1. Agrivoltaïsme : de quoi parle-t-on exactement ?
L’agrivoltaïsme désigne le fait d’installer des panneaux photovoltaïques sur des terres agricoles tout en maintenant une production agricole active. L’idée est de permettre à une même parcelle de produire à la fois de l’électricité solaire et des produits agricoles, qu’il s’agisse de cultures ou d’élevage.
Concrètement, les installations sont conçues pour partager la lumière entre les panneaux et les plantes, tout en permettant la poursuite des pratiques agricoles : passage des machines, pâturage des animaux ou développement des cultures. Les panneaux peuvent être installés à différentes hauteurs ou orientés de manière à limiter l’ombrage.
Plusieurs types de systèmes agrivoltaïques existent aujourd’hui :
- Structures surélevées : panneaux installés à plusieurs mètres du sol pour permettre la poursuite des activités agricoles dessous (élevage, cultures, maraîchage…).
- Centrales au sol compatibles avec l’agriculture : panneaux installés sur des parcelles agricoles avec un espacement et une hauteur permettant le maintien d’un usage agricole (pâturage, cultures mécanisées, etc.).
- Ombrières agricoles : structures photovoltaïques disposées au-dessus de certaines cultures ou de parcours d’élevage pour apporter de l’ombrage et une protection partielle contre certains aléas climatiques.
- Serres agrivoltaïques : serres agricoles intégrant des panneaux photovoltaïques dans leur structure afin de produire de l’électricité tout en maintenant la production agricole.

L’objectif affiché de ces dispositifs est de combiner production agricole et production d’énergie renouvelable sur une même surface, sans que l’une ne se fasse au détriment de l’autre. Cette approche s’inscrit dans un contexte où les besoins en énergie solaire augmentent, tout en cherchant à préserver la vocation nourricière des terres agricoles.
2. Pourquoi l’agrivoltaïsme se développe rapidement
Le développement de l’agrivoltaïsme s’inscrit dans un contexte où les enjeux énergétiques, climatiques et agricoles se croisent de plus en plus. Face à ces défis, ce modèle est souvent présenté comme une manière de concilier production d’énergie renouvelable et maintien de l’activité agricole.
La double pression énergie / climat
La transition énergétique nécessite d’augmenter fortement la production d’électricité renouvelable dans les prochaines décennies. Le solaire photovoltaïque joue un rôle central dans cette stratégie.
En France, la puissance solaire installée attend environ 22 GW en 2024, et les objectifs nationaux prévoient désormais d’atteindre entre 75 et 100 GW de capacité solaire d’ici 2050, ce qui implique une forte accélération des installations dans les prochaines années.
Cette volonté politique s’accompagne de mécanismes de soutien publics importants (tarifs d’achat, appels d’offres, contrats de long terme), qui représentent une véritable manne financière pour la filière et expliquent l’arrivée de nombreux acteurs sur ce marché.
Dans ce contexte, le développement de nouvelles centrales photovoltaïques pose la question de l’espace disponible pour les implanter, dans un territoire où les usages du sol sont déjà fortement sollicités.
Un secteur encore récent mais en forte croissance
Dans ce contexte, l’agrivoltaïsme connaît un développement rapide. La filière reste encore relativement récente, mais elle suscite un intérêt croissant de la part des acteurs agricoles, énergétiques et des collectivités.
📌 Selon les premières données de l’Observatoire de l’agrivoltaïsme piloté par l’ADEME, on estime aujourd’hui qu’il existe un peu plus de 200 installations agrivoltaïques existantes ou autorisées en France.
📌 Par ailleurs, plus de 1 600 projets photovoltaïques sur terrains agricoles sont recensés à différents stades de développement (étude, instruction ou construction).
L’enjeu du foncier
Le développement de l’énergie solaire pose aussi la question de l’utilisation du foncier. En France, les terres agricoles représentent plus de la moitié du territoire. Installer des centrales solaires au sol peut donc entrer en concurrence avec les usages agricoles.
L’agrivoltaïsme est ainsi présenté initialement comme une solution permettant d’utiliser une même surface pour produire à la fois de l’énergie et des produits agricoles, dans l’idée de limiter cette concurrence entre production alimentaire et production énergétique.
3. Les promesses pour l’agriculteur
Si l’agrivoltaïsme suscite autant d’intérêt, c’est aussi parce qu’il est présenté comme un modèle capable d’apporter plusieurs bénéfices à la fois pour l'agriculteur et pour la transition énergétique. Bien conçu, il pourrait contribuer à renforcer la résilience des exploitations agricoles qui en bénéficient tout en participant au développement des énergies renouvelables.
✅ Des revenus complémentaires pour les fermes
Pour les agriculteurs, l’agrivoltaïsme peut représenter une source de revenus supplémentaire. Selon les modèles économiques et les contrats, les exploitants peuvent percevoir des loyers pour l’utilisation de leurs terres ou bénéficier d’une part des revenus issus de la production d’électricité.
Dans un contexte où les revenus agricoles sont souvent incertains, ces installations peuvent permettre de diversifier les sources de revenus et de sécuriser une partie de l’activité de la ferme.
Cette perspective soulève toutefois une autre question : tous les agriculteurs ne peuvent pas bénéficier de ces projets. L’implantation de centrales photovoltaïques dépend de nombreux critères (localisation, accès au réseau, taille des parcelles ou choix des développeurs). Certains exploitants peuvent ainsi percevoir des revenus importants liés à l’énergie, tandis que d’autres, situés à proximité ou exerçant la même activité, n’ont pas accès à cette rente, ce qui peut créer des écarts économiques au sein d’un même territoire agricole.
Autrement dit, si cette opportunité constitue un avantage pour l’agriculteur qui en bénéficie, ce ne sera pas le cas pour l’ensemble des agriculteurs.
✅ Une protection contre les aléas climatiques
Les structures photovoltaïques peuvent également jouer un rôle de protection contre certains aléas climatiques. L’ombre créée par les panneaux peut limiter le stress thermique des cultures lors des épisodes de fortes chaleurs.
Dans certains cas, les installations peuvent aussi offrir une protection partielle contre la grêle, les fortes pluies ou les périodes de sécheresse, contribuant ainsi à améliorer les conditions de production.
Des travaux menés par l’INRAE montrent notamment que l’ombrage apporté par les panneaux peut protéger les cultures des excès de chaleur et contribuer à atténuer certains effets du changement climatique sur les systèmes agricoles. (Source : “L’agrivoltaïsme, la voie de l’avenir”, INRAE, 2024)
4. Les limites et les critiques
Malgré les promesses souvent associées à l’agrivoltaïsme, ce modèle suscite également de nombreux débats dans le monde agricole, chez les chercheurs et dans les territoires. Plusieurs questions restent ouvertes quant à ses impacts réels sur l’agriculture, le foncier et l’aménagement du territoire.
❌ Risque de concurrence avec l’agriculture
L’une des principales préoccupations concerne le risque de voir la production d’énergie prendre le pas sur l’activité agricole.
Si les installations photovoltaïques génèrent des revenus importants, certains craignent que l’objectif initial (à savoir maintenir une production agricole active) passe au second plan. Dans certains projets, l’agriculture peut alors devenir une activité secondaire permettant simplement de justifier l’installation de panneaux solaires.
❌ Risque de spéculation foncière
Le développement rapide de la filière suscite également des inquiétudes autour du foncier agricole.
Dans certaines régions, des agriculteurs reçoivent des propositions financières particulièrement élevées pour accueillir des projets photovoltaïques sur leurs terres. Ces perspectives de revenus peuvent contribuer à faire augmenter la valeur du foncier agricole, rendant l’accès à la terre plus difficile pour les agriculteurs, notamment pour les nouvelles installations.
Elles peuvent également encourager certaines situations de rétention foncière : des propriétaires ou des agriculteurs proches de la retraite peuvent être incités à conserver leurs terres plus longtemps afin de continuer à percevoir les revenus liés aux projets énergétiques, retardant ainsi la transmission des terres agricoles.
❌ Incertitudes agronomiques
Les effets de l’agrivoltaïsme sur les cultures restent encore variables selon les contextes agricoles et les types d’installation.
Dans certains cas, l’ombre créée par les panneaux peut améliorer les conditions de culture, notamment en période de forte chaleur. Dans d’autres situations, elle peut au contraire réduire la production agricole si les installations ne sont pas adaptées aux cultures ou aux conditions locales.
Ces résultats contrastés montrent que l’impact agronomique dépend fortement de la conception du projet et du type de production agricole.
❌ Acceptabilité territoriale
Enfin, les projets agrivoltaïques peuvent susciter des débats au niveau local.
Certains habitants ou acteurs du territoire s’interrogent sur l’impact de ces installations sur les paysages, la biodiversité, l’artificialisation des sols ou encore la gouvernance des projets. La question de savoir qui bénéficie réellement de la valeur créée**,** agriculteurs ou investisseurs, est également régulièrement soulevée.
📌 Dans ce contexte, certains observateurs évoquent le risque d’une « course aux mégaprojets » énergétiques sur les terres agricoles, si le développement de la filière n’est pas suffisamment encadré.
5. Un cadre réglementaire désormais plus strict
Face au développement rapide de l’agrivoltaïsme et aux débats qu’il suscite, les pouvoirs publics ont récemment mis en place un cadre réglementaire plus précis pour encadrer ces projets.
En France, deux textes importants ont marqué cette évolution. La loi relative à l’accélération de la production d’énergies renouvelables (loi APER), adoptée en 2023, a introduit une définition officielle de l’agrivoltaïsme dans le droit français. Elle affirme notamment que ces installations doivent contribuer de manière durable au maintien ou au développement d’une activité agricole.
Cette définition a ensuite été précisée par le décret d’avril 2024, qui fixe des règles plus concrètes pour les projets agrivoltaïques.
Plusieurs principes structurent désormais ce cadre :
- l’agriculture doit rester l’activité principale sur la parcelle ;
- la production agricole doit être maintenue, avec un objectif d’au moins 90 % du rendement agricole de référence ;
- les installations doivent apporter un service direct à l’agriculture, par exemple en améliorant les conditions climatiques pour les cultures ou le bien-être animal.
L’objectif de ces règles est clair : éviter que des centrales photovoltaïques soient installées sur des terres agricoles sous couvert d’activité agricole, et garantir que l’agrivoltaïsme reste avant tout au service des exploitations agricoles.
En bref. Quel modèle d’agrivoltaïsme pour demain ?
Au-delà des aspects techniques, le développement de l’agrivoltaïsme pose une question plus large : quelle place l’agriculture doit-elle occuper dans la transition énergétique ?
Cette question dépasse d’ailleurs le seul photovoltaïque. Une part déjà significative des terres agricoles est aujourd’hui mobilisée pour produire de l’énergie, à travers par exemple les cultures destinées aux biocarburants, au miscanthus ou encore à l’alimentation des méthaniseurs. Le développement de l’agrivoltaïsme s’inscrit donc dans un débat plus global sur l’usage des terres agricoles entre production alimentaire, production énergétique et autres services environnementaux.
Dans ce contexte, l’agrivoltaïsme apparaît à la fois comme une opportunité et un sujet de vigilance. Mais à ce stade, il reste difficile de tirer des conclusions définitives, tant les projets sont récents et les retours d’expérience encore limités. Pour se faire une opinion éclairée, il peut être utile de consulter différentes études et analyses externes, qui proposent des regards variés sur les impacts agricoles, économiques et territoriaux de l’agrivoltaïsme.
🔎 Pour aller plus loin
- ADEME — “Caractériser les projets photovoltaïques sur terrains agricoles et l’agrivoltaïsme” https://librairie.ademe.fr/energies/4992-caracteriser-les-projets-photovoltaiques-sur-terrains-agricoles-et-l-agrivoltaisme.html
- Observatoire national de l’agrivoltaïsme (ADEME) https://observatoire-agrivoltaisme.ademe.fr
- INRAE — “L’agrivoltaïsme, la voie de l’avenir ?” https://www.inrae.fr/dossiers/agriculture-forets-sources-denergie/lagrivoltaisme-voie-lavenir
- Confédération paysanne — “Vrai/Faux sur l’agrivoltaïsme” https://www.confederationpaysanne.fr/sites/1/mots_cles/documents/vrai-faux-agrivoltaisme_VF07-2024.pdf
- INRAE — Étude sur les effets des panneaux photovoltaïques sur l’élevage ovin https://www.inrae.fr/actualites/etude-confirme-effets-positifs-panneaux-photovoltaiques-paturage-ovin
- Commission européenne (Joint Research Centre) — “Overview of the potential and challenges for agri-photovoltaics in the European Union” https://publications.jrc.ec.europa.eu/repository/handle/JRC132879
- Reporterre — “Agrivoltaïsme : une course folle des géants de l’énergie” https://reporterre.net/Agrivoltaisme-une-course-folle-qui-risque-d-epuiser-la-filiere
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