Arboriculture – Comment devenir arboriculteur ou arboricultrice ?

Dernière mise à jour : 8 juillet 2022

L’arboriculture consiste à cultiver les arbres, que ce soit à visée ornementale ou fruitière. L’arboriculture fruitière peut elle-même être à but conservatoire (cultiver des variétés anciennes et rares) ou productif. C’est bien l’arboriculture fruitière et productive que nous abordons dans ce guide métier. L’arboriculture regroupe des productions très variées, des fruits à pépins (pommes, poires…), aux fruits à noyaux (abricots, pêches…) ou aux fruits à coques (noix, noisettes, amandes…).

Comment devenir arboriculteur ou arboricultrice ? Cette fiche mĂ©tier a pour vocation d’expliquer cette activitĂ© d’arboriculture, mais ne pourra malheureusement pas ĂŞtre exhaustive – Ă  moins d’en faire un roman, ou deux. Mais rassurez-vous, des liens en fin d’article vous permettront de creuser le sujet.

     

    Jeune verger palissé de poiriers.

    1. DĂ©finition et particularitĂ©s de l’arboriculture

    Plantons le décor :

    • C’est une culture pĂ©renne : une fois mis en terre, les arbres peuvent vivre vingt, trente, parfois cent ans… D’oĂą l’importance fondamentale de bien prĂ©parer la phase de plantation ;
    • C’est une culture qui demande de la patience… et une bonne trĂ©sorerie en dĂ©but de projet : alors que les chantiers de plantation d’arbres et leur entretien sont coĂ»teux, ils mettent jusqu’à 10 ans avant d’atteindre leur rendement optimal. On vise alors Ă  accĂ©lĂ©rer la mise Ă  fruits ou adopter des productions complĂ©mentaires ;
    • C’est une culture rentable mais risquĂ©e : en rythme de croisière, les arbres fruitiers ont des rendements importants, et assurent un revenu confortable Ă  l’arboricultrice ou l’arboriculteur. Cependant, on peut tout perdre en une nuit de fort gel alors que les arbres sont en fleurs… L’arboriculteur·ice a donc tout intĂ©rĂŞt Ă  choisir des variĂ©tĂ©s diversifiĂ©es, notamment Ă  floraisons tardives, et mĂŞme d’adopter une protection antigel dans son système productif.

    … Même pas peur ? Vous aimez le temps long ? Les vieilles branches ? Voir les arbres grandir ? Vous pensez qu’ils ont toute leur place dans un système agricole vertueux et respectueux de la biodiversité ? L’arboriculture est faite pour vous !

    Vous avez un projet arboricole et vous souhaitez trouver une ferme adaptée ?

    2. Quel verger est fait pour vous ? La clĂ© de l’arboriculture : bien prĂ©parer la plantation

    Le choix du terrain

    Avant toute chose, assurez-vous que votre sol a des propriétés favorisant la culture fruitière :

    • un sol limoneux, riche en matière organique ;
    • un sol drainant pour Ă©viter l’asphyxie racinaire ;
    • un sol profond pour favoriser l’enracinement des arbres.

    Le choix des essences d’arbres

    Quelques conseils pour choisir les essences de vos arbres (pommiers, poiriers, abricotiers…) :
    Cette essence est-elle adaptée à mon type de sol et à mon climat ? Le sera-t-elle toujours dans quelques années, avec les prévisions de changement climatique ?
    Cette essence a-t-elle un marché possible de consommateurs ?

    Le choix de la variété et du porte-greffe

    On ne le sait pas toujours mais les arbres fruitiers en système productif sont greffés : ils sont constitués d’une part d’un porte-greffe, qui comprend la partie racinaire, sélectionné pour ses vertus de vigueur et d’adaptation aux différents types de sol, et la variété, greffée sur le porte-greffe en pépinière et sélectionnée pour ses propriétés gustatives, esthétiques, de facilité de conduite ou de résistance à certains ravageurs.

    Avant de vous lancer dans la plantation, recueillez le plus d’informations possibles auprès de votre pépiniériste sur les scions disponibles : quelle variété choisir ? Quel porte-greffe ? Posez-vous aussi la question de comment conduire vos arbres une fois qu’ils auront grandi, quel rendement viser, pour quels circuits de distribution… Répondre à toutes ces questions vous permettra de choisir parmi les différents types de verger.

    Le choix de la conduite du verger

    Rapide coup d’œil sur les deux types de vergers les plus classiques en arboriculture :

    • Le verger intensif, ou verger palissĂ© classique
      Assolement : environ 1 500 arbres/ ha
      Densité de plantation (pour un verger de pommier) : 4m entre les lignes, 2m sur la ligne
      Hauteur d’arbre : basse tige
      Porte-greffe : nanifiant
      Mise Ă  fruit : rapide
      Conduite : besoin de tuteurage, palissage, irrigation…

     

    • Le verger extensif, ou verger de plein vent
      Assolement : environ 500 arbres/ ha
      Densité de plantation (pour un verger de pommier) : 10m entre les lignes, 10m sur la ligne
      Distance entre les lignes : 10 m
      Distance dans les lignes : 10 m
      Hauteur d’arbre : haute tige
      Porte-greffe : vigoureux
      Mise Ă  fruit : plus longue
      Conduite : arbres plus autonomes, mais difficultés pour tailler et récolter à hauteur

    … Quel que soit le type de verger qui aura votre préférence, le chantier de plantation comprend :

    • La prĂ©paration de sol, avec le passage d’une sous-souleuse afin de casser la semelle de labour ;
    • L’amendement du sol en matière organique, avec l’apport d’environ 40T de fumier/ha ;
    • Dans le cas de verger intensif, l’installation du système de palissage, notamment les pieux ;
    • Et bien sĂ»r, la plantation des scions, avec un pralinage prĂ©alable des racines et une irrigation importante et rĂ©gulière après plantation.

    🦔 Ne pas confondre… arboriculture et agroforesterie

    L’agroforesterie englobe toutes les pratiques consistant Ă  mĂ©langer sur une mĂŞme parcelle la culture des arbres avec des cultures vĂ©gĂ©tales ou de l’élevage : cela peut aller du parcours de pâturage pour poules pondeuses en vergers basses tiges Ă  la forĂŞt comestible. Sont associĂ©s Ă  ces pratiques plusieurs avantages : protection du vent, synergies racinaires, structuration du sol, optimisation de l’espace, protection des parasites, meilleure rĂ©silience face aux changements climatiques, etc. L’arboriculture n’induit pas forcĂ©ment ce type de diversitĂ© de cultures mais il est bien sĂ»r indispensable d’en connaĂ®tre les principes lorsque l’on mène un projet dans l’agroforesterie.

    Parcelle maraîchère en Angleterre avec arbres fruitiers et petits fruits en interrangs. 

    3. Le quotidien d’un arboriculteur : une année au rythme des arbres

    Les tâches en arboriculture évoluent au rythme des saisons, et comprennent deux temps forts : la taille en hiver, et la cueillette en été ou automne. Ces activités nécessitent bien souvent le recours à une main-d’œuvre saisonnière.

    La taille : de novembre Ă  mars

    La taille a plusieurs avantages : elle limite le phénomène d’alternance des arbres fruitiers (qui produisent naturellement beaucoup de fruits une année, puis peu l’année suivante et ainsi de suite). Elle favorise aussi une meilleure aération de l’arbre et un meilleur ensoleillement, pour éviter les maladies et favoriser la fructification. Enfin, elle permet d’allonger la durée de productivité d’un arbre, en éliminant les parties abîmées ou mal placées.

    Il existe aussi une taille « en vert » durant l’été, qui permet d’accélérer la mise à fruit des rameaux de l’année sur les fruits à pépins, et une « taille de formation » au printemps qui consiste à favoriser un port robuste de l’arbre dans ses premières années, avant d’être pleinement productif.

    L’entretien : de mars à octobre

    C’est la phase entre la taille et la cueillette, qui protège l’arbre face aux agressions, l’irrigue si nécessaire et favorise sa production fruitière.
    Cela passe notamment par :

    • les traitements phytosanitaires, afin de renforcer les dĂ©fenses de l’arbre, ou bien d’empĂŞcher la prolifĂ©ration de champignons ou de ravageurs ;
    • la lutte biologique, avec le piĂ©geage de ravageurs ou bien l’accueil d’auxiliaires de cultures ;
    • l’éclaircissage, pour enlever certains fruits des arbres, afin d’augmenter le calibre des fruits restants.

    La cueillette et le conditionnement : d’août à novembre

    Ça y est, les fruits sont prêts à être cueillis ! C’est le temps de la cueillette, qui nécessite le recours à des saisonniers car les volumes sont importants et la période courte.

    Organisation et soin porté aux fruits sont les maîtres mots pour une cueillette réussie ! Déposés dans des cagettes ou des palloxs, les fruits sont ensuite acheminés vers des hangars de stockage où ils sont triés, calibrés selon leur taille, stockés à température optimale, envoyés en transformation ou bien conditionnés pour la vente.

    La commercialisation : d’août à mars

    Selon la durée de conservation des fruits (qui peut aller jusqu’à plusieurs mois), la commercialisation s’étale dans le temps. On peut alors privilégier des circuits de distribution en vente directe ou en paniers hebdomadaires par exemple -à condition d’avoir de grandes chambres froides pour stocker ces volumes à bonne température.

    Pour les gros volumes plus périssables, on privilégie les circuits longs, via des coopératives et des grossistes, qui gèrent ensuite eux-mêmes la distribution jusqu’au consommateur final.

    Taille de pommiers. 

    🦔  Des fruits à part : les « petits fruits »

    On distingue les « petits fruits » (fraises, framboises, cassis, groseilles…) de l’arboriculture :

    • ils n’ont pas besoin d’être greffĂ©s ;
    • leur cycle de production et durĂ©e de vie est plus rapide ;
    • ils doivent ĂŞtre consommĂ©s quelques jours après leur cueillette (hors congĂ©lation) ;

    Leurs conditions de conduite, cueillette et commercialisation sont donc différentes de l’arboriculture, même s’ils sont une diversification très intéressante pour l’arboriculteur.ice :

    • ils sont plus rapides Ă  produire des fruits après plantation ;
    • ils gĂ©nèrent une entrĂ©e en trĂ©sorerie dès le printemps ;
    • ils sont moins sensibles aux Ă©pisodes de gel ou de grĂŞle, car souvent conduits sous tunnels.

    Ils sont en quelque sorte un intermĂ©diaire entre l’arboriculture et le maraĂ®chage, notamment pour les fraises. 

    Groseillers au moment de la récolte.

    4. Quel Ă©quipement en arboriculture ?

    L’arboriculture nĂ©cessite de nombreux Ă©quipements, qu’il n’est pas toujours possible de mutualiser, tant leur utilisation est frĂ©quente. Pour limiter les coĂ»ts, n’hĂ©sitez pas Ă  en chercher d’occasion. Il est possible aussi d’intĂ©grer une CUMA pour la mutualisation des outillages Ă  utilisation moins frĂ©quente. 

    L’équipement indispensable :

    • Tracteur 50cv, notamment Ă  cabine fermĂ©e
    • PulvĂ©risateur ou atomiseur
    • Broyeur
    • Herse Ă©trille
    • DĂ©broussailleuse
    • SĂ©cateur
    • Calibreuse Ă  fruits
    • Palloxs ou caisses de rĂ©colte
    • Chambre froide
    • Local phyto

    L’équipement mutualisable ou optionnel :

    • Sous-soleuse pour les plantations
    • Enfonce pieu
    • Plateforme de rĂ©colte
    • Filets anti-grĂŞles

    Vous avez identifié une ferme et aimeriez la faire financer ?

    Kiwis en fleurs.

    5. Faut-il un diplĂ´me pour ĂŞtre arboriculteur ?

    Ce n’est pas obligatoire pour exercer mais c’est fortement conseillĂ© pour vous permettre d’accumuler connaissances thĂ©oriques et pratiques via les stages. On peut faire le choix de l’arboriculture Ă  tout âge. Quelques exemples de formations agricoles diplĂ´mantes :

    • BPREA, brevet professionnel responsable d’entreprise agricole, avec spĂ©cialitĂ© arboriculture notamment Ă  Nantes ou Angers (avec possibilitĂ© de le suivre Ă  distance) ;
    • Bac pro productions horticoles ;
    • Licence professionnelle productions vĂ©gĂ©tales ;

    … ainsi que de nombreuses formations courtes dispensées localement. Renseignez-vous auprès de votre Chambre d’Agriculture ou votre Groupement d’Agriculteurs Biologiques.

    Ă€ noter, que si vous vous voulez bĂ©nĂ©ficier d’une prioritĂ© d’accès au foncier agricole et des aides Ă  l’installation comme la DJA (Dotation Jeune Agriculteur·rice) il vous faut suivre le parcours Ă  l’installation de la Chambre d’Agriculture et avoir pour cela votre CapacitĂ© Professionnelle Agricole (et donc un diplĂ´me agricole de niveau 4).

    Vous souhaitez pouvoir suivre votre projet d’installation avec des outils dĂ©diĂ©s ? ConnaĂ®tre les diffĂ©rentes Ă©tapes Ă  suivre ? Vous appuyer sur une communautĂ© de porteurs de projet eux aussi en cours d’installation ?

    🦔   La parole à Jean-Marc Gaillard, arboriculteur à la Maison Gaillard dans les Yvelines depuis 1999

    → Quelles sont les qualités essentielles pour être arboriculteur ?
    Le courage, la persévérance, un peu de folie et beaucoup de passion. Aimer ce travail. Et mettre l’humain au cœur de l’exploitation. Parce que ce métier nécessite beaucoup de main-d’œuvre, il faut savoir tirer le meilleur de chacun – à commencer par soi-même, pour pouvoir en tirer un revenu.

    → Quels conseils donneriez-vous à un porteur de projet en arboriculture ?
    Faire bien sur peu de surface. Associer l’arboriculture à des productions complémentaires comme le maraîchage et les petits fruits… avec un peu de mécanisation, ça me semble possible d’en vivre décemment.

    → Que faut-il regarder en priorité quand on visite un terrain dans un projet de verger ?
    La qualité du sol ; évitez les sols à dominance sableuse et rocailleuse. Vérifiez s’il y a une source d’eau à proximité. Préférez les terrains situés en haut de vallée plutôt qu’en bas, pour se prémunir du gel. Et dans le cas de vergers à reprendre, évitez ceux qui ont été laissés à l’abandon ou qui ont développé du chancre par exemple… ce n’est pas récupérable.

    → Quelles sont pour vous les cultures fruitières d’avenir ?
    Pour moi, l’idéal est d’avoir un peu de tout, de diversifier au maximum sur petite surface. Mais ce qui attire le plus les clients ce sont les petits fruits : ils font venir (et revenir) les gens et cela profite à toute l’exploitation.

    → Quel est le moment de l’année que vous préférez dans les vergers ?
    Le printemps. On ressent une dynamique nouvelle, les projets affluent, il y a de plus en plus à faire… c’est haletant.

     Le site de Maison Gaillard

    6. En savoir plus sur l’arboriculture

    Lire

    • Verger bio, arbres et arbustes d’Alain Niels Pontoppidan chez Terre vivante
    • CrĂ©er et entretenir un verger permaculturel, de Julien Mercher chez Eugen Ulmer Eds
    • Des mĂ©decines douces pour vos fruitiers, de Jean-Luc Petit chez Terre vivante
    • PurProjet, Ecosia ou Desenfants et des arbres pour un soutien financier Ă  la plantation d’arbres
    • Pour prĂ©parer au mieux son chantier de plantation https://agrifournitures.fr/18-palissage-plantation

    Regarder –

    Écouter

    Philippine de la Fayolle

    Diplômée du CELSA, Philippine a travaillé dix ans en agence de communication avant de se lancer dans l’aventure agricole. Son BPREA de l’école du Breuil en poche (aux côtés de son inséparable sécateur), Philippine continue de se former dans des vergers franciliens et rédige à ses heures perdues des articles sur les problématiques agricoles.

    Crédits photos : Philippine de la Fayolle et Marguerite Legros