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Mis à jour le

18/6/2026

L’élevage en France : état des lieux, filières et défis

L’élevage en France : chiffres clés, principales filières, répartition territoriale, enjeux économiques, environnementaux et défis de transmission.

Sommaire

Bovins, ovins, caprins, porcins, volailles : l’élevage en France regroupe des filières très différentes, essentielles à l’agriculture et à l’alimentation. Mais le secteur fait face à de nombreux défis : baisse du nombre d’éleveurs, recul de certains cheptels, fragilité économique, enjeux environnementaux et transmission des fermes.

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L’élevage en France : état des lieux, filières et défis

Introduction

L’élevage occupe une place centrale dans l’agriculture française, mais il fait aussi l’objet de nombreux débats : émissions de gaz à effet de serre, bien-être animal, consommation de viande, place des prairies, souveraineté alimentaire, transmission des fermes… Trop souvent, le sujet est résumé à une opposition simpliste entre élevage et transition écologique.

C’est pour dépasser ces idées reçues que FEVE a organisé un webinaire sur l’élevage et ses enjeux environnementaux. L’objectif : mieux comprendre la diversité des modèles d’élevage, leurs impacts réels, mais aussi le rôle que certains systèmes peuvent jouer dans la fertilité des sols, la valorisation des prairies, l’entretien des paysages et la vitalité des territoires.

Cet article prolonge ce webinaire en proposant un état des lieux de l’élevage en France : ses principales filières, son poids économique, ses fragilités, ses impacts environnementaux et les conditions nécessaires pour soutenir des modèles plus durables.

À voir aussi

Cet article complète le webinaire FEVE “L’élevage sous toutes ses formes”, consacré aux liens entre élevage, environnement et transition agricole. Retrouvez le replay ici.

L’élevage en France : de quoi parle-t-on ?

Une diversité de productions animales

Parler de “l’élevage en France” revient à désigner une grande diversité de productions agricoles. L’élevage ne se limite pas à la production de viande : il concerne aussi le lait, les œufs, les fromages, les produits transformés, mais aussi, plus largement, l’entretien de certains paysages agricoles grâce au pâturage.

Les principales filières d’élevage françaises sont les filières bovines, ovines, caprines, porcines et avicoles. L’élevage bovin occupe une place centrale, avec deux grandes orientations : les élevages laitiers, destinés à la production de lait, de fromages et d’autres produits laitiers ; et les élevages allaitants, orientés vers la production de viande bovine. À côté de ces filières bovines, l’élevage ovin produit de la viande d’agneau et du lait de brebis, notamment pour la fabrication de fromages. L’élevage caprin est principalement associé à la production de lait de chèvre et de fromages. Les filières porcines et avicoles, quant à elles, occupent une place importante dans la production de viande, tandis que l’élevage de poules pondeuses répond à la demande en œufs.

Quelques chiffres clés pour comprendre son poids

L’élevage reste un pilier important de l’agriculture française. En 2020, 145 000 exploitations étaient consacrées à l’élevage, soit 37 % de l’ensemble des exploitations agricoles françaises. La même année, l’Insee recensait plus largement 197 000 exploitations agricoles possédant des animaux d’élevage, dont 146 000 spécialisées en élevage et 46 500 en polyculture-élevage.

En volume, les cheptels français restent importants, même s’ils connaissent des évolutions différentes selon les filières. En 2024, la France comptait 16,4 millions de bovins, 11,6 millions de porcins, 6,6 millions d’ovins, 1,3 million de caprins, 144 millions de volailles de chair et 49 millions de poules pondeuses.

La ferme de Magnantru - Crédit : Marguerite Legros

Pour comparer les espèces entre elles, l’Insee utilise aussi l’unité de gros bétail, ou UGB, qui permet d’additionner des animaux très différents en tenant compte de leur poids et de leurs besoins alimentaires. En 2020, le cheptel de France métropolitaine représentait 24,7 millions d’UGB. Trois espèces concentraient près de 93 % de ce total : les bovins, avec 15,7 millions d’UGB, les volailles, avec 3,8 millions d’UGB, et les porcins, avec 3,5 millions d’UGB.

L’élevage occupe aussi une place importante dans l’alimentation des Français. D’après le ministère de l’Agriculture, la consommation annuelle par habitant atteint notamment 30,9 kg de viande porcine, 30,8 kg de volailles, 20,8 kg de viande bovine, 26,3 kg de fromages et 14 kg d’œufs. Ces chiffres montrent que les productions animales restent très présentes dans les habitudes alimentaires, même si les niveaux de consommation évoluent selon les produits.

Enfin, l’élevage pèse aussi dans l’économie agricole et agroalimentaire française. Le ministère de l’Agriculture indique par exemple que la France produit 23 milliards de litres de lait de vache et compte 51 appellations d’origine protégée laitières. Les exportations de lait et de produits laitiers représentent 8,2 milliards d’euros, tandis que les exportations de viandes et abats atteignent 4 milliards d’euros. Ces données rappellent que l’élevage ne concerne pas seulement les fermes : il structure aussi des filières de transformation, des emplois, des savoir-faire et des territoires.

La ferme de Magnantru - Crédit : Marguerite Legros

Une activité agricole très liée aux territoires

Des élevages différents selon les régions

L’élevage français est fortement ancré dans les territoires. Les filières ne se développent pas partout de la même manière, car elles dépendent de conditions locales très concrètes : disponibilité des prairies, climat, relief, accès à l’eau, bâtiments existants, traditions agricoles, outils de transformation et débouchés commerciaux.

Répartition de l’élevage en France - Datagouv

L’élevage laitier illustre bien cette géographie agricole. Il est particulièrement présent dans les zones herbagères du Grand Ouest et du nord de la France : selon l’Insee, un tiers du cheptel laitier se situe dans les départements bordant la Manche. Les régions fromagères du Massif central et de Franche-Comté concentrent quant à elles 10 % du cheptel laitier.

L’élevage bovin viande suit une autre logique. Il est plus largement réparti, avec des zones de forte présence dans le Massif central jusqu’au Charolais, ainsi que dans une partie de l’ouest de la France. Ces territoires disposent souvent de surfaces en herbe importantes, adaptées au pâturage et à la valorisation de prairies permanentes.

Les filières porcine et avicole, elles, sont davantage concentrées dans l’Ouest, en lien avec une organisation historique des filières, la présence d’outils d’abattage et de transformation, et des débouchés structurés. Les élevages ovins et caprins répondent encore à d’autres logiques : ils peuvent valoriser des territoires de montagne, des parcours, des zones herbagères ou des bassins fromagers spécifiques.

Cette géographie rappelle une chose essentielle : l’élevage n’est pas une activité agricole interchangeable d’un territoire à l’autre. Il dépend d’un écosystème local fait de sols, de climat, de bâtiments, de filières, de savoir-faire et d’habitudes alimentaires.

Le rôle particulier du polyculture-élevage

La polyculture-élevage désigne les fermes qui associent productions végétales et productions animales. Ce modèle occupe une place spécifique dans l’agriculture française : en 2020, l’Insee recensait 46 500 exploitations en polyculture-élevage.

La ferme de la Nouzière - FEVE

Son intérêt repose sur la complémentarité entre ateliers. Les cultures peuvent fournir une partie de l’alimentation du troupeau, sous forme de fourrages, céréales ou protéagineux. En retour, les effluents d’élevage (fumier, lisier ou compost) peuvent être utilisés pour fertiliser les sols.

Ce fonctionnement peut renforcer l’autonomie des fermes, en limitant une partie des achats extérieurs et en valorisant mieux les ressources disponibles sur place. Il peut aussi contribuer à diversifier les revenus, en combinant plusieurs productions plutôt qu’en dépendant d’un seul atelier. La polyculture-élevage demande toutefois de la technicité, du temps de travail, des bâtiments adaptés et une bonne organisation. Elle illustre bien l’un des enjeux de l’élevage français : construire des fermes capables de produire, de préserver leurs sols et de s’adapter aux ressources de leur territoire.

Exemple : la ferme de lou Arban, en Creuse

À la ferme de lou Arban, en Nouvelle-Aquitaine, le système repose sur une production diversifiée associant polyculture-élevage, grandes cultures et bovin viande. La ferme s’étend sur 390 hectares, dont 30 hectares de surface boisée, et développe des pratiques agricoles autour de la diversification, de l’agroforesterie et de circuits de commercialisation. Cet exemple illustre l’intérêt d’un élevage intégré dans un système de ferme plus large, où les animaux, les cultures, les prairies et les arbres participent à l’équilibre global de l’exploitation.

Découvrir la ferme

Pourquoi l’élevage français est-il sous pression ?

Moins d’éleveurs, moins de cheptels et des fermes difficiles à transmettre

L’élevage français fait face à une tendance de fond : le recul du nombre d’exploitations et la baisse de certains cheptels. Entre 2010 et 2020, le cheptel de France métropolitaine a diminué d’environ 2 millions d’unités de gros bétail, principalement en raison du recul du cheptel bovin. Cette tendance se poursuit dans certaines filières : en 2024, la production bovine française a encore reculé de 1,2 %, selon Agreste.

Cette évolution s’explique en partie par les difficultés de renouvellement des générations agricoles. Les fermes d’élevage sont souvent complexes à reprendre : elles nécessitent du foncier, des bâtiments, du matériel, un cheptel, mais aussi une organisation de travail adaptée à l’astreinte quotidienne liée aux animaux. Les moyens de production nécessaires à l’élevage (bâtiments d’exploitation, équipements et cheptels) représentent un capital important, dont le montant peut freiner la transmissibilité des fermes.

Installation agricole - Crédits : FEVE

La transmission est d’autant plus délicate que les fermes d’élevage ne se résument pas à des hectares ou à des bâtiments. Elles reposent aussi sur des savoir-faire, des débouchés, des équilibres de troupeau, une organisation du travail et parfois une maison d’habitation liée au lieu de production. Pour un porteur de projet, reprendre une ferme d’élevage signifie donc souvent reprendre un système complet, avec ses investissements, ses contraintes et son ancrage territorial.

Un équilibre économique fragile

À ces difficultés de transmission s’ajoute un équilibre économique souvent fragile. L’élevage demande des investissements importants, mais les revenus se construisent sur le temps long. Acheter ou reprendre un troupeau, entretenir des bâtiments, financer du matériel, produire ou acheter l’alimentation animale, respecter les normes sanitaires et organiser la commercialisation représentent des charges lourdes pour les éleveurs.

La conjoncture agricole récente illustre cette fragilité. En 2024, la valeur de la production animale a fléchi de 1,4 % en France, après une hausse en 2023. Plus largement, le résultat brut de la branche agricole par actif non salarié a reculé de 10,2 % en termes réels en 2024, après une baisse de 13,6 % en 2023. Ces données concernent l’ensemble de l’agriculture, mais elles rappellent que les exploitations agricoles évoluent dans un contexte de forte volatilité économique.

La ferme de Cussac - Crédits : FEVE

Pour les éleveurs, cette volatilité se traduit par une dépendance aux prix de vente, aux charges d’alimentation, aux coûts de l’énergie, aux conditions climatiques et aux débouchés des filières. Les systèmes les plus dépendants des achats extérieurs peuvent être particulièrement exposés lorsque les prix des aliments pour animaux ou de l’énergie augmentent. À l’inverse, les fermes plus autonomes sur l’alimentation du troupeau peuvent mieux amortir certaines hausses de charges, même si elles restent soumises aux aléas climatiques et économiques.

La charge de travail constitue un autre facteur de fragilité. L’élevage implique une présence régulière auprès des animaux, y compris les week-ends et les jours fériés. Cette astreinte rend parfois le métier moins attractif, en particulier pour les nouvelles générations qui cherchent à concilier projet agricole, revenu correct et qualité de vie. C’est l’un des enjeux majeurs pour l’avenir : rendre les fermes d’élevage à la fois viables économiquement, transmissibles et vivables humainement.

Une souveraineté alimentaire à consolider

La pression sur l’élevage français pose aussi la question de la souveraineté alimentaire. La France reste un grand pays d’élevage, mais cela ne signifie pas qu’elle consomme uniquement ce qu’elle produit, ni qu’elle produit exactement ce que les consommateurs recherchent. Les flux d’importation et d’exportation sont plus complexes qu’une simple opposition entre “viande française” et “viande importée”.

Dans les filières animales, il existe ce que les professionnels appellent un enjeu d’“équilibre matière”. Un animal ne fournit pas un seul produit uniforme : il produit différents morceaux, différentes qualités, différents débouchés. Or les habitudes de consommation ne correspondent pas toujours à l’ensemble de ce qui est produit. Certaines pièces ou certains animaux peuvent donc être exportés, tandis que d’autres produits sont importés pour répondre à la demande du marché français.

Ce phénomène est particulièrement visible dans la filière bovine. Le rapport gouvernemental sur la souveraineté agricole et alimentaire rappelle que la France produit beaucoup de bovins, mais exporte notamment des animaux jeunes et maigres, tout en important certaines viandes pour répondre aux besoins de consommation. Les travaux “Où va le bœuf ?” montrent également que l’exportation reste fortement liée aux jeunes bovins, tandis que les débouchés diffèrent selon les catégories d’animaux et les types de produits.

Consolider la souveraineté alimentaire ne consiste donc pas seulement à produire davantage. Cela suppose aussi de maintenir des fermes d’élevage sur les territoires, de soutenir les outils de transformation, d’abattage et de distribution, et de mieux articuler production, consommation et débouchés. C’est un enjeu agricole, économique et territorial : sans renouvellement des éleveurs et sans fermes transmissibles, une partie de la production française risque de continuer à reculer, renforçant la dépendance à certaines importations.

Les grands enjeux environnementaux et sociétaux de l’élevage

Des impacts réels selon les modèles de production

L’élevage est au cœur de nombreux débats environnementaux, en particulier sur les émissions de gaz à effet de serre. En France, l’agriculture représentait 18 % des émissions nationales de gaz à effet de serre en 2021, selon le Haut Conseil pour le climat. Dans cet ensemble, l’élevage occupe une place majeure : ses émissions directes représentaient 59 % des émissions agricoles, principalement à cause du méthane émis par les ruminants lors de la digestion et de la gestion des effluents d’élevage. Les bovins concentrent à eux seuls 83 % des émissions directes de l’élevage.

Ces chiffres montrent que le sujet climatique ne peut pas être minimisé. Les leviers techniques (amélioration de l’alimentation animale, gestion des effluents, autonomie fourragère, pâturage, haies ou agroforesterie) sont utiles, mais ils ne suffisent pas à eux seuls. Le Haut Conseil pour le climat identifie aussi la réduction de la part des protéines animales dans l’alimentation comme un levier important de décarbonation. Dans la même logique, les scénarios prospectifs de Solagro, comme Afterres, projettent un élevage redimensionné, avec moins d’animaux dans certaines filières, mais davantage de systèmes liés à l’herbe, aux prairies et aux ressources des territoires.

Mais les impacts de l’élevage ne se limitent pas au climat. Ils concernent aussi l’eau, les sols, la biodiversité et les paysages. Dans certaines régions à forte densité d’élevage, les excédents d’azote et de phosphore peuvent contribuer à la dégradation de la qualité de l’eau et des milieux aquatiques. L’INRAE rappelle par exemple que l’agriculture est responsable d’une part importante des pertes d’azote et de phosphore vers les milieux aquatiques, avec des impacts sur les ressources en eau et les écosystèmes.

L’alimentation animale est un autre enjeu majeur. Les élevages les plus dépendants d’aliments achetés à l’extérieur, notamment de céréales ou de tourteaux protéiques, peuvent exercer une pression indirecte sur les terres cultivées, en France ou à l’étranger. À l’inverse, les systèmes davantage fondés sur l’herbe, les prairies et les fourrages produits localement peuvent réduire cette dépendance. C’est pourquoi la question de l’autonomie alimentaire des troupeaux est centrale dans la réflexion sur l’avenir de l’élevage.

Le bien-être animal occupe également une place croissante dans les attentes sociétales. Les consommateurs sont de plus en plus attentifs aux conditions d’élevage, à l’accès au plein air, à la densité d’animaux, aux pratiques de transport et d’abattage, ou encore à la transparence des filières. Ces attentes ne concernent pas seulement la qualité des produits : elles interrogent aussi la manière dont les animaux sont élevés et la place que la société souhaite accorder aux différentes formes d’élevage.

Il est toutefois essentiel de ne pas parler de “l’élevage” comme d’un bloc homogène. Les impacts varient fortement selon les espèces, les pratiques agricoles, la densité animale, l’alimentation des troupeaux, le niveau d’autonomie de la ferme et le lien au sol. Un élevage hors-sol très dépendant d’aliments importés, un élevage herbager fondé sur le pâturage ou une ferme en polyculture-élevage n’ont pas les mêmes effets sur le climat, les sols, l’eau, la biodiversité ou les territoires. C’est cette diversité de modèles qu’il faut prendre en compte pour penser la transition de l’élevage français.

Pour aller plus loin sur ce sujet, FEVE a consacré un article complet aux liens entre élevage et environnement, afin de mieux distinguer les impacts selon les pratiques, les espèces et le lien au sol.

Des modèles plus durables à soutenir

Face à ces enjeux, plusieurs modèles d’élevage cherchent à réduire leur impact environnemental tout en renforçant leur ancrage territorial. Les élevages biologiques, herbagers, pâturants, de plein air ou intégrés dans des systèmes de polyculture-élevage ne répondent pas tous aux mêmes contraintes, mais ils ont souvent un point commun : ils cherchent à mieux relier les animaux aux ressources de la ferme et de son territoire.

Le pâturage et les prairies jouent ici un rôle important. Les prairies permettent de nourrir les ruminants avec une ressource que l’humain ne consomme pas directement, tout en maintenant des paysages ouverts et des habitats pour de nombreuses espèces. L’Office français de la biodiversité rappelle que les prairies représentent près d’un tiers de la surface agricole en France et que les prairies semi-naturelles présentent un intérêt à la fois agricole, patrimonial et environnemental. Le ministère de l’Agriculture souligne leur intérêt pour nourrir les troupeaux dans un contexte de changement climatique, à condition de travailler sur leur pérennité, leur diversité végétale et leur adaptation aux conditions locales.

L’autonomie fourragère et protéique est un autre levier important. Produire davantage de fourrages, de légumineuses ou de céréales sur la ferme permet de réduire la dépendance aux achats extérieurs, de sécuriser une partie de l’alimentation animale et de mieux maîtriser les coûts. Cela peut aussi limiter le recours à des matières premières importées, comme certains tourteaux utilisés dans l’alimentation animale. Cette recherche d’autonomie rejoint les principes de l’agroécologie, qui vise à s’appuyer davantage sur les ressources locales, les cycles naturels et les complémentarités entre productions.

Les haies et l’agroforesterie constituent également des leviers intéressants. En bordure de parcelle ou au sein des prairies, les arbres et les haies peuvent offrir de l’ombre aux animaux, protéger les sols, favoriser l’infiltration de l’eau, stocker du carbone, abriter la biodiversité et fournir, dans certains cas, du bois énergie ou du bois d’œuvre. Dans les systèmes d’élevage, ces infrastructures paysagères renforcent le lien entre production agricole, biodiversité et adaptation au changement climatique.

Enfin, les circuits courts, la transformation à la ferme et les filières territorialisées peuvent contribuer à redonner de la valeur aux productions animales. Ils ne résolvent pas à eux seuls les impacts environnementaux de l’élevage, mais ils peuvent améliorer la rémunération des éleveurs, rapprocher producteurs et consommateurs, et rendre plus lisibles les modes de production. Soutenir des modèles d’élevage plus durables, ce n’est donc pas défendre un modèle unique : c’est favoriser des fermes plus autonomes, mieux ancrées dans leur territoire, plus attentives au bien-être animal et capables de préserver les sols, les prairies, l’eau et la biodiversité.

Ces pratiques se retrouvent dans plusieurs fermes financées par FEVE, comme la Ferme de la Foucaudière, qui développe un projet autour de l’agroforesterie, du pâturage tournant et de l’autonomie du troupeau, ou la Ferme de Dormeilloux, en système herbager avec conversion en bio.

Quel avenir pour l’élevage en France ?

Transmettre et installer une nouvelle génération d’éleveurs

L’avenir de l’élevage français dépend en grande partie de sa capacité à renouveler les générations. Dans de nombreux territoires, les départs à la retraite se multiplient alors même que les fermes d’élevage sont parmi les plus difficiles à transmettre. Elles demandent souvent des investissements importants, une organisation de travail exigeante et une bonne connaissance des filières locales.

Pourtant, de nouveaux profils souhaitent s’installer en élevage. Certains sont issus de familles agricoles, d’autres viennent de reconversions professionnelles ou ne sont pas originaires du monde agricole. Leurs projets sont souvent plus diversifiés : élevage biologique, transformation à la ferme, circuits courts, vente directe, polyculture-élevage, ateliers complémentaires ou recherche d’une plus grande autonomie alimentaire. Un article publié dans INRAE Productions Animales souligne que les parcours d’installation en élevage se diversifient, avec des porteurs de projet aux profils plus variés et des systèmes qui peuvent s’éloigner du modèle familial traditionnel.

Les personnes qui souhaitent se lancer peuvent aussi consulter nos ressources dédiées à l’installation en élevage, notamment sur l’élevage ovin ou l’élevage caprin.

La ferme de la Foucaudière - Crédits : FEVE

Cette nouvelle génération ne cherche pas seulement à reprendre des fermes existantes : elle porte aussi d’autres manières de produire, de vendre et d’organiser le travail. Les projets en agriculture biologique, en circuits courts ou en fermes diversifiées répondent à des attentes environnementales et sociales fortes, mais ils doivent aussi trouver leur équilibre économique. Pour que ces installations se concrétisent, il faut donc des fermes transmissibles, des outils de transformation accessibles, des débouchés et des solutions de financement adaptées.

Repenser le financement des fermes d’élevage

L’un des principaux freins à l’installation en élevage reste le coût de reprise d’une ferme. Contrairement à d’autres productions agricoles, une ferme d’élevage implique souvent de financer à la fois le foncier, les bâtiments, le matériel, le cheptel, les stocks, la trésorerie de départ et parfois des investissements de transformation ou de commercialisation. Ce niveau de capital peut rendre l’installation difficile, en particulier pour les personnes qui ne reprennent pas une ferme familiale.

Les bâtiments représentent un enjeu central. Stabulations, bergeries, chèvreries, porcheries, poulaillers, salles de traite, fromageries, bâtiments de stockage ou ateliers de transformation : l’élevage nécessite des infrastructures adaptées aux animaux, aux normes sanitaires et au projet économique de la ferme. Une des difficultés concernant ces bâtiments est qu'ils sont fortement liés à la manière de produire, et que certains bâtiments ne sont pas adaptés à des changements de pratiques agricoles (potentiellement plus vertueuses pour l'environnement) ce qui impacte la capacité des agriculteurs à modifier leurs pratiques. Le cheptel constitue lui aussi un investissement majeur, puisqu’il faut souvent plusieurs années pour stabiliser un troupeau, sa génétique, sa productivité et ses débouchés.

À cela s’ajoute la question du foncier. Les terres sont nécessaires pour produire des fourrages, faire pâturer les animaux, épandre les effluents d’élevage et construire un système plus autonome. Sans accès sécurisé au foncier, il est difficile de développer un élevage cohérent, lié au sol et moins dépendant des achats extérieurs.

Repenser le financement des fermes d’élevage, c’est donc dissocier autant que possible l’accès à l’outil de travail de l’endettement individuel massif. C’est aussi reconnaître que les fermes d’élevage rendent des services qui dépassent la seule production alimentaire : maintien de prairies, vitalité économique locale, transformation artisanale, circuits courts, entretien de paysages, transmission de savoir-faire.

Pour installer une nouvelle génération d’éleveurs, il faut des solutions capables de sécuriser l’accès au foncier et aux bâtiments, tout en laissant aux porteurs de projet la capacité d’investir dans leur troupeau, leur matériel, leur transformation et leur commercialisation.

Pour aller plus loin

Le financement du foncier agricole joue un rôle clé dans la transmission des fermes et l’installation de nouveaux éleveurs. FEVE permet à des particuliers d’investir dans des terres et bâtiments agricoles mis à disposition de porteurs de projets en agriculture biologique.

En savoir plus : https://www.feve.co/investir

Conclusion

L’élevage en France reste un pilier de l’agriculture, de l’alimentation et de la vie des territoires. Mais il traverse une période décisive : baisse du nombre d’éleveurs, difficultés de transmission, fragilité économique, attentes sociétales plus fortes et nécessité de réduire ses impacts environnementaux.

L’enjeu n’est donc pas d’opposer élevage et transition écologique, mais de distinguer les modèles. Les élevages plus autonomes, liés au sol, ancrés localement et attentifs au bien-être animal peuvent jouer un rôle important dans l’avenir agricole français. Pour cela, la transmission des fermes et l’installation d’une nouvelle génération d’éleveurs seront déterminantes.

FAQ sur l’élevage en France

Quelles sont les principales formes d’élevage en France ?

Les principales formes d’élevage en France sont l’élevage bovin, ovin, caprin, porcin et avicole. Elles permettent de produire de la viande, du lait, des fromages, des œufs et d’autres produits transformés. L’élevage bovin se divise notamment entre élevage laitier, destiné à la production de lait, et élevage allaitant, orienté vers la production de viande bovine.

Combien y a-t-il d’exploitations d’élevage en France ?

En 2020, la France comptait 145 000 exploitations consacrées à l’élevage, soit 37 % de l’ensemble des exploitations agricoles françaises . L’Insee recensait plus largement 197 000 exploitations agricoles possédant des animaux d’élevage, dont 146 000 spécialisées en élevage et 46 500 en polyculture-élevage.

Pourquoi l’élevage français recule-t-il ?

L’élevage français recule sous l’effet de plusieurs facteurs : baisse du nombre d’éleveurs, départs à la retraite, difficultés de transmission, coût élevé de reprise des fermes, charge de travail importante et fragilité économique de certaines filières. Entre 2010 et 2020, le cheptel de France métropolitaine a diminué d’environ 2 millions d’unités de gros bétail, principalement en raison du recul du cheptel bovin.

Quels sont les impacts environnementaux de l’élevage ?

Les impacts environnementaux de l’élevage concernent notamment les émissions de gaz à effet de serre, l’eau, les sols, la biodiversité et l’alimentation animale. Ces impacts varient fortement selon les espèces, les pratiques, la densité animale et le lien au sol. Un élevage très dépendant d’aliments importés, un élevage herbager fondé sur le pâturage ou une ferme en polyculture-élevage n’ont pas les mêmes effets environnementaux.

L’élevage peut-il être durable ?

Oui, certains modèles d’élevage peuvent s’inscrire dans une démarche plus durable. C’est notamment le cas des élevages biologiques, herbagers, pâturants, de plein air ou intégrés dans des systèmes de polyculture-élevage. Ces modèles cherchent à mieux relier les animaux aux ressources de la ferme, à renforcer l’autonomie alimentaire, à préserver les prairies, les haies, les sols et la biodiversité, tout en répondant aux attentes de bien-être animal.

Pourquoi la transmission des fermes d’élevage est-elle difficile ?

La transmission des fermes d’élevage est difficile parce qu’elles nécessitent souvent un capital important : foncier, bâtiments, matériel, cheptel, stocks et trésorerie. Elles demandent aussi une organisation de travail exigeante, liée à la présence quotidienne auprès des animaux. Reprendre une ferme d’élevage signifie donc reprendre un système complet, avec ses investissements, ses contraintes, ses débouchés et son ancrage territorial.

Comment FEVE facilite-t-elle l’installation d’éleveurs bio ?

FEVE finance le foncier agricole et les bâtiments d’exploitation pour permettre l’installation de porteurs de projets en agriculture biologique. Ce modèle permet de réduire le poids de l’achat des terres et des bâtiments dans le plan de financement initial, afin que les agriculteurs puissent concentrer leurs investissements sur leur troupeau, leur matériel, leur trésorerie, leurs outils de transformation ou leurs débouchés commerciaux.

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