFPM) afin de faciliter le partage d’expĂ©riences et de compĂ©tences sur le sujet. Ils ont pu exposer leur travail au festival Paysages in Marciac en juillet 2021. 

Ils ont bien voulu nous partager le rĂ©sultat de leur travail pour constituer ce guide-mĂ©tier sur l’élevage de poules pondeuses avec un focus sur les poules en poulailler mobile. Ceci afin de dĂ©mocratiser au maximum les connaissances sur cette thĂ©matique. Merci tout particuliĂšrement Ă  Maryon pour les temps passĂ©s au tĂ©lĂ©phone.  

→ Opaline Lysiak, co-fondatrice de l’EAV et animatrice du podcast du mĂȘme nom, mais aussi formatrice avec Ver de Terre Production sur les questions des poulaillers mobiles, a contribuĂ© Ă  complĂ©ter ce guide. 

→ Merci Ă©galement Ă  Claire de La Ferme des GonneGirls qui a pris le temps de rĂ©pondre Ă  quelques questions concernant leur ferme ! La Ferme des GonneGirls est une micro-ferme normande diversifiĂ©e en maraĂźchage et Ɠufs de pĂąture bio crĂ©Ă©e en 2019 par Claire Diquet et GaĂ«lle Bonnieux. 

Enfin, merci Ă  tous·tes les Ă©leveurs et Ă©leveuses dont le nom est citĂ© dans ce guide. Sans leur expĂ©rience, leur crĂ©ativitĂ©, leur prise de risque, ce guide n’aurait pas pu voir le jour. 

CrĂ©dits photos : Ferme des GonneGirls, RĂ©becca Trouslard, Ă©lĂšves de l’EAV et fermes visitĂ©es

Les poulaillers mobiles de TrĂ©vero – ©RĂ©becca Trouslard

Le sommaire de cet article

  1. Élever des poules pondeuses, Ă  quoi s’attendre ?
    1. Les poules pondeuses : un trĂšs bon atelier de diversification
    2. Le rythme sur une journĂ©e et une saison d’un Ă©levage de poules pondeuses
    3. Quelles normes et réglementations pour les poules pondeuses ?
    4. Bien choisir ses poules pondeuses et les alimenter
    5. L’Ɠuf et la commercialisation
  2. Élever des poules pondeuses en poulailler mobile
    1. Historique et avantages du poulailler mobile
    2. Pourquoi choisir un poulailler mobile ?
    3. Quel poulailler mobile choisir pour ses poules pondeuses
    4. Le principe du pĂąturage des poules pondeuses
    5. La poule et l’agroforesterie
    6. L’éducation des poules pondeuses
    7. Quelle rentabilité économique du poulailler mobile
  3. Pour aller plus loin
    1. Se former sur les poulaillers mobiles
    2. Se renseigner et Ă©changer
    3. Regarder, lire et Ă©couter

1. Élever des poules pondeuses, à quoi s’attendre ?

S’il est trĂšs frĂ©quent lorsque l’on habite Ă  la campagne d’avoir quelques poules pondeuses dans son jardin, en gĂ©rer moins d’une dizaine n’a rien Ă  voir avec avoir un atelier de poules pondeuses sur sa ferme. C’est un rythme particulier, une rĂ©glementation spĂ©cifique Ă  respecter, une ration alimentaire Ă  maĂźtriser et un circuit de commercialisation Ă  mettre en place. C’est ce que nous allons vous exposer dans cette partie.

Les poules pondeuses : un trĂšs bon atelier de diversification

Les avis sur le sujet sont assez unanimes, l’atelier poules pondeuses est un trùs bon atelier de diversification.

Benjamin Frezel de la Ferme de TrĂ©vero Ă©met un lĂ©ger bĂ©mol sur le sujet : “Il faut savoir dans quoi l’on s’engage, l’élevage de poules pondeuses est une activitĂ© qui demande de la rigueur, de la prĂ©cision et du savoir-faire, surtout au-delĂ  de 250 poules.” Il a raison : il ne faut pas se lancer sans un minimum de formation et de prĂ©paration, ne serait-ce que parce que l’on prend en charge des ĂȘtres vivants !

Qu’est-ce qui rend cet atelier si intĂ©ressant :

  • L’Ɠuf est un produit d’appel qui complĂšte trĂšs bien une autre production agricole, il y a une forte demande des clients qui reste stable dans l’annĂ©e. C’est un produit de base qui est toujours demandĂ© : il pourra vous apporter des clients qui achĂšteront ensuite vos autres produits ;
    L’apport de revenu est quasi garanti et immĂ©diat: dans le cas oĂč une race Ă  forte productivitĂ© a Ă©tĂ© choisie,la poule pond un Ɠuf tous les jours ou presque dĂšs qu’elle a atteint le statut “prĂȘte Ă  pondre” ;
  • “La poule est un levier de trĂ©sorerie. Si tu es bon en vente tu as l’argent qui rentre tout le temps” Claire de la Ferme des GonneGirls

  • L’atelier poules pondeuses peut facilement avoir une rentabilitĂ© moyenne voire Ă©levĂ©e si bien gĂ©rĂ©e ;
  • Élever des poules pondeuses est peu chronophage. En moyenne sur les 9 fermes visitĂ©es par le trio de l’EAV on a 7h/semaine pour les ateliers de moins de 250 poules et 18 h/semaine pour les ateliers entre 250 et 1500 poules. L’élevage de poules prend “des petits moments tout au long de la journĂ©e et tous les jours;
  • Il y a une vraie complĂ©mentaritĂ© avec les ateliers vĂ©gĂ©taux d’une ferme (maraĂźchage, arboriculture ou cĂ©rĂ©ales) : les poules apportent un gain de fertilitĂ© indirect (via le fumier) ou direct (via le pĂąturage) et permettent la rĂ©gĂ©nĂ©ration des sols ou l’apport en engrais. C’est aussi un atelier qui peut permettre d’utiliser des co-produits de cultures (la paille, le tourteau de colza, etc.).

Le diptyque trĂšs souvent retrouvĂ© est celui maraĂźchage/poules pondeuses, c’est le cas de La Ferme des Filles et de la Ferme des Clos avec moins de 250 poules mais aussi de La Ferme des GonneGirls avec plus de 600 poules.

Vous souhaitez vous installer avec un atelier poules pondeuses ? Nous avons peut-ĂȘtre la ferme idĂ©ale pour vous !

Crédit : DDP pour Unsplash

Le rythme sur une journĂ©e et une saison d’un atelier poules pondeuses en poulailler mobile

Plusieurs choses Ă  savoir sur la poule pondeuse :

  • c’est un animal casanier, Ă  partir du moment oĂč le soleil se couche la poule souhaite, Ă  l’abri dans son poulailler ;
  • c’est aussi un animal grĂ©gaire qui est fait pour vivre en groupe et n’aime pas ĂȘtre seul ;
  • c’est un animal perchĂ©, elle ne dort pas par terre mais sur des perchoirs ;
  • c’est un animal nĂ©ophobe qui supporte mal la nouveautĂ© (que ce soit de nouvelles poulettes dans le groupe ou une nouvelle alimentation).

Si la poule pondeuse est assez indĂ©pendante ça n’en reste pas moins un ĂȘtre vivant qui a des besoins quotidiens d’attention. Certains rituels sont donc inĂ©vitables :

  • l’ouverture du poulailler le matin et la fermeture le soir (vous pouvez opter pour des ouvertures et fermetures automatiques pour vous faciliter la vie) ;
  • l’apport quotidien en alimentation et en eau fraĂźche (il est possible de crĂ©er une rĂ©serve d’eau et de nourriture sur le poulailler, comme Ă  la Ferme des Champs de Bray) ;
  • la rĂ©colte et le conditionnement des Ɠufs (laver les Ɠufs est interdit en France : cela augmente la porositĂ© de la coquille et provoque des risques de salmonelle, il faut donc Ă©viter Ă  tout prix qu’ils soient souillĂ©s par les poules).

Pour la santĂ© de l’animal il est trĂšs important que vos poules vivent et circulent dans un environnement propre, sec et aĂ©rĂ© :

  • Les abreuvoirs et rĂ©ceptacles de nourritures doivent ĂȘtre nettoyĂ©s toutes les semaines ainsi que les nids ;
  • La paille des nids ou du poulailler doit ĂȘtre renouvelĂ©e dĂšs qu’elle est trop souillĂ©e et/ou humide ;
  • Un nettoyage de fond en comble du poulailler doit ĂȘtre fait tous les mois environs.

Les poules ont elle aussi une saisonnalitĂ© : elles pondent toute l’annĂ©e mais une nette chute de la ponte est en gĂ©nĂ©ral visible l’hiver due Ă  la diminution de l’ensoleillement et aux tempĂ©ratures plus basses. La chute peut ĂȘtre amoindrie en installant un systĂšme d’éclairage dans le poulailler (pas plus de 16h par jour dans la rĂ©glementation bio, privilĂ©giez un Ă©clairage le matin pour laisser une fin de journĂ©e naturelle) ou alors en isolant davantage le poulailler. Certaines fermes, comme c’est le cas de Claire et GaĂ«lle de La Ferme des GonneGirls, qui ont un atelier en poulaillers mobiles, placent leurs poules dans les serres l’hiver afin qu’elles soient au chaud et qu’elles aient un meilleur taux de ponte.

Enfin une des choses les plus importantes Ă  garder en tĂȘte lorsque l’on travaille avec le vivant (que ce soit des plantes ou des animaux) est l’observation ! Soyez attentif·ves Ă  l’état de vos poules, Ă  leurs comportements et Ă  leur Ă©volution.

VĂ©rifiez rĂ©guliĂšrement leur Ă©tat de santĂ© en inspectant les plumes, la crĂȘte, les yeux, le bec, le jabot, leur cloaque et leurs pattes. Ayez l’Ɠil aussi sur d’autres dĂ©tails : la qualitĂ© des Ɠufs pondus (la duretĂ© des coquilles par exemple), l’aspect de leurs fientes, leur appĂ©tence Ă  se nourrir et leur comportement au sein du groupe. Si une poule vous semble dans un Ă©tat de santĂ© plutĂŽt faible, isolez-la ! Les poules tendent Ă  s’en prendre aux poules blessĂ©es, mourantes et affaiblies
 Ce qui en gĂ©nĂ©ral n’arrange pas leur cas !

“Soyez trĂšs attentifs Ă  l’apparence de vos poules, elles doivent ĂȘtre belles Ă  regarder, une erreur se rĂ©percute trĂšs vite sur la ponte, et chaque pourcent compte vu que votre charge horaire ne changera pas mais votre bĂ©nĂ©fice oui.”

Matthieu Gooskens du GAEC de Coume Sourde

À ces tĂąches se rajoutent les tĂąches ponctuelles d’entretien des poulaillers mais aussi de gestion des lots de poule lorsqu’ils sont renouvelĂ©s (tous les ans environ). Il vous faudra alors respecter un vide sanitaire entre les deux lots, il est prĂ©fĂ©rable d’avoir deux poulaillers pour Ă©viter un arrĂȘt de production.

En cas de poulaillers mobiles, prĂ©voyez Ă©galement les temps de dĂ©placement des poulaillers (toutes les semaines ou tous les mois selon la taille des parcelles, le nombre de poules et l’état de la prairie) et de gestion des pĂąturages.

Différents poulaillers mobiles

Quelles normes et réglementations pour les poules pondeuses?

La réglementation spécifique au bio

Voici les Ă©lĂ©ments de la rĂ©glementation concernant l’élevage bio de poules pondeuses:

  • Surface intĂ©rieure nette : 6 poules/m2 ;
  • 18 cm de perchoir par poule ;
  • Pondoir : 7 poules/nid ou 120 cm2/poules (nids collectifs) ;
  • Au moins ⅓ de la surface au sol qui ne soit ni des grilles, ni du caillebotis ;
  • Un minimum de 2,5m2 par poule de surface disponible Ă  l’extĂ©rieur en poulaillers mobiles.

“La rĂ©glementation n’est aujourd’hui pas adaptĂ©e Ă  un systĂšme mobile, de petit Ă©levage agroĂ©cologique. Si la surface par poule est respectĂ©e dans la rĂ©glementation actuelle, cela nĂ©cessite un poulailler grand et lourd, plus difficile Ă  dĂ©placer. Les contrĂŽleur·ses sont donc parfois tolĂ©rant·es si la surface par poule n’est pas respectĂ©e dans le poulailler puisque les poules y passent juste la nuit et le temps de ponte. Aujourd’hui, plusieurs Ă©leveurs et Ă©leveuses ont crĂ©Ă© une relation de confiance avec leur organisme certificateur. Cette relation permettra, nous l’espĂ©rons, avec l’aide de l’AFPM, de faire Ă©voluer la rĂ©glementation”

Opaline Lyziak des Agron’hommes

La limite des 250 poules

La rĂ©glementation sanitaire dĂ©pend de la taille de l’élevage et de la commercialisation choisie. Quelle que soit la taille, tout Ă©levage doit faire l’objet d’une dĂ©claration auprĂšs de la DDPP (Direction DĂ©partementale de la Protection des Populations) et obtenir un numĂ©ro d’élevage. Ce numĂ©ro doit apparaĂźtre sur les Ɠufs (marquage au tampon encreur) sauf en cas de vente directement au consommateur dans un rayon de moins de 80km (marchĂ©s, livraison Ă  domicile, vente Ă  la ferme, etc.)

Au-delĂ  de 250 poules ou si l’on commercialise les Ɠufs via un intermĂ©diaire il est obligatoire de passer par un CEO (Centre d’Emballage des Oeufs) qui soit agrĂ©Ă©. C’est possible de crĂ©er son propre CEO sur la ferme (le dossier d’agrĂ©ment est Ă  dĂ©poser Ă  la DDPP). Il faut Ă©galement effectuer un dĂ©pistage Ă  la salmonelle toutes les 15 semaines.

Les Ɠufs sont dits « extra-frais » entre 1 et 9 jours, « frais » entre 9 et 21 jours. La date limite de vente au consommateur est de 21 jours, la date limite de consommation est de 28 jours.

Zoom sur… le CEO

Dans les fermes visitĂ©es par l’EAV, le prix d’un CEO (Centre d’Emballage des Oeufs)  variait de 3 000 Ă  15 000 € selon le niveau de mĂ©canisation choisi. Qui dit CEO peu mĂ©canisĂ© dit mirage et calibrage des Ɠufs Ă  la main (et avec parfois jusqu’à 1000 Ɠufs par jour, ça peut commencer Ă  faire long
). Certains, comme la Ferme de TrĂ©vero, ont fait le choix de le dĂ©lĂ©guer Ă  un agriculteur voisin. Les Ă©tapes Ă  respecter dans un CEO sont les suivantes : collecte, rĂ©ception et tri des Ɠufs, mirage, calibrage, marquage, conditionnement et stockage Ă  5°C.

Le matériel nécessaire pour un CEO :
> Une installation pour le mirage, automatique ou occupĂ©e en permanence, permettant d’examiner sĂ©parĂ©ment la qualitĂ© de chaque Ɠuf, et un dispositif d’apprĂ©ciation de la hauteur de la chambre Ă  air ;
> Un Ă©quipement pour le calibrage, classement des Ɠufs par catĂ©gorie de poids, une ou plusieurs balances homologuĂ©es pour le pesage des Ɠufs ou l’Ă©talonnage de la calibreuse ;
> Un systùme de marquage des Ɠufs, manuel ou automatique.

Mirage : opĂ©ration permettant d’examiner individuellement chaque Ɠuf pour classer ceux-ci par catĂ©gorie de qualitĂ© en Ă©liminant de la consommation en coquille, les Ɠufs prĂ©sentant des difformitĂ©s et/ou des souillures et/ou des fĂȘlures
Calibrage : action de classer les Ɠufs par catĂ©gorie de poids

Le CEO des GonneGirls, Gaëlle à gauche et Nina à droite

Bien choisir ses poules pondeuses et les alimenter

Les différentes races

La poule est un animal grĂ©gaire et social. Il lui faut un troupeau et dans le groupe s’établira en gĂ©nĂ©ral une hiĂ©rarchie spĂ©cifique.

En gĂ©nĂ©ral les poules pondeuses sont acquises au stade de poulette “prĂȘtes Ă  pondre”, Ă  16-18 semaines. Une acclimatation d’au moins deux semaines est nĂ©cessaire, durant laquelle elles restent dans le bĂątiment, sans accĂšs au parcours extĂ©rieur. Cette pĂ©riode doit aussi ĂȘtre utilisĂ©e pour « Ă©duquer » les poules Ă  pondre dans les nids. La production prend son rĂ©gime de croisiĂšre Ă  24 semaines.

Cet achat au stade de poulette rĂ©duit donc le nombre de races disponibles en bio. Si vous voulez des races rustiques ou travailler des croisements pour avoir des races rustiques un peu plus productives il vous faudra sĂ»rement dĂ©velopper votre propre poussiniĂšre, c’est le projet de la Ferme de TrĂ©vero et c’est dĂ©jĂ  ce que fait la Ferme de la Brosse.

Les poules plus souvent trouvĂ©es sur les ateliers de poules pondeuses sont les poules rousses (Lhoman ou Isa Brown. Ce sont des poules sociables avec un excellent taux de ponte (82% en moyenne). Elles sont cependant peu adaptĂ©es au pĂąturage. Comme dit Benjamin de TrĂ©vero : “une poule pondeuse d’élevage intensif c’est une Formule 1, tu ne peux pas la faire rouler sur une route de campagne.” donc tout changement dans leurs habitudes (surtout qu’elles ont passĂ© 16 semaines dans un environnement en bĂątiment) perturbe grandement le taux de ponte. Les poulettes rousses coĂ»tent entre 8 et 10 € piĂšce d’aprĂšs la Ferme de Marcillac (24).

En parallĂšle on trouve les races rustiques comme la GĂ©line de Tourraine (vue Ă  la Ferme de la Brosse) ou la Gournay qui ont des taux de ponte plus faible (60%) mais qui sont plus rĂ©sistantes et adaptĂ©es au pĂąturage. Elles peuvent aussi ĂȘtre utilisĂ©es en poulet de chair.

Ainsi Ă  la Ferme de la Brosse, les poussins sont achetĂ©s Ă  1 jour pour 2 € piĂšce : les mĂąles sont Ă©levĂ©s pour faire des poulets de chair et les femelles pour faire des poules pondeuses. Les poules passent en moyenne 2 ans et demi sur la ferme.

L’alimentation

Rappelons que la poule est nĂ©ophobe, une fois qu’elle est habituĂ©e Ă  un type d’alimentation spĂ©cifique : composition et format, elle s’adaptera difficilement Ă  un changement et cela se reflĂ©tera sur le taux de ponte. Si vous avez une poussiniĂšre il sera plus facile pour vous de les habituer Ă  une alimentation particuliĂšre. C’est un omnivore opportuniste : elle s’adapte Ă  son environnement et peut consommer grains, viande et herbe. Pour pouvoir fabriquer un Ɠuf, elle a des besoins en protĂ©ines importants. C’est Ă©galement un animal a qui ont demandĂ© un effort constant et particulier (une poule “au naturel” ne pond pas tous les jours), il est donc important de lui fournir l’alimentation qui rĂ©ponde Ă  ses besoins nutritionnels.

Voici les Ă©lĂ©ments Ă  prendre en compte pour l’alimentation de la poule :

  • 130g de grains par jour par poule (souvent laissĂ© Ă  volontĂ©) ;
  • Un mĂ©lange Ă©quilibrĂ© pour poules pondeuses est constituĂ© d’environ 70% de cĂ©rĂ©ales et 30% de lĂ©gumineuses (elles ont besoin d’un apport en glucides, protĂ©ines et calcium) ;
  • Pour l’alimentation possible de se fournir auprĂšs des coopĂ©ratives, des agriculteurs voisins ou de l’autoproduire) ;
  • La fabrication des aliments Ă  la ferme demande de la surface (5 ha pour 250 pondeuses), du matĂ©riel et une maĂźtrise de la production des cĂ©rĂ©ales et fourrages ;
  • L’herbe peut aller jusqu’à 20% de la ration journaliĂšre de la poule ;
  • Pour les protĂ©ines animales, la poule peut manger insectes, larves et vers de terre trouvĂ©s Ă  la surface du sol et en grattant. Il est possible de lui apporter des complĂ©ments possibles avec des coquilles d’huĂźtres (apport de calcium pour la duretĂ© des coquilles), des cailloux (aide Ă  la digestion puisque, jusqu’à preuve du contraire, la poule n’a pas de dents !) et de la vitamine C.

Il faut Ă©galement assurer Ă  la poule l’accĂšs Ă  une eau fraĂźche et propre Ă  volontĂ©.

Si l’autoproduction de l’alimentation des poules est complexe et coĂ»teuse, elle prend son sens dans une ferme diversifiĂ©e qui a dĂ©jĂ  un atelier cĂ©rĂ©ales comme Ă  TrĂ©vero. Ou alors il est possible d’effectuer un partenariat avec un·e agriculteur·rice voisin·e qui cultive des cĂ©rĂ©ales. C’est le cas de la Ferme des Gobettes oĂč ils se fournissent en maĂŻs concassĂ©, fĂ©verole et pois chez un agriculteur voisin qui est en ACS bio et qui vend le tout Ă  un prix bien moindre qu’une coopĂ©rative.

La santé des poules pondeuses

Premier mot d’ordre : prĂ©voyez un espace infirmerie pour protĂ©ger et isoler les poules malades. PrivilĂ©giez les traitements par homĂ©opathie et phytothĂ©rapie Les pĂ©riodes de vide sanitaire et la rotation des parcours limitent les infections parasitaires. Le parasite « externe » le plus frĂ©quemment rencontrĂ© est un acarien appelĂ© couramment pou rouge (particuliĂšrement actif par temps chaud) ; utilisez la Terre de diatomĂ©e en prĂ©ventif (sur les surfaces et les perchoirs) comme en curatif. Les obligations en termes de prophylaxie concernent les Ă©levages de plus de 250 pondeuses.

Les prédateurs et parasites principaux sont :

 

  • Les poux rouges :
    • Lutte prĂ©ventive : dans la construction des poulaillers, Ă©viter les creux ou orifices permettant l’installation des colonies. Disposer de la terre de diatomĂ©es ou des cendres sur les surfaces. Effectuer des vides sanitaires.
    • Lutte curative : mites prĂ©datrices (lutte biologique), nettoyage Ă  fond du poulailler (Ă  la Ferme de Pibot, on aspire les poux Ă  l’aspirateur tous les 15 jours environ) ou brĂ»ler les zones extĂ©rieures infectĂ©es.
  • Vers aux intestins :
    • Lutte prĂ©ventive : rotations prolongĂ©es des pĂąturages en cas de poulailler mobile et vide sanitaire.
    • Lutte curative : vinaigre de cidre dans l’eau de poules.
  • PrĂ©dateurs (renard, martre, fouine, rapaces) : grillage de taille dĂ©finie, protection des rapaces par les arbres, filets Ă©lectrifiĂ©s, trappes, animaux domestiques (patou, Ăąne, alpaga : tout animal territorial), clĂŽture solide entourant la totalitĂ© des surfaces explorĂ©es (dans le cas oĂč le territoire est particuliĂšrement riche en faune sauvage).

L’Ɠuf et la commercialisation

La ponte et l’Ɠuf

Différents facteurs peuvent impacter sur le taux de ponte :

  • la race ;
  • une nourriture dĂ©sĂ©quilibrĂ©e ou changĂ©e ;
  • des maladies et des parasites ;
  • une grande variation de tempĂ©ratures : certain·es mettent les poules dans des serres l’hiver pour les protĂ©ger du froid ;
  • la durĂ©e du jour et la luminositĂ© (ajout de lumiĂšre possible l’hiver, plutĂŽt conseillĂ© le matin) ;
  • l’ñge des poules (baisse de 20% du taux de ponte chaque annĂ©e environ).

Le prix de vente moyen en bio d’un Ɠuf est de 0,38 € TTC/Ɠuf

Commercialisation

Les Ɠufs sont en gĂ©nĂ©ral commercialisĂ©s en vente directe : Ă  la ferme, en AMAP, sur les marchĂ©s, dans les magasins de producteurs. La ferme de Coume Sourde commercialise 20% de ses Ɠufs via un frigo en libre-service devant la ferme “le frigo le plus rentable du monde”. Une diversitĂ© de circuits de commercialisation apporte une sĂ©curitĂ© pour la vente de l’intĂ©gralitĂ© de la production.

Les poules de réforme

Les poules sont rĂ©formĂ©es aprĂšs 16 mois (au-delĂ , la ponte sera plus alĂ©atoire). Les plus petits ateliers organisent souvent une vente ou un don Ă  des particuliers car les poules pondent toujours rĂ©guliĂšrement et peuvent ĂȘtre suffisantes pour une famille. Les autres poules sont en gĂ©nĂ©ral abattues. Dans le cas d’un choix d’abattre Ă  la ferme, un investissement supplĂ©mentaire est Ă  prĂ©voir. Elles peuvent ĂȘtre vendues « prĂȘtes Ă  cuire » ou cuisinĂ©es : poule au pot, confit de poule, rillettes. La ferme de Coume Sourde a dĂ©cidĂ© d’abattre les poules Ă  la ferme pour ensuite transformer la viande en nourriture canine (qui est une alimentation souvent peu traçable).

Il ne faut pas qu’elles aient trop faim…

2. Élever des poules pondeuses en poulailler mobile ?

Un vent de renouveau souffle sur le paysage des poules pondeuses en France. Comme dit prĂ©cĂ©demment notre pays et le premier producteur d’Ɠufs d’Europe, cela implique forcĂ©ment une domination des modĂšles trĂšs industrialisĂ©s en bĂątiment oĂč bien-ĂȘtre animal et prĂ©occupations environnementales ne sont pas les prioritĂ©s. Cependant la proportion des Ă©levages bio et en plein air et surtout des Ă©levages de plus petite taille augmente. Et avec cette Ă©volution des prioritĂ©s et des modes d’élevage arrivent de nouvelles techniques plus lĂ©gĂšres en termes d’investissement, mieux pensĂ©es pour le bien-ĂȘtre des poules mais aussi rĂ©flĂ©chies pour venir apporter un service Ă  l’écosystĂšme de la ferme : les poulaillers mobiles. Ces derniers devenant de plus en plus plĂ©biscitĂ©s nous avons voulu en dĂ©cortiquer le fonctionnement et les aspects Ă©conomiques.

Le partage de connaissances sur ce thĂšme se fait souvent de façon horizontale, entre agriculteur·rices pionnier·Úres et passionné·es, comme souvent pour les mĂ©thodes d’agricultures rĂ©gĂ©nĂ©ratives qui s’ancrent sur le terrain et la pratique. Via le tour de France qu’ils ont effectuĂ©, les Ă©tudiant.e.s de l’EAV ont voulu retranscrire et centraliser une partie des informations qui s’échangent sur le terrain. Si le rĂ©sultat est reprĂ©sentatif, il n’est bien sĂ»r pas exhaustif. De nouvelles façons de faire ont pu Ă©merger dans un coin de France sans encore ĂȘtre connue ailleurs. De plus, comme pour toutes les techniques agricoles rĂ©gĂ©nĂ©ratives, aucun des modĂšles dĂ©veloppĂ©s dans la suite de ce guide pourront s’appliquer directement Ă  votre future ferme, il faudra les adapter Ă  vos spĂ©cificitĂ©s !

 

Zoom sur… L’École d’agroĂ©cologie voyageuse

​​L’École d’AgroĂ©cologie voyageuse a pour mission d’inspirer et former les futurs paysans et catalyseurs de transition agroĂ©cologique Ă  travers un voyage apprenant dans les fermes. Pour en savoir plus : lesagronhommes.com.

La Ferme du Pibot

Historique et avantages du poulailler mobile

Un poulailler mobile est une infrastructure en dur et de petite taille destinĂ©e Ă  l’élevage de volailles. Comme son nom l’indique, c’est une structure mobile prĂ©vue pour ĂȘtre dĂ©placĂ©e (plus ou moins aisĂ©ment) Ă  diffĂ©rents endroits d’une ferme en respect avec la lĂ©gislation en vigueur. C’est un systĂšme qui assure un pĂąturage des poules pour mieux valoriser l’herbe et assurer une fertilisation et rĂ©gĂ©nĂ©ration des sols.

Le poulailler mobile est assez rĂ©cent en France, c’est en 2016 qu’est apparu le premier poulailler mobile (Ă  la Ferme de la Coume Sourde) des onze fermes rencontrĂ©es par l’EAV. En France aujourd’hui, on estime qu’il y a entre 100 et 300 fermes qui possĂšdent un poulailler mobile professionnel (accueillant plus de 50 poules pondeuses).

Le principe a commencĂ© Ă  faire son apparition plus tĂŽt ailleurs qu’en France, et s’est dĂ©veloppĂ© en parallĂšle dans plusieurs pays. Les États-Unis avec le premier “egg mobile” de Joel Salatin et l’Australie avec les Chicken Caravan de Daniel O’Brien ont eu un vrai rĂŽle de pionniers au dĂ©but des annĂ©es 2000. Richard Perkins, crĂ©ateur de Ridgedale Farm en SuĂšde, a permis la dĂ©mocratisation du modĂšle en proposant un plan de poulailler mobile en auto-construction. En Allemagne on trouve les marques HĂŒhnermobil et Farmermobil apparues vers 2010.

Les poulaillers mobiles apportent de nombreux avantages :

  • les poules ont accĂšs Ă  un environnement riche, propre, une herbe fraĂźche, rĂ©guliĂšrement ce qui impacte la qualitĂ© gustative et nutritionnelle des Ɠufs ;
  • les surfaces extĂ©rieures sont utilisĂ©es de maniĂšre plus souple et rĂ©guliĂšre ;
  • le fait d’alterner les parcelles permet de diminuer la pression des parasites ;
    la couverture végétale est ménagée ;
  • l’investissement de dĂ©part est moindre que pour un bĂątiment en dur (dans le cas des ateliers de plusieurs centaines de poules pondeuses).

đŸ„š Zoom sur… l’oeuf de pĂąturage

Une Ă©tude a Ă©tĂ© menĂ©e sur 14 fermes de poules pondeuses en pĂąturage tournant pour comparer la teneur moyenne en Ă©lĂ©ments nutritifs avec des Ɠufs USDA « conventionnels » c’est-Ă -dire en bĂątiments.

MĂ©thode de l’étude : 6 Ɠufs par ferme, analysĂ©s par un laboratoire indĂ©pendant de Portland (Oregon)

Les rĂ©sultats montrent que, en comparaison avec un Ɠuf conventionnel, un Ɠuf de pĂąturage possĂšde :

  • 2 fois plus d’omĂ©ga 3 ;
  • ⅔ de vitamine A (rĂ©tinol) en plus ;
  • 3 fois plus de vitamine E ;
  • 7 fois plus de bĂȘta-carotĂšne ;
  • 50% d’acide folique (vitamine B9) en plus ;
  • 70% de vitamine B12 en plus ;
  • 4 Ă  6 fois plus de vitamine D ;
  • 40% en moins de cholestĂ©rol.

L’AFPM a le projet de mener la mĂȘme Ă©tude en France afin de prouver les bienfaits du pĂąturage sur les valeurs nutritionnelles des Ɠufs et de mieux valoriser ce choix d’élevage auprĂšs des consommateur·rices.

Comme pour toute solution alternative, le poulailler mobile n’est pas une mĂ©thode miracle et elle apporte son lot d’inconvĂ©nients :

  • Ă©tant mobile le poulailler demande du temps humain pour son dĂ©placement ainsi que la gestion de l’eau, de l’alimentation et des clĂŽtures,
  • il est compliquĂ© voire impossible d’automatiser la collecte des Ɠufs ;
  • le risque d’Ɠufs au sol ou d’Ɠufs souillĂ©s est plus grand ;
  • l’adaptation des poules Ă  un nouveau systĂšme peut ĂȘtre compliquĂ©e : elles ne sont pas sĂ©lectionnĂ©es pour ça mais pour une vie en batterie ;
  • si l’on souhaite une automatisation de l’ouverture/fermeture des portes ou un Ă©clairage pendant l’hiver, l’accĂšs Ă  l’électricitĂ© apporte une contrainte supplĂ©mentaire.

Les poulaillers de GonneGirls

Pourquoi choisir un poulailler mobile ?

Claire de la Ferme des GonneGirls a insistĂ© sur le fait que l’on ne choisit pas un poulailler mobile juste pour “avoir un poulailler mobile”. Ce qui pousse Ă  choisir cette solution c’est le sol.

“Ce systĂšme-lĂ  est fait pour les gens qui sont passionnĂ©s du sol, c’est ça qui va faire bouger ton poulailler deux fois par semaine.”
Claire des GonneGirls

Le poulailler mobile doit ĂȘtre intĂ©grĂ© Ă  une rĂ©flexion plus globale de la rĂ©gĂ©nĂ©ration des sols au niveau de la ferme. Au moment de prendre la dĂ©cision d’adopter ce systĂšme il faut bien rĂ©flĂ©chir au modĂšle de pĂąturage et Ă  la rotation des parcelles car c’est le point essentiel de ce systĂšme.

On leur a demandĂ© pourquoi elles avaient choisi ce modĂšle. Tout part de leur philosophie de dĂ©part qui place le pĂąturage holistique au cƓur. Elles voulaient prouver qu’une ferme diverse de petite taille pouvait ĂȘtre rĂ©gĂ©nĂ©ratrice et rentable. Les poules sont l’animal de taille moyenne le plus facile Ă  utiliser pour rĂ©gĂ©nĂ©rer les sols dans le cas de leur ferme, le choix de l’animal est venu avec la taille du terrain. Pour leur ferme, elles se sont beaucoup inspirĂ©es du modĂšle rĂ©gĂ©nĂ©ratif de Richard Perkins, malheureusement ses livres et vidĂ©os ne sont disponibles aujourd’hui qu’en anglais.

Pour Claire, si vous pensez votre ferme de façon statique, le poulailler mobile n’aura que peu d’intĂ©rĂȘt. En effet, il est trĂšs difficile d’ajouter une partie dynamique dans une ferme statique. Si vous n’avez pas l’infrastructure pour amener l’eau aux diffĂ©rentes parcelles, si vous n’ĂȘtes pas motivé·es pour dĂ©placer rĂ©guliĂšrement les structures, si vous ne souhaitez pas devoir vous en occuper tous les jours (alimentation et eau) ce ne sera pas une bonne solution pour vous. Si vous essayez de trouver des compromis avec ces Ă©lĂ©ments alors vous allez mĂ©langer les systĂšmes et l’impact rĂ©gĂ©nĂ©ratif sur les sols sera minimal.

Zoom sur … l’association française des Poulaillers mobiles

L’association est nĂ©e de la rencontre entre 3 Ă©tudiant·es (Quentin, ThĂ©o et Maryon) et la ferme des Champs de Bray. Au cours de leur annĂ©e d’aventures au sein de l’Ă©cole d’AgroĂ©cologie Voyageuse, les 3 Ă©tudiants ont rĂ©alisĂ© une enquĂȘte en France sur la thĂ©matique des poulaillers mobiles. Lors de leur escale Ă  la ferme des Champs de Bray, ils rencontrent Maxime, aujourd’hui prĂ©sident de l’association. Tous dĂ©sireux de voir Ă©voluer ce systĂšme d’Ă©levage et de faire coopĂ©rer les diffĂ©rents acteurs, ils ont fondĂ© l’Association Française des Poulaillers Mobiles.

Cette association a pour objectifs de promouvoir et dĂ©velopper un systĂšme agro Ă©cologique qui repose sur le dĂ©placement d’un poulailler afin de profiter de tous les avantages agronomiques, nutritionnels et Ă©thiques que prĂ©sente le pĂąturage des poules.

Quel poulailler mobile choisir pour vos poules pondeuses ?

Si vous dĂ©cidez de vous lancer dans l’élevage avec poulailler mobile, vous allez devoir choisir votre modĂšle. Pour cela plusieurs critĂšres Ă  prendre en compte :

  • quelle sera la taille de l’élevage ?
  • quel est votre budget ?
  • de quels moyens matĂ©riels disposez-vous pour dĂ©placer le poulailler une fois montĂ© (type de tracteur, quad, voiture)?
  • avez-vous le temps et les compĂ©tences pour construire un poulailler en autoconstruction ? Allez vous faire appel Ă  des compĂ©tences extĂ©rieures
  • Ă  quelle frĂ©quence planifiez-vous de dĂ©placer le poulailler ?

Le premier choix à faire et celui de l’auto-construction ou non du poulailler.

 

Les poulaillers mobiles déjà construits

 

Il existe quelques marques Ă©trangĂšres qui proposent des poulaillers tout Ă  fait adaptĂ©s Ă  des ateliers avec moins de 250 poules comme Ă  des plus gros ateliers. Le Bois de la Dame ou la Ferme de TrĂ©vero ont toutes deux des poulaillers de HĂŒhnerMobil (HĂŒmo Basis 225) qui coĂ»tent autour de 40 000 €. La Ferme de TrĂ©vero a Ă©galement un poulailler dĂ©plaçable de la marque française CABI qui coĂ»te 5000€ non montĂ©.

D’autres marques reconnues proposent des poulaillers mobiles : les Chicken Caravan d’Australie (que Claire des GonneGirls recommande chaudement) ou la marque allemande Farmermobil.
L’offre va sĂ»rement se diversifier et s’Ă©toffer au vu de l’engouement actuel autour de ce systĂšme. Nous vous conseillons de rentrer en contact avec des personnes utilisant le poulailler souhaitĂ© pour ĂȘtre sĂ»r que cela correspond Ă  vos besoins et au type d’élevage que vous allez mettre en place.

Si ces modùles ne vous conviennent pas ou si vous ne souhaitez pas faire ce type d’investissement, vous pouvez opter pour l’auto-construction.

Comment construire son poulailler mobile ? L’auto-construction

L’option la moins chĂšre est de partir sur un modĂšle type bĂ©taillĂšre qui coĂ»te entre 2000 et 2500€. Ce modĂšle est peu onĂ©reux mais lourd et plus limitĂ© en termes de contenance. D’un point de vue rĂ©glementaire, seule une centaine de poules pourront y sĂ©journer. Ça a Ă©tĂ© le choix de la Ferme des Gobettes, de l’Oeuf qui roule et de Jardin de Deux’ Mains.

Le modĂšle sur chĂąssis, un peu plus cher (de 3000 Ă  6000€) permet plus de latitude pour la contenance. On retrouve dans cette catĂ©gorie celui de la Ferme de la Brosse qui a coĂ»tĂ© 6000 € et celui des GonneGirls inspirĂ© de l’Eggmobile de Richard Perkins qui a coĂ»tĂ© entre 3000 et 4000 € par poulailler.

 

Vous avez sĂ©lectionnĂ© une ferme pour vous installer et vous souhaitez la faire financer ? Nous avons peut-ĂȘtre une solution pour vous !

Poulailler auto-construit des Gobettes vs HĂŒhnermobil du Bois de la Dame

Le principe du pĂąturage des poules pondeuses

Si vous positionnez vos poules dans un poulailler mobile c’est pour les faire pĂąturer. Ainsi les poules pourront booster la fertilitĂ© des parcelles sur lesquelles elles sont positionnĂ©es. C’est tout l’intĂ©rĂȘt d’avoir un poulailler le plus grillagĂ© possible au sol, afin que les fientes tombent directement sur la prairie.

La frĂ©quence de dĂ©placement de votre poulailler varie selon la taille de vos enclos et l’état des pĂątures. Il vous faudra beaucoup observer ces derniĂšres, surtout au dĂ©but. Pour bien maĂźtriser la rotation et le pĂąturage des poules, il est important d’avoir des bases en pĂąturage tournant dynamique. C’est-Ă -dire de bien connaĂźtre la vitesse de pousse de l’herbe ou du couvert vĂ©gĂ©tal et d’estimer quand le pĂąturage des poules est optimal. Il est essentiel d’expĂ©rimenter toujours plus !

Autre Ă©lĂ©ment important : la poule ne broute pas, il faut que l’herbe soit suffisamment courte pour que la poule puisse pĂąturer. Si les poules passent sur de l’herbe haute elles vont se contenter de l’aplatir sans rien manger. Avant le passage des gallinacĂ©es il faut donc soit faucher la prairie soit faire passer des vaches ou des moutons en pĂąturage avant. Si les poules passent aprĂšs des bovins elles pourront Ă©parpiller les bouses et donc mieux rĂ©partir la fertilisation ainsi que rĂ©guler en picorant les parasites prĂ©sents dans les bouses. La gestion des prairies est holistique et ne dĂ©pend pas que des poules.

L’expĂ©rimentation est la clĂ© : StĂšve de la Ferme de Pibot, l’illustre trĂšs bien dans son interview par Opaline dans un Ă©pisode du podcast de l’EAV. Il avance que les essais sont essentiels pour trouver le fonctionnement optimal pour son sol, son mode de vie et ses contraintes. Ils sont passĂ©s d’un dĂ©placement des poulaillers tous les trois jours Ă  un dĂ©placement tous les trois mois avant de revenir Ă  une situation plus intermĂ©diaire : un compromis entre garder une prairie abondante et rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e et avoir un rythme de travail compatible avec les contraintes personnelles ou Ă©conomiques. Il insiste sur l’importance de bien calibrer la surface de pĂąture et le chargement (le nombre de poules Ă  l’hectare), ce calibrage dĂ©pendra de la vitesse de pousse de l’herbe et de la qualitĂ© du sol.

La poule et l’agroforesterie

Historiquement, la forĂȘt est l’habitat naturel de la poule. L’association de la poule et de l’arbre est donc bĂ©nĂ©fique et naturelle. Cela se vĂ©rifie dans la pratique :

  • Les arbres apportent une protection climatique : de l’ombre contre la chaleur, un abri de la pluie et du vent ;
  • Le comportement naturel de la poule l’amĂšne Ă  se percher dans les arbres ;
  • Ils proposent Ă©galement une protection naturelle face Ă  certains prĂ©dateurs (rapaces) ;
  • Il y a Ă©galement une interaction avec la biodiversitĂ© notamment les insectes et ravageurs qui sont une source de nourriture pour les poules. Ces derniĂšres vont pouvoir aider dans la gestion du parasitisme (exemple : carpocapse) ;
  • Enfin les poules apportent un amendement naturel aux arbres.

Les fermes visitĂ©es par l’EAV sont nombreuses Ă  profiter de cette complĂ©mentaritĂ©. La Ferme de TrĂ©vero a plantĂ© plus de 200 arbres fruitiers dans les enclos des poules. Les Vergers du Mitan-Cranne font pĂąturer les poules dans des vergers de pommiers Ă  basse tige. La Ferme de Pibot fait Ă©galement pĂąturer ses poules entre les lignes d’arbres fruitiers. Enfin Ă  la Ferme de Coume Sourde, un poulailler mobile est placĂ© dans la forĂȘt tout l’étĂ© pour que les poules bĂ©nĂ©ficient de cet environnement.

L’Ă©ducation des poules

Les poules rousses classiques de race Lohmann qui sont majoritaires aujourd’hui sur les systĂšmes en place en France ne sont pas vraiment adaptĂ©es au systĂšme de pĂąturage : elles ont du mal Ă  supporter le changement et n’ont pas naturellement un comportement exploratoire pour trouver un complĂ©ment de nourriture.

C’est encore plus vrai lorsque l’on reçoit des poulettes prĂȘtes Ă  pondre qui n’ont jamais vu l’herbe et ont vĂ©cu sans perchoir. Elles n’auront pas le rĂ©flexe d’aller chercher de la nourriture dans le pĂąturage et d’aller se percher pour dormir. Elles sont trĂšs conditionnĂ©es par les 16 semaines passĂ©es en bĂątiment et cela demande une Ă©ducation Ă  leur accueil qui peut ĂȘtre assez chronophage. Quelques fermes comme la Ferme de Pibot ou TrĂ©vero ont pour objectif de dĂ©velopper des poussiniĂšres afin de pouvoir habituer les poules dĂšs le premier jour et amĂ©liorer le bien-ĂȘtre animal pour Ă©viter un maximum de transport au cours de la vie de l’animal.

Aujourd’hui, aucune ferme n’a dĂ©veloppĂ© de poules rustiques adaptĂ©es au pĂąturage et au poulailler mobile : une race rĂ©sistante aux conditions de vie extĂ©rieures, au comportement exploratoire et qui garde un bon taux de ponte ce qui pĂȘche souvent dans les races anciennes. Mais de nombreux.ses agriculteur·rice.s y pensent et aimeraient se pencher sur la question pour amĂ©liorer le bien-ĂȘtre animal et participer Ă  la sauvegarde de races anciennes. La clĂ© est de trouver l’équilibre entre cela et le volet Ă©conomique afin que le systĂšme soit viable.

Quelle rentabilité économique

Au cours de leur tour de France, l’équipe de l’EAV a pu rĂ©colter de nombreux indicateurs Ă©conomiques des ateliers de poulaillers mobiles. Le seul bĂ©mol est le manque de recul dans le temps qui rend difficile d’avoir des chiffres entiĂšrement significatifs.

Un consensus dans les fermes Ă©merge sur le fait que les Ɠufs de pĂąturage se vendent trĂšs bien et sont facilement valorisables.

Ressort aussi la notion de bien estimer le temps passĂ© auprĂšs des poules et ĂȘtre extrĂȘmement organisé·e afin de ne pas se retrouver dĂ©bordĂ©.e par les diffĂ©rentes mini-tĂąches inhĂ©rentes Ă  l’atelier. Le temps passĂ© et le coĂ»t de la main d’Ɠuvre est souvent le nerf de la guerre pour rendre un atelier agricole rentable donc optimiser son temps au maximum est essentiel !

Voici une moyenne des Ă©lĂ©ments Ă©conomiques des fermes observĂ©es par l’EAV. On retrouve la catĂ©gorie petit atelier sous 250 poules et la catĂ©gorie au-dessus de 250 poules. Enfin le tableau met en comparaison des donnĂ©es de poulailler conventionnel en batterie. Les deux types d’ateliers sont difficilement comparables de par leur taille et les investissements de dĂ©part, on note nĂ©anmoins une marge brute par Ɠuf nettement supĂ©rieure.

  • Temps de travail moyen de 7h en petit atelier et de 18h en grand atelier ;
  • Chiffres d’affaires annuel moyen de 16K€ pour les petits ateliers et 75K€ pour les grands ateliers pour une marge brute entre 50 et 60% ;
  • Prix de vente moyen en bio 0,38€, 0,32€ en non-bio ;
  • Marge brute Ă  l’Ɠuf de 19-20 centimes par Ɠuf.

Les poulettes de la Ferme de la Brosse

3. Aller plus loin

Se former

  • La formation GonneGirls qui a lieu trois fois par an en Normandie sur la ferme de Claire et GaĂ«lle pendant deux jours. Formation holistique oĂč sont traitĂ©s les thĂšmes du pĂąturage, les aspects Ă©conomiques, administratifs (le CEO). Selon la pĂ©riode et si utile construction en groupe d’un poulailler mobile si utile. Sinon un topo complet sur la construction et les plans. 12 personnes max. Pour connaĂźtre les prochaines dates, vous pouvez suivre la Ferme sur Instagram (@la_ferme_gonnegirls). Un futur partenariat avec Fermes d’Avenir va rendre cette formation finançable par les fonds de formation. 
  • La formation de Ver de Terre Production menĂ©e par Maxime Merchier et Opaline Lysiak qui est un mix de formation Ă  distance et en prĂ©sentiel, ils en proposent une ou deux par an (contact : maxime-merchier@orange.fr)
  • Les formations de l’Atelier Paysan pour se familiariser avec l’auto-construction (il y en a parfois spĂ©cifique aux poulaillers mobiles)

Regarder, lire et Ă©couter

  • You Can Farm de JoĂ«l Salatin et Richard Perkins

Ferme des GonneGirls : construction d’un poulailler mobile pendant une formation

Zoom...sur FEVE

BĂ©nĂ©ficiez de l’expertise de FEVE en vous installant sur une ferme dĂ©jĂ  visitĂ©e et validĂ©e

Chaque jour, les expert·es de FEVE sillonnent les routes pour trouver ce qui sera peut-ĂȘtre votre future ferme ! Chaque ferme est achetĂ©e au juste prix par une fonciĂšre solidaire faisant appel Ă  l’épargne citoyenne. Elle est ensuite modĂ©lisĂ©e pour pouvoir ĂȘtre rĂ©partie en plusieurs ateliers agricoles complĂ©mentaires (Ă©levages, grandes cultures, maraĂźchage, poules pondeuses, arboriculture, etc.).

Sous rĂ©serve de respecter notre charte agro-Ă©cologique vous pouvez ensuite devenir locataire d’une partie de la ferme via un bail rural environnemental de 25 ans avec une option d’achat au bout de 7 ans.

Marguerite Legros

Responsable Ă©ditoriale et maraĂźchĂšre en devenir – Marguerite est diplĂŽmĂ©e d’école de commerce et formĂ©e au maraĂźchage. Avec cette double casquette, elle alterne entre rĂ©daction d’articles sur les problĂ©matiques du monde agricole, animation de la communautĂ© de porteurs de projets. Pour ce guide, elle a repris et synthĂ©tisĂ© le travail de l’École d’AgroĂ©cologie Voyageuse ainsi que toutes les informations qu’elle a pu glaner sur les poules pondeuses auprĂšs de spĂ©cialistes et d’Ă©leveur·ses et sur le grand champ du web.

CrĂ©dits photos : RĂ©becca Trouslard, l’École d’AgroĂ©cologie Voyageuse, la Ferme des GonneGirls et RĂ©becca Trouslard.