Élevage ovin : des pistes pour se lancer

DerniĂšre mise Ă  jour : 5 avril 2022

 

Leurs petites tĂȘtes frisĂ©es vous rendent complĂštement chĂšvre ? On parle pourtant ici d’élevage ovin et donc de brebis, d’agneaux, de moutons et de bĂ©liers ! Avec plus de 7 millions d’ovins Ă©levĂ©s en France en 2020, l’élevage ovin est bien implantĂ© sur le territoire avec nĂ©anmoins une forte concentration au Sud, Ă  partir de la Loire, sur les terres rĂ©putĂ©es “difficiles” (rĂ©gions sĂšches ou de montagne). Fin 2016, le cheptel reproducteur Ă©tait de plus de 5 millions de brebis et agnelles saillies, constituĂ© Ă  70 % de brebis allaitantes et Ă  30 % de brebis laitiĂšres.

Il faut savoir que l’élevage ovin est trĂšs diversifiĂ©, il y a autant de systĂšmes d’élevage que de contexte climatique et agronomique. On trouve trois grandes finalitĂ©s Ă  l’élevage ovin : Ă©lever des moutons pour leur lait (et donc faire de l’élevage de brebis laitiĂšres, moins de 30% du cheptel), les Ă©lever pour la viande (Ă©levage ovin viande, plus de 70% du cheptel) ou encore (et c’est beaucoup plus rare) Ă©lever des moutons pour leur laine. Il arrive Ă©galement aux Ă©leveurs et Ă©leveuses d’avoir des races mixtes pour combiner deux activitĂ©s (viande et laine par exemple). Les races de moutons ont Ă©tĂ© sĂ©lectionnĂ©es au cours du temps pour leurs performances d’un cĂŽtĂ© laitiĂšres et de l’autre pour leur conformation bouchĂšre mais aussi pour leur qualitĂ© de laine.

L’élevage de brebis laitiĂšres se rapproche beaucoup de l’élevage de chĂšvres laitiĂšres en ce qui concerne l’organisation du travail et les investissements pour le matĂ©riel de traite. Les informations sont dĂ©jĂ  traitĂ©es dans notre guide mĂ©tier sur l’élevage de chĂšvres. Nous axerons donc ce guide sur la conduite des Ă©levages de brebis allaitants et donc sur l’ovin viande. Nous ferons Ă©galement un court apartĂ© sur la filiĂšre laine complĂ©mentaire de l’élevage allaitant. Et nous vous partagerons des tĂ©moignages d’éleveurs et d’éleveuses de brebis !

Nous aborderons les points suivants :

  • Le rythme sur une annĂ©e et une saison dans l’Ă©levage ovin ;
  • Comment devenir Ă©leveur ovin ? Par quelle formation ?
  • Les points clĂ©s de l’installation en Ă©levage ovin : budget et formalitĂ©s ;
  • Les dĂ©bouchĂ©s dans l’Ă©levage de brebis allaitantes et un ordre de grandeur des revenus possible : combien gagne-t-on quand on Ă©lĂšve des moutons ?
  • Dans le PDF Ă  tĂ©lĂ©charger vous trouverez Ă©galement dles tĂ©moignages de quatre Ă©leveurs ovins ainsi que les caractĂ©ristiques de leur ferme.

Elles et ils nous ont aidĂ© Ă  rĂ©diger ce guide…

Ce dossier sur l’élevage ovin n’aurait pas pu voir le jour sans la collaboration des Ă©leveurs et Ă©leveuses que nous avons sollicité·es.

→ Virgil Noizet pour l’EARL Noizet – Ovin viande (51)

→ Claire Giordan pour le GAEC Saorges – Ovin viande et laine (06)

→ MaĂŻ Lan Allaux et Alexis MaugĂšre pour La Moutonnerie – Ovin laine (56)

→ Bastien Lombard pour EARL Lombard et fils – Ovin viande et laine (51)

→ Nathalie Nette et Jean-Marc GuĂ©gan pour le GAEC des Brebis Ă  Belle-Ile – Brebis laitiĂšres (56)

Merci Ă  eux et elles pour leur disponibilitĂ©s et les informations qu’ils nous ont partagĂ©es !

Crédits photos : Virgil Noizet, Claire Giordan, Rébecca Trouslard, Marguerite Legros et Marc Batty.

Retrouvez le guide au format PDF avec en bonus quatre tĂ©moignages d’Ă©leveur·ses et les caractĂ©ristiques de leurs fermes.

Le sommaire de cet article

  1. L’Ă©levage ovin, Ă  quoi s’attendre ?
    1. Le quotidien et le rythme d’une saison en tant qu’éleveur ovin
    2. Les différents modes de production
  2. Comment devenir Ă©leveur ovin ? Les formations
    1. Quel diplĂŽme faut-il ?
    2. Quels Ă©tablissements de formation pour l’Ă©levage ovin ?
  3. L’installation : Ă©tapes, investissement et rĂ©glementation
    1. Comment constituer son cheptel ?
    2. Les autres coĂ»ts d’investissement dans l’Ă©levage ovin
    3. Combien de brebis et quelle surface ?
    4. Quelle réglementation ?
  4. Combien gagne-t-on en élevant des moutons ? Débouchés et revenus
    1. Quels débouchés possibles pour les agneaux ?
    2. La filiĂšre laine : Ă©lever des moutons pour la laine est-ce possible ?
    3. Quel est le salaire d’un Ă©leveur
    4. Les aides Ă©ventuelles
  5. Pour aller plus loin 

1. L’Ă©levage ovin, Ă  quoi s’attendre ?

Quel ovin pour quel Ă©levage ?

En France, on retrouve trois principaux bassins de production de lait de brebis : l’Occitanie (zone de production de l’AOP Roquefort), la Nouvelle-Aquitaine (pour l’Ossau-Iraty) et la Corse (pour le Brocciu). Les races les plus connues pour leurs qualitĂ©s laitiĂšres sont la Lacaune, les Manechs tĂȘte rousse et tĂȘte noire, la Basco-bĂ©arnaise et la Corse. Les principales races de brebis allaitantes, c’est-Ă -dire les brebis qui Ă©lĂšvent leurs agneaux pour la viande, sont : l’üle de France, la Texel et la Suffolk pour les races les plus reconnues et sĂ©lectionnĂ©es pour leur conformation bouchĂšre. Il existe Ă©galement des races plus rustiques adaptĂ©es et sĂ©lectionnĂ©es sur des territoires comme la Limousine, la Berrichonne du Cher, la VendĂ©enne, et bien d’autres encore. Enfin, il existe Ă©galement des races de brebis allaitantes qui ont Ă©tĂ© sĂ©lectionnĂ©es pour la qualitĂ© de leur laine, c’est le cas de la MĂ©rinos mais aussi la RaĂŻoles des CĂ©vennes.
Les qualités demandées à un·e éleveur·se ovin sont similaires à celles demandées à tout·e éleveur·se : aimer travailler en extérieur, au contact des animaux, avoir une bonne forme physique pour manipuler les ovins mais aussi savoir gérer une entreprise et vendre ses productions. La polyvalence est donc la principale qualité de tou·tes éleveur·ses.

“Les bestiaux font partie de la famille et il faut avoir la fibre animale et de l’élevage. Moi si mes brebis sont bien, je suis bien et inversement !”
Virgil Noizet

Vous souhaitez vous installer avec un atelier ovin ? Nous avons peut-ĂȘtre la ferme idĂ©ale pour vous !

Crédit : DDP pour Unsplash

Les vues de Claire Giordan, bergĂšre pastorale

Le quotidien et le rythme d’une saison en tant qu’éleveur ovin

En Ă©levage allaitant, les principales tĂąches quotidiennes sont l’alimentation et la surveillance du troupeau. Cette derniĂšre peut ĂȘtre plus ou moins astreignante en fonction de la localisation du troupeau, elle est particuliĂšrement importante pour les troupeaux en moyenne et haute moyenne Ă  cause de la prĂ©sence de loups et d’ours.

“Avec les risques de prĂ©dations, aux pĂ©riodes de pĂąturage, on fait du gardiennage 24h sur 24.”

Claire Giordan, installée en systÚme pastoral

Pour la production laitiĂšre, une ou deux traites par jour viennent rythmer la journĂ©e en plus de l’alimentation et la surveillance du troupeau. Enfin en production laitiĂšre avec transformation fromagĂšre, il faut Ă©galement compter le temps passer au laboratoire en production et en nettoyage.

La production ovine est trĂšs saisonnĂ©e, c’est une facultĂ© biologique qu’ont les ovins Ă  caler leur cycle de reproduction en fonction de la longueur du jour ou plus exactement de la nuit.

Les brebis de race Ă  viande dites herbagĂšres vont avoir une pĂ©riode de reproduction (que l’on appelle la lutte), Ă  l’automne, pour des mises bas en mars-avril. Il est Ă©galement possible de dĂ©saisonner les brebis pour avoir deux pĂ©riodes de reproduction et ainsi avoir des ventes d’agneaux plus rĂ©parties sur l’annĂ©e. Les agneaux Ă©levĂ©s en contre saison naissent en octobre-novembre et sont Ă©levĂ©s en bergerie. Ils seront commercialisĂ©s de janvier Ă  juin.

Pour les Ă©levages herbagers, le dĂ©but de l’annĂ©e commence par les mises bas qui peuvent s’Ă©taler de fin fĂ©vrier Ă  avril. Cette pĂ©riode reprĂ©sente une forte charge de travail en particulier pour la surveillance des mises bas et les soins Ă  prodiguer aux agneaux nouveaux nĂ©s.

La mise Ă  l’herbe qui Ă  souvent lieu au cours ou Ă  la fin des mises bas est une pĂ©riode de changement d’alimentation, entre la pĂ©riode hivernale en bĂątiment et la pĂ©riode estivale en pĂąturage. Elle demande Ă©galement de la surveillance ainsi que de la manutention en fonction de la conduite du pĂąturage.

Le dĂ©but de l’étĂ© est rythmĂ© par les rĂ©coltes de foin pour assurer le fourrage de l’hiver puis des cultures s’il y en a sur l’exploitation. La vente des agneaux de printemps s’Ă©tale de juin Ă  octobre. La lutte suivante (pĂ©riode de reproduction) reprend en automne.

Les autres soins rĂ©alisĂ©s au cours de l’annĂ©e sont la tonte sanitaire annuelle (les animaux sont tondus une Ă  deux fois par an pour leur confort), le parage des onglons, le suivi prophylactique de dĂ©pistage de la brucellose et les vermifugations.

Les saisonnalitĂ©s sont diffĂ©rentes pour les races laitiĂšres. En effet, une majoritĂ© d’élevages produit du lait entre dĂ©cembre et juin. Les mise bas ont gĂ©nĂ©ralement lieu Ă  l’automne ou en dĂ©but d’hiver. La pĂ©riode de traite exclusive dĂ©marre aprĂšs l’allaitement des agneaux (qui sont sevrĂ©s plus ou moins rapidement) et se termine dans le courant de l’étĂ©.

La conduite de l’alimentation est trĂšs diffĂ©rente d’un bassin Ă  l’autre en fonction du contexte pĂ©doclimatique et des surfaces disponibles.

Les différents systÚmes de productions

La réglementation spécifique au bio

Il existe en France, une grande diversité dans les élevages ovins fortement liée à la diversité des territoires.

Pour les Ă©levages ovins viandes, on retrouve deux grands types, tout d’abord, l’élevage Ă  l’herbe du plus au moins extensif, dans les zones oĂč les potentiels de rendements des sols sont faibles et dans les zones de montagnes et piedmont.

Dans les zones de grandes cultures, on retrouve prĂ©fĂ©rentiellement des systĂšmes en bergerie, c’est-Ă -dire que les agneaux sont Ă©levĂ©s en bĂątiments et nourris avec une proportion relativement haute en aliments concentrĂ©s.

Toutefois des troupes ovines Ă©levĂ©es Ă  l’herbe viennent de plus en plus complĂ©ter les paysages de grandes cultures. L’élevage ovin peut jouer un rĂŽle important dans les exploitations en polyculture en valorisant les prairies en tĂȘte de rotation ainsi que les couverts des intercultures.

“ Étant multiplicateurs de semences de ray grass, dactyle, sainfoin et trĂšfle, je trouvais ça dommage de ne pas valoriser les pailles une fois que les graines des graminĂ©es Ă©taient rĂ©coltĂ©es, on galĂ©rait pour les vendre et on Ă©tait obligĂ©s de passer le broyeur. On cherchait des Ă©leveurs pour valoriser la biomasse produite que l’on n’utilisait pas. “
Bastien Lombard

On retrouve Ă©galement de plus en plus des troupeaux d’ovins utilisĂ©s en Ă©copĂąturage (des “moutondeuses”) qui est un mode d’entretien Ă©cologique d’espaces verts par le pĂąturage d’animaux herbivores mais cette mĂ©thode n’a pas pour objectif premier d’ĂȘtre productive du point de vue agricole. Souvent les agriculteurs tirent un revenu “complĂ©mentaire” de cette activitĂ© sous forme de prestation de services pour les entreprises ou les collectivitĂ©s.

“C’est une activitĂ© rĂ©munĂ©ratrice qui demande peu de brebis, une centaine sur notre troupeau de 700.”

Virgil Noizet

Les Moutondeuses en action

Zoom sur… le pĂąturage tournant dynamique

Le pĂąturage tournant dynamique demande de changer rĂ©guliĂšrement les brebis et agneaux de parcs pour avoir toujours une bonne qualitĂ© de l’herbe et diminuer le parasitisme. Cela demande de bonnes connaissances techniques sur la pousse de l’herbe et une logistique plus importante que dans un systĂšme classique mais est fortement mis en avant pour avoir un systĂšme d’élevage plus rĂ©gĂ©nĂ©ratif.

C’est ce que Virgil Noizet pratique dans sa ferme.

Un systĂšme rĂ©flĂ©chi et rodé 
“Avec 400-500 brebis sur 25 hectares, on tourne sur 3 fois 9 hectares par semaine. Les brebis retournent dans la premiùre parcelle au bout de 70 jours. “


basĂ© sur la pousse de l’herbe

“Ce que je veux, c’est m’occuper de mes prairies pour offrir un bon fourrage Ă  mes brebis ; Ă  elle ensuite d’élever leurs agneaux ! J’essaie d’avoir un systĂšme rĂ©silient. Pour moi un Ă©levage de ruminant ça se joue sur la gestion de l’herbe. Si on veut de la croissance et un rĂ©sultat technique il faut avoir une bonne gestion de l’herbe. Il faut une vraie expertise technique pour que ça aille bien ! C’est ce qui me plaĂźt le plus, d’aller voir les bĂȘtes et les faire changer de parcs !”


et peut-ĂȘtre pas si chronophage que ça !
“Il me faut un jour par semaine pour mettre en place mes parcelles, je m’arrange dans le roulement de mes parcs pour avoir mes week-ends de libre. J’arrive Ă  me libĂ©rer du temps libre sinon je ne le ferais pas. Il y a 3 mois oĂč il y a un pic de travail dans l’annĂ©e au moment des mises bas mais le reste du temps c’est surtout de la surveillance […]. Et puis le matĂ©riel a bien Ă©voluĂ©, on a des fils Ă©lectriques et le quad pour nous aider, l’installation des clĂŽtures est trĂšs facile ! Je n’ai pas de cailloux dans la terre, ça me permet de mettre facilement les piquets.”

Pose de clĂŽtures pour les changements de parcelles – Virgil Noizet

2. Comment devenir Ă©leveur ovin ? Les formations

Faut-il avoir un diplĂŽme agricole pour devenir Ă©leveur de moutons ?

La possession d’un diplĂŽme agricole donne beaucoup d’avantages au moment de l’installation agricole. La CapacitĂ© Professionnelle Agricole vous rend Ă©ligible Ă  la DJA (Dotation Jeune Agriculteur) qui reprĂ©sente une aide de 15 000 € Ă  30 000 € selon le lieu d’installation et le systĂšme de production. Il est possible de rĂ©aliser diffĂ©rents diplĂŽmes pour obtenir la CapacitĂ© Professionnelle. Le BPREA est le plus frĂ©quent pour une reconversion. La formation peut s’effectuer en un an Ă  temps plein ou deux ans Ă  temps partiel. Il facilite Ă©galement l’obtention de terres agricoles auprĂšs de la SAFER.

En plus de vous apporter les connaissances nĂ©cessaires pour Ă©lever des animaux d’élevage et gĂ©rer une entreprise agricole, il vous donne l’accĂšs Ă  un rĂ©seau qui pourra vous aider lors de votre installation. Il est Ă©galement recommandĂ© d’effectuer des stages dans diffĂ©rentes exploitations afin de vous faire une expĂ©rience terrain solide. Rien ne vaut l’expĂ©rience pour apprendre Ă  connaĂźtre les subtilitĂ©s de l’élevage des brebis.

“Je voulais rĂ©introduire de l’élevage sur ma ferme, mais on m’a toujours dit que l’on naĂźt Ă©leveur on ne le devient pas. J’ai fait des stages dans diffĂ©rents types d’élevages et c’est l’ovin qui m’a plu le plus. Lors de mon installation, j’allais travailler chaque week-end dans un Ă©levage voisin. Cela fait trois ans que j’ai ma troupe et je continue d’apprendre. Ma devise, on ne naĂźt pas Ă©leveur, on le devient.”
Bastien Lombard

Vous pouvez Ă©galement complĂ©ter un diplĂŽme agricole dĂ©jĂ  existant par un certificat de spĂ©cialisation Ovin (CS Ovin) qui a Ă©tĂ© spĂ©cialement crĂ©Ă© pour former des professionnels de l’élevage ovin, en production de viande ou de lait. Au cours de cette formation de 6 mois Ă  1 an selon le mode d’enseignement choisi (en formation pour adultes ou par apprentissage), la moitiĂ© du temps est consacrĂ©e au travail pratique en Ă©levage.

 

Quels Ă©tablissements de formation pour l’Ă©levage ovin ?

Organismes rĂ©alisant des formations en conduite d’élevage d’élevage ovin :

  • CFPPA – La Cazotte – 12400 SAINT AFRIQUE
  • CFPPA – Saint-Flour – 15100 SAINT-FLOUR
  • CFAA-CFPPA du Lot – LEGTA la Vinadie – 46100 FIGEAC
  • CFPPA – de la CĂŽte-Saint-AndrĂ© – 38216 La CĂŽte-Saint-AndrĂ©
  • CFPPA – Les Vaseix-Bellac – 87300 BELLAC
  • CFPPA – de Charolles – 71150 FONTAINES
  • CFPPA – de Montmorillon – 86501 MONTMORILLON
  • CFA – de la Roche-sur-Yon- 70022-85035 LA ROCHE SUR YON Cedex
  • CFPPA – de Mirecourt – 88500 MIRECOURT
  • CFPPA – de Rambouillet – 78514 RAMBOUILLET
  • LEGTA – LycĂ©e Charles Baltet – 10120 SAINT POUANGE

Vous avez sĂ©lectionnĂ© une ferme pour vous installer et vous souhaitez la faire financer ? Nous avons peut-ĂȘtre une solution pour vous !

Virgil Noizet Ă  l’oeuvre

3. L’installation en Ă©levage ovin : Ă©tapes, investissements et rĂ©glementation

Il existe plusieurs cas de figure dans votre installation, vous pouvez rejoindre une ferme existante en tant qu’associé·e et y commencer un atelier d’élevage ovin, vous pouvez Ă©galement crĂ©er une ferme seul·e ou Ă  plusieurs qui est spĂ©cialisĂ©e dans l’élevage ovin. Enfin vous pouvez dĂ©jĂ  ĂȘtre installé·e et vouloir complĂ©ter vos productions avec un atelier ovin viande. Selon le cas de figure et les infrastructures dĂ©jĂ  en place, votre calendrier d’installation et votre budget seront spĂ©cifiques. De plus, chaque situation et installation sont diffĂ©rentes. Ce que nous vous proposons ici ne sont que des ordres de grandeur gĂ©nĂ©ralistes pour vous donner une idĂ©e de ce qui vous attend !

Comment constituer son troupeau : le cheptel ?

Avant de définir la taille de votre troupeau il est important que vous définissiez : vos ressources fourragÚres/alimentaires (qui dépendent de la surface agricole dont vous disposez pour pouvoir alimenter le cheptel en fourrage et éventuellement en céréales) et votre seuil de rentabilité (qui varie selon vos coûts de production, le systÚme de production, les races désirées de brebis, les débouchés choisis, etc.). Ces deux éléments vous donneront alors une idée de la taille idéale de votre cheptel.

De maniĂšre gĂ©nĂ©rale, le troupeau dans sa totalitĂ© n’est pas complet dĂšs le dĂ©but de l’installation, il est recommandĂ© de constituer deux tiers du troupeau la premiĂšre annĂ©e, avec 50% d’agnelles puis de garder ou acheter exclusivement des agnelles jusqu’Ă  atteindre l’effectif cible.

Les agnelles sont des ovins femelles n’ayant jamais mis bas, la reproduction risque donc d’ĂȘtre plus complexe Ă  gĂ©rer et elles sont rĂ©putĂ©es pour ĂȘtre moins maternelles qu’une brebis. Ces derniĂšres coĂ»tent souvent moins chĂšres et sont plus productives rapidement. Il est conseillĂ© d’avoir un mĂ©lange des deux Ă©galement pour Ă©viter de devoir renouveler tout le troupeau la mĂȘme annĂ©e. Au fur et Ă  mesure garder un Ɠil sur la pyramide des Ăąges afin que celle-ci soit bien Ă©quilibrĂ©e avec un bon mix entre des agnelles et des brebis de 2 Ă  6 ans.

A titre indicatif une agnelle de race rustique peut coĂ»ter entre 120 et 150 €. Il faudra compter entre 150 et 200 € pour une race plus productive et conformĂ©e pour la viande. Une brebis rustique coĂ»te entre 90 et 150€ en fonction de son Ăąge et entre 110 et 200€ pour une race plus productive. Enfin comptez environ 400€ pour un bĂ©lier rustique et entre 450 et 550€ pour un bĂ©lier avec une bonne conformation bouchĂšre.

Il est possible de jouer sur l’effet de croisement de race aussi appelĂ© effet hĂ©tĂ©rosis, en croisant par exemple des brebis rustiques avec des bĂ©liers avec de bonnes conformations pour la viande et obtenir ainsi un bon mĂ©lange entre rusticitĂ© Volet “productivitĂ©â€. Comptez un bĂ©lier pour 40 brebis voir 50 brebis pour des bĂ©liers rustiques.

Prenez bien le temps de dĂ©finir votre plan de reproduction et de valorisation gĂ©nĂ©tique afin de pouvoir estimer quels seront vos besoins et coĂ»ts chaque annĂ©e pour atteindre votre troupeau “type”.

Le budget d’installation en ovin : les autres coĂ»ts

Le budget d’installation en Ă©levage ovin peut ĂȘtre assez rĂ©duit, en particulier dans le cas d’un Ă©levage plein air intĂ©gral.

Le coĂ»t d’investissement pour un bĂątiment d’élevage, peut ĂȘtre trĂšs variable en fonction du degrĂ© de mĂ©canisation que l’on souhaite mettre dans le systĂšme d’alimentation et la taille du bĂątiment. Comptez moins de 200€/brebis pour un tunnel avec un systĂšme d’affouragement manuel contre plus de 400€/brebis pour un bĂątiment de 460 brebis et 380 agneaux sevrĂ©s avec des couloirs d’alimentation prĂ©vus pour le passage d’une dĂ©rouleuse/pailleuse (Source idele).

En Ă©levage ovin viande comme ovin lait, il peut ĂȘtre intĂ©ressant d’avoir un parc de contention afin de manipuler et trier les animaux. Un parc de tri mobile coĂ»te entre 2 000€ Ă  13 000€ pour un parc de tri mobile de 500 brebis.

D’autres Ă©quipements sont aussi trĂšs utiles voir indispensables pour le bon fonctionnement de l’élevage comme des abreuvoirs automatiques (entre 40 et 200€ / abreuvoir), des cornadis (130€/9 places pour un cornadis en bois), une balance pour les pesĂ©es des agneaux (entre 800 et 2 000€), des portes de tri (200€), un Ă©quipement de parage (700€).

Les clĂŽtures sont Ă©galement indispensables pour le pĂąturage. Il faut compter 1,3 Ă  1,5€ au mĂštre linĂ©aire pour une clĂŽture fixe et entre 0,8 et 0,9€/m linĂ©aire pour une clĂŽture mobile (source idele).

Dernier Ă©lĂ©ment essentiel, le chien de conduite de troupeau. Avoir un chien adaptĂ© et avec des aptitudes naturelles Ă  la conduite pourra vous rendre de fiers services au moment de rassembler, rentrer, contenir, sortir ou diriger votre troupeau. Assurez-vous de vous entourer d’experts et de pairs au moment de le choisir. Choisissez un chien dont la race est connue pour ses qualitĂ©s de chien de berger, observez bien les parents du chiot au travail, prenez le temps d’éduquer correctement le chien avant de le faire travailler avec le troupeau. Tout ceci afin que le chien devienne votre plus grand alliĂ© !

 

Les fameux chiens de troupeaux

En ovin laitier vous devrez ajouter le coĂ»t d’un quai de traite et Ă©ventuellement d’une fromagerie. Ce sont des coĂ»ts similaires Ă  ceux d’un Ă©levage caprin que nous traitons dans un autre guide mĂ©tier. À savoir :

Il est important de concevoir ou d’acquĂ©rir une salle de traite fonctionnelle, car on y passe du temps. L’installation doit prendre en compte le nombre de brebis et le temps de traite, 1h30 par traite maximum. Avec moins de 50 brebis un quai simple avec quatre griffes peut suffire. Dans ces conditions il est possible d’acquĂ©rir du matĂ©riel d’occasion pour 5 000 €. Au-delĂ  de 50 brebis, il faudra plutĂŽt prĂ©voir un double quai et compter une griffe pour 10 brebis et relier directement les griffes au tank par un lactoduc. L’investissement pour une machine neuve de 8 postes (pour traire 80 brebis) avec un lactoduc reliant directement le tank peut s’Ă©lever Ă  17 000 €.

La fromagerie doit Ă©galement ĂȘtre fonctionnelle et adaptĂ©e aux quantitĂ©s de lait transformĂ© et au nombre de personnes y travaillant. Pour une production quotidienne maximale avoisinant les 300 litres une surface de fromagerie comprise entre 70 et 80m2 est suffisante. Le montant de l’investissement pour une fromagerie tout Ă©quipĂ©e Ă  neuf s’élĂšve entre 1 000 Ă  1 300 €/m2.

Les clĂŽtures, investissement incontournable !

Combien de bĂȘtes et quelle surface pour ĂȘtre autonome en alimentation ?

Dans de nombreuses fermes, la production laitiÚre est associée à une autre production permettant un revenu complémentaire comme par exemple un élevage bovin pour la viande.

Selon Ovinfos et d’aprĂšs le recensement BDNI 2019-2020, on compte en France 65 360 Ă©levages dĂ©tenteurs d’au moins un ovin, pour seulement 18 360 Ă©leveurs dĂ©tenteurs de plus de 50 brebis. Seulement 28% des Ă©levages ovins français sont considĂ©rĂ©s comme des Ă©levages “professionnels” puisque l’éligibilitĂ© Ă  la prime PAC Ă  la brebis est posĂ©e Ă  partir de 50 brebis.

Selon les donnĂ©es de suivi INOSYS-RĂ©seau d’élevage en Limousin le dimensionnement moyen pour une personne que l’on dĂ©signe par une unitĂ© de travail annuel (UTA = 2200 heures annuelles) est de 81 ha, 71 UGB soit approximativement 450 brebis avec leur suite. Ceci correspond Ă  un chargement animal de 1,04 UGB/ha de SFP (surface fourragĂšre principale). Ces chiffres correspondent Ă  l’installation d’une personne sur un Ă©levage spĂ©cialisĂ©, pour un revenu complĂ©mentaire comptez 200 Ă  250 brebis.

La réglementation en élevage ovin

La rĂ©glementation pour les diffĂ©rents Ă©levages ovins est la mĂȘme que pour les Ă©levages caprins, vous pouvez retrouver des informations similaires dans le guide mĂ©tier Ă©lever des chĂšvres.

Aspects identification et traçabilité

Tous les propriĂ©taires d’ovins, qu’ils soient reconnus comme Ă©leveur ou non, doivent obligatoirement dĂ©clarer auprĂšs de l’Ă©tablissement dĂ©partemental de l’élevage (EdE) les effectifs des animaux qu’ils possĂšdent, au premier janvier de chaque annĂ©e, ainsi que les naissances de l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente.
Les animaux doivent ĂȘtre identifiĂ©s par un systĂšme de boucles auriculaires. Tous les animaux nĂ©s sur l’exploitation doivent ĂȘtre identifiĂ©s avant l’ñge de 6 mois ou Ă  leur sortie de l’exploitation.
A chaque entrĂ©e ou sortie d’animaux de l’exploitation, l’Ă©leveur doit remplir un document de circulation. Ce document permet de tracer les animaux et doit les accompagner au cours de leur dĂ©placement.
L’ensemble des informations liĂ©es aux identifications et les justificatifs de dĂ©placement des animaux doivent ĂȘtre tenues Ă  jour dans un registre d’élevage et les documents doivent ĂȘtre conservĂ©s durant 5 ans minimum.
Le rĂšglement europĂ©en spĂ©cifie Ă©galement que l’éleveur est responsable de la qualitĂ© sanitaire des produits issus de son exploitation. Selon la rĂ©glementation des informations sur la chaĂźne alimentaire (ICA), l’éleveur est dans l’obligation d’informer la filiĂšre d’Ă©ventuels problĂšmes sanitaires pour toutes sorties des animaux de l’exploitation.

Aspects sanitaires

Tous les propriĂ©taires d’ovins sont tenus de choisir un vĂ©tĂ©rinaire sanitaire pour son Ă©levage.
Comme pour les dĂ©placements des animaux, l’éleveur doit renseigner un registre sanitaire recensant tous les traitements mĂ©dicaux et interventions rĂ©alisĂ©es sur les animaux. Se retrouve dans ce registre sanitaire : le nom du mĂ©dicament, la date, le n° des animaux concernĂ©s, le dĂ©lai d’attente avant de pouvoir consommer la viande ou le lait. Les ordonnances, bilan sanitaire, et compte rendu des visites annuelles doivent Ă©galement ĂȘtre conservĂ©s dans ce dernier.

 

RĂ©glementation pour la certification en Agriculture biologique

  • Les animaux, de prĂ©fĂ©rence de races rustiques, doivent ĂȘtre achetĂ©s en bio. Il est possible d’acheter des animaux non bio dans certains cas, avec l’accord de l’organisme certificateur (moins de 20 % du cheptel pour le renouvellement voir 40% dans le cas d’une extension du troupeau, d’un changement de race ou pour des races spĂ©cifiques qui font l’objet de programmes race menacĂ©es d’abandon, …).
  • Obligation d’accĂšs au pĂąturage dĂšs que les conditions mĂ©tĂ©orologiques le permettent.
  • L’utilisation d’hormones pour la synchronisation des chaleurs est interdite mais l’insĂ©mination animale est autorisĂ©e.
  • Les mutilations telles que l’ablation de la queue ou la castration physique sont autorisĂ©es avec analgĂ©sie et/ou anesthĂ©sie.
  • Le chargement animal est limitĂ© Ă  170 kg N/ha/an, en termes de production d’effluents soit 13,3 brebis /ha/an. Pour les exploitations en AB un plan d’Ă©pandage est obligatoire. Si la charge en effluent dĂ©passe la limite de 170 kg N/ha/an, l’éleveur Ă  l’obligation d’épandre ces effluents bio sur des terres bio.
  • Afin de favoriser le lien Ă  la terre et l’autonomie de la ferme, au moins 60% de la ration doit ĂȘtre constituĂ©e d’aliments produits sur la ferme. Une coopĂ©ration avec des exploitants bio de la rĂ©gion est toutefois possible.
  • La ration journaliĂšre des animaux en production doit ĂȘtre composĂ©e au minimum de 60% de fourrages grossiers. Le pĂąturage doit ĂȘtre priorisĂ© quand les conditions climatiques le permettent.
  • En ce qui concerne l’alimentation des nouveau-nĂ©s, le lait doit ĂȘtre naturel de prĂ©fĂ©rence maternelle pendant une durĂ©e de 45 jours minimum.
  • Les OGM, simulateurs de croissance et aliments conventionnels sont interdits. Pour plus de dĂ©tails sur tous les aliments autorisĂ©s pour la certification au label bio, se rĂ©fĂ©rer au cahier des charges exhaustif.
  • En ce qui concerne la prophylaxie et les soins vĂ©tĂ©rinaires, les traitements allopathiques ne peuvent ĂȘtre utilisĂ©s qu’à des fins curatives et sont limitĂ©s Ă  trois traitements par an et seulement 1 traitement pour les animaux dont le cycle de vie est infĂ©rieur Ă  1 an. L’éleveur doit privilĂ©gier l’utilisation de produits homĂ©opathiques, phytothĂ©rapiques et oligo-Ă©lĂ©ments. La prophylaxie obligatoire tel que les vaccins et les plans d’Ă©radication ne sont pas comptabilisĂ©s dans les traitements allopathiques. C’est Ă©galement le cas des vermifuges, s’ils sont justifiĂ©s. Enfin les dĂ©lais d’attente sont doublĂ©s et rĂ©duits Ă  48h si aucun dĂ©lai d’attente n’est prĂ©cisĂ©.
  • En ce qui concerne le logement, les animaux doivent avoir accĂšs Ă  une aire de couchage sĂšche avec litiĂšre de paille ou autre matĂ©riaux naturels. La surface minimum pour une brebis ou un bĂ©lier est de 1,5m2 par tĂȘte et 0,35m2 par agneaux.

Les brebis laitiĂšres Lacaune du GAEC des brebis de Belle-Ile

4. Combien gagne-t-on en “Ă©levant des moutons” : revenus et dĂ©bouchĂ©s

Quels débouchés possibles pour les agneaux ?

En 2019, 2,8 kg Ă©quivalent carcasse ont Ă©tĂ© consommĂ©s par habitant en France toutes filiĂšres confondues. La consommation de viande d’agneau est saisonniĂšre : elle est traditionnellement marquĂ©e par la fĂȘte de PĂąques. Avec 70,2 % des volumes, l’achat en grande distribution est dominant contre 1,4 % pour la vente directe. La restauration hors foyer reprĂ©sente 15 % de la consommation. Selon l’INAO, la production sous signes officiels de qualitĂ© (Label Rouge, IGP, AOC et Bio) reprĂ©sente 18 % de la production française d’agneaux.

La vente d’agneaux de lait se fait quasi uniquement Ă  PĂąques avec des agneaux nourris exclusivement ou essentiellement Ă  base de lait maternel, non sevrĂ©s, de moins de 90 jours et dont le poids de carcasse n’excĂšde pas 13 kg.

En 2015 seule 45% de la viande d’agneaux consommĂ©e en France Ă©tait d’origine française, ce qui tĂ©moigne d’un marchĂ© trĂšs concurrentiel avec l’étranger (notamment l’agneau de Nouvelle-ZĂ©lande) en particulier dans la grande distribution.

En tant qu’Ă©leveur vous pouvez opter pour le circuit long via les coopĂ©ratives, un systĂšme simple et rodĂ©. Ou alors passer par le circuit court qui permet de mieux maĂźtriser ses marges et de rĂ©duire l’empreinte carbone de sa viande mais demande parfois plus de temps, d’organisation et de diplomatie…

“Pour les magasins de producteurs, un des grands enjeux c’est de gĂ©rer le cĂŽtĂ© humain. On est 20 patrons, il faut que l’on s’entende, ce n’est pas toujours simple mais je n’aurais pas fait de vente directe tout seul. Sur l’annĂ©e, je dirais que ça me prend une journĂ©e et demie par semaine, en comptant le temps pour aller Ă  l’abattoir et les rĂ©unions. On vend en tout 10 agneaux par semaine. Ce n’est pas rentable avec moins.”

Virgil Noizet

Viande d’agneau et de brebis vendue par Virgil Noizet

Peut-on valoriser la laine de ses moutons ?

La filiĂšre laine en France

La filiĂšre laine est en fort dĂ©clin depuis l’arrivĂ©e de matiĂšres naturelles vĂ©gĂ©tales, puis celles issues de la pĂ©trochimie moins coĂ»teuse Ă  travailler suivis par des dĂ©localisations massives des outils industriels et des savoir-faire. En effet, bien que 14 000 tonnes de laines brutes soient produites annuellement en France lors de la tonte sanitaire annuelle (non spĂ©cifique aux races avec des laines de qualitĂ©), seulement 500 tonnes sont transformĂ©es en France. Le reste est souvent brĂ»lĂ© et occasionnellement utilisĂ© en isolement. Pourtant, la laine, pour ces multiples propriĂ©tĂ©s, est utilisĂ©e dans de multiples cas : en isolant, pour la literie, pour des tapis, pour les vĂȘtements, etc. De plus, la demande pour des produits en laine française est faite en France. On a donc une fibre aux propriĂ©tĂ©s exceptionnelles, une production française de laine inutilisĂ©e et une vĂ©ritable demande des consommateurs pour de la laine française. Que manque-t-il dans l’équation ?

C’est au niveau de la filiĂšre de transformation que le bĂąt blesse ! Il ne reste en France aujourd’hui qu’une dizaine de filatures françaises encore en fonctionnement. Il faut savoir que la technologie a Ă©tĂ© rachetĂ©e par des pays comme la Chine ce qui fait que l’on ne trouve aujourd’hui en France quasi-plus de machines permettant le cardage ou la filature et personne n’ayant la technologie pour les concevoir. Ainsi la filiĂšre laine française est aujourd’hui dĂ©pendante de l’industrie chinoise qui importe la quasi-totalitĂ© de la laine produite en France.

De plus, depuis le dĂ©but de la crise sanitaire, la Chine ayant stoppĂ© ses importations, le marchĂ© est pratiquement Ă  l’arrĂȘt. La laine s’entasse dans les hangars des Ă©leveurs. ConsidĂ©rĂ©e comme produit de catĂ©gorie 3, la laine de mouton ne peut ĂȘtre jetĂ©e ou utilisĂ©e avant de subir une Ă©tape d’hygiĂ©nisation. Elle ne peut ĂȘtre utilisĂ©e telle quelle, mĂȘme pour le paillage des arbres, par exemple.

Cependant, des Ă©leveurs passionnĂ©s recrĂ©ent, non sans difficultĂ©s, des filiĂšres locales. Des projets fleurissent dans diffĂ©rents coins de l’hexagone et la tentative est faite pour recrĂ©er un rĂ©seau de la filiĂšre laine. Un des acteurs reconnus de la filiĂšre est la filature Fonty dans la Creuse, une des rares filatures industrielles encore en action avec des machines datant des annĂ©es 50, avant la dĂ©localisation Ă  l’étranger. On retrouve aussi un acteur plus rĂ©cent, Laines Paysannes, qui produit des tapis, de la literie et des vĂȘtements/accessoires en travaillant en partenariat avec une vingtaine d’éleveur·ses et les quelques ateliers de lavage, filature et tissage encore prĂ©sents dans le sSud. Et qui organise des rencontres et rĂ©flexions sur le sujet. Enfin il y a de plus en plus de micro-entitĂ©s comme la Petite Filature Bretonne en Centre Bretagne, l’Atelier Pure Laine en Normandie l’association La Sarriette dans les Alpes-Maritimes qui Ă©mergent un peu partout.

 

De la toison du mouton Ă  la pelote de laine

Il peut ĂȘtre utile de rĂ©expliquer la mĂ©thode de fabrication de la laine pour obtenir la pelote que l’on connaĂźt tous. Quelle partie de la toison du mouton est utilisĂ©e pour faire de la laine ? Quelles sont les Ă©tapes pour transformer cette derniĂšre en fil utilisable pour confectionner des vĂȘtements ?

La toison du mouton est composĂ©e de poils, de laine, de jarre et d’hĂ©tĂ©rotype :
le poil ou crin est une fibre rĂ©sistante et plus grossier que la laine, il peut ĂȘtre utile pour fabriquer des tapis ;
le jarre : une fibre grossiĂšre et dure qui protĂšge les moutons des intempĂ©ries ; elle est retirĂ©e de la laine au maximum. C’est la fibre qui peut causer cette sensation de laine qui gratte ;
la laine : une fibre ondulée et fine aux propriétés trÚs intéressantes. La laine est antifongique, antibactérienne, antistatique, thermorégulatrice et hydrophobe.

Pour obtenir le fil de la toison d’un mouton, quatre Ă©tapes sont nĂ©cessaires : le tri pour ne garder que la laine et Ă©vacuer poils et jarres, le lavage, le cardage pour peigner tous les fils dans le mĂȘme sens, puis le filage. Pour utiliser la laine pour du feutrage, il suffit d’avoir de la laine cardĂ©e.

Le blog de Laines Paysannes regorge d’articles passionnants qui expliquent les tenants et aboutissants de cette matiùre animale pleine de ressources.

 

Leçon de laine donnĂ©e par MaĂŻ Lan et Alexis sur GaĂŻa, brebis Ouessant… comment dissocier la laine du jarre ? ©RĂ©becca Trouslard

Ces Ă©leveurs qui relancent des filiĂšres laines locales

Virgil Noizet et Claire Giordan, tous deux dans des élevages de brebis allaitantes, témoignent de leur décision de valoriser la laine de leurs brebis.

 

Virgil Noizet, installĂ© en Champagne Ardennes. Avec son pĂšre, il Ă©lĂšve 700 brebis. Il valorise sa laine sous la marque Le Poil de la bĂȘte.

“Depuis un an, on valorise la laine : elle est lavĂ©e en Belgique, feutrĂ©e en Allemagne et cousue par trois couturiĂšres Ă  cĂŽtĂ© de chez nous. On emmĂšne la laine en Belgique et le reste du processus se fait via le transporteur. Avec 1t de laine on produit 600 m2 de feutre. Ça fait un gros trou dans la trĂ©sorerie : 20 000 €. On a deux ans de laine en stock et on attend de vendre nos produits avant de relancer une production.”

Claire Giordan, installĂ©e avec son conjoint depuis 2010, Ă©lĂšve 650 brebis de race mĂ©rinos d’Arles pour la viande. Elle valorise sa laine par le biais de deux associations dont elle est membre : La Sarriette et MĂ©rilainos

“Pour moi c’est important de valoriser la laine, on a beaucoup travaillĂ© sur la sĂ©lection de nos brebis, ça me tenait Ă  cƓur de garder et montrer les qualitĂ©s de la brebis MĂ©rinos. Mon beau-pĂšre, dĂ©jĂ  Ă  l’époque, avait travaillĂ© sur la gĂ©nĂ©tique des brebis. C’est un patrimoine que l’on souhaite garder.” 

“Chaque annĂ©e je trie 400 kg de laine issue des flans des brebis sur les Ÿ tonnes de laine qui sont tondues, parce que la tonte Ă  lieu en mai et mes brebis sortent seulement de la bergerie (donc la laine n’est pas aussi propre que des animaux qui seraient en pĂąturage), le reste est vendu au maquignon. Je vends des chaussettes et des pelotes, mais ça reste une petite niche, je ne pourrai pas Ă©couler beaucoup plus de laine.
Pour des jeunes qui s’installent, ce n’est pas forcĂ©ment simple, il faut avoir une bonne trĂ©sorerie parce que ce que j’investis dans la transformation de la laine c’est de l’argent que je ne rĂ©cupĂšre pas tout de suite. La vente de la laine prend du temps. Une pelote me coĂ»te 3€ et je la revends en direct entre 6 et 6,50 €. La vente de laine ne me permet pas de dĂ©gager un revenu, c’est juste un petit plus.”

Pour un Ă©leveur et une Ă©leveuse, il apparaĂźt clairement que la valorisation de la laine n’est aujourd’hui pas un choix facile car c’est prendre un gros risque de trĂ©sorerie. D’oĂč l’importance de se mettre en contact avec le rĂ©seau de la valorisation de la laine dĂ©jĂ  en place sur son territoire pour optimiser les Ă©changes et transactions et s’appuyer sur un savoir-faire existant.

Produits en laine de la Sarriette. À gauche, teinture vĂ©gĂ©tale !

Quel est le salaire d’un Ă©leveur ovin ?

Selon les chiffres du GEB- Institut de l’Elevage Inosys RĂ©seaux d’élevage de 2019, le rĂ©sultat courant moyen des Ă©leveur·des varie fortement en fonction du systĂšme d’élevage. Il se situe entre 40 600 €/UMO (UnitĂ©e de Main d’Oeuvre= elle peut ĂȘtre familiale et salariĂ©e, calculĂ©e sur la base de 2 200 heures/an pour un Ă©quivalent temps plein) exploitant pour un systĂšme spĂ©cialisĂ© ovin viande pastoral et 14 100€/UMO pour un systĂšme ovin viande herbagĂšre. La variabilitĂ© du revenu est Ă©galement trĂšs forte au sein d’un mĂȘme systĂšme ; en particulier pour les Ă©levages pastoraux (avec pratiquement 45 000€/UMO exploitant pour le quart supĂ©rieur et un peu moins de 20 000€ pour le quart infĂ©rieur).

“Il ne faut pas se dĂ©courager, quand j’ai commencĂ© ce n’était pas toujours facile. Il a fallu que je m’y reprenne en plusieurs fois pour que ça fonctionne. J’ai eu des rĂ©sultats techniques pas satisfaisants et donc ce n’était pas satisfaisant au niveau Ă©conomique non plus ; ça peut ĂȘtre difficile mais il ne faut pas se dĂ©courager.”

Virgil Noizet

Quelles sont les possibles sources de financement ?

DJA
L’aide nationale, la Dotation Jeune Agriculteur (DJA), concerne toutes personnes de 18 Ă  40 ans en possession d’un diplĂŽme agricole confĂ©rant le niveau IV voulant s’installer pour la premiĂšre fois. Le montant de cette aide est de 10 000 Ă  40 000 € selon le lieu et le projet et les modalitĂ©s d’installation (en agroĂ©cologie, selon le type de territoire, avec vente directe, etc.).

Aide couplée de la PAC outre DJA
Il existe une aide couplĂ©e Ă  la production ovine. Pour ĂȘtre Ă©ligible Ă  cette derniĂšre il faut dĂ©tenir au minimum 50 brebis primĂ©es, c’est-Ă -dire une femelle correctement localisĂ©e et identifiĂ©e, et qui, au plus tard le 10 mai de l’annĂ©e en cours, a mis bas au moins une fois ou est ĂągĂ©e d’au moins un an. Il faut Ă©galement maintenir l’effectif engagĂ© sur l’exploitation pendant une pĂ©riode minimum de 100 jours (du 1 fĂ©vrier et 10 mai inclus) et avoir un ratio minimal de 0,5 agneau vendu par brebis et par an. Enfin l’éleveur doit ĂȘtre enregistrĂ© Ă  l’Établissement dĂ©partemental de l’élevage (EDE) conformĂ©ment Ă  la rĂ©glementation en vigueur. Le montant de l’aide est estimĂ© Ă  22,3 €/brebis en 2020 avec un complĂ©ment de 2€/brebis accordĂ© aux 500 premiĂšres brebis de l’exploitation avec application de la transparence GAEC.

Les estives de la vallĂ©e de la Roya – @Claire Giordan

5. Aller plus loin

Creuser le sujet

Approche de l’autonomie alimentaire des ateliers ovins viande par l’Idele

Deux guides trĂšs complets d’Inn’Ovin qui vous permettront d’approfondir celui-ci

La filiĂšre laine

  • Collectif Tricolor (association interprofessionnelle pour le renouveau de la filiĂšre laine)

Regarder, lire et Ă©couter

    Regarder

    Lire

    Écouter

    Acheter des produits en laine de mouton

      La troupe de MaĂŻ Lan et Alexis, La Moutonnerie – @RĂ©becca Trouslard

      Zoom...sur FEVE

      BĂ©nĂ©ficiez de l’expertise de FEVE en vous installant sur une ferme dĂ©jĂ  visitĂ©e et validĂ©e

      Chaque jour, les expert·es de FEVE sillonnent les routes pour trouver ce qui sera peut-ĂȘtre votre future ferme ! Chaque ferme est achetĂ©e au juste prix par une fonciĂšre solidaire faisant appel Ă  l’épargne citoyenne. Elle est ensuite modĂ©lisĂ©e pour pouvoir ĂȘtre rĂ©partie en plusieurs ateliers agricoles complĂ©mentaires (Ă©levages, grandes cultures, maraĂźchage, poules pondeuses, arboriculture, etc.).

      Sous rĂ©serve de respecter notre charte agro-Ă©cologique vous pouvez ensuite devenir locataire d’une partie de la ferme via un bail rural environnemental de 25 ans avec une option d’achat au bout de 7 ans.

      Églantine Thierry

      IngĂ©nieure agronome – Zootechnicienne de formation, Eglantine Ă  rĂ©alisĂ© un doctorat en agronomie sur les interactions entre cultures et Ă©levages Ă  l’UniversitĂ© Clermont-Auvergne. Principalement chargĂ©e de la modĂ©lisation et de la conception des fermes de FEVE avec Simon et Samuel, elle se prĂȘte rĂ©guliĂšrement Ă  l’exercice de rĂ©daction d’articles pour vulgariser des concepts parfois complexes et pourtant essentiels si l’on souhaite comprendre l’agriculture d’aujourd’hui et construire celle de demain. Pour ce guide elle est allĂ©es Ă  la rencontre d’éleveur·ses ovins de sa rĂ©gion et de plus loin.

      Marguerite Legros

      Responsable Ă©ditoriale et floricultrice en devenir – Marguerite est diplĂŽmĂ©e d’école de commerce et formĂ©e au maraĂźchage. Avec cette double casquette, elle alterne entre rĂ©daction d’articles sur les problĂ©matiques du monde agricole, animation de la communautĂ© de porteurs de projets.

      Crédits photos : Virgil Noizet, Claire Giordan, Marc Batty, Rébecca Trouslard et Marguerite Legros.