Que finance le LDDS, concrètement ?
Votre argent ne reste pas dans un coffre et contrairement à ce qu'on pense souvent "il ne dort pas". Dès qu’il est déposé, il est coupé en deux : une part est centralisée à la Caisse des Dépôts et Consignations, l’autre reste au bilan de la banque qui vous a ouvert le livret. Chaque moitié suit ensuite des règles d’emploi distinctes, fixées par le Code monétaire et financier.
La part centralisée : 59,5 %
- Gérée par le Fonds d’épargne de la Caisse des Dépôts
- Environ 406 milliards d’euros au total, Livret A, LDDS et LEP confondus
- Destination : logement social, collectivités locales, transition écologique, et actifs financiers
La part conservée par votre banque : 40,5 %
- Environ 292 milliards d’euros
- Destination encadrée par décret : PME, transition énergétique, économie sociale et solidaire
Pour un LDDS moyen, soit 6 174 € fin 2025, cela représente environ 3 670 € confiés à la Caisse des Dépôts et 2 500 € laissés à votre banque.
Sources : Banque de France, Rapport sur l’épargne réglementée 2025 (publié le 15 juillet 2026) ; Caisse des Dépôts, Rapport annuel 2025 du Fonds d’épargne.
Que devient la part centralisée à la Caisse des Dépôts ?
La Caisse des Dépôts gère 406,5 milliards d’euros d’épargne réglementée centralisée. Elle en prête un peu plus de la moitié à l’économie réelle, et place le reste sur les marchés financiers pour garantir votre liquidité.
54 %, soit près de 245 milliards d’euros, sont prêtés. Principalement aux bailleurs sociaux, aux collectivités locales et à des projets d’infrastructure. En 2025, le Fonds d’épargne a accordé près de 42 milliards d’euros de nouveaux prêts, dont 22,9 milliards aux bailleurs sociaux et 15,7 milliards à des projets de transformation écologique et énergétique.
46 %, soit environ 203 milliards d’euros, sont placés en actifs financiers : obligations d’État, actions cotées, instruments monétaires. Cette poche existe pour une raison légitime. Si tous les épargnants retiraient en même temps, il faut pouvoir payer. Mais elle signifie aussi que près de la moitié de la part publique de votre LDDS finance des marchés, pas des projets identifiables.
C’est la première limite du produit, c'est une limite surtout structurelle qui est très peu expliquée.
Que font les banques des 40 % qu’elles conservent ?
Depuis le décret du 30 mai 2020, les banques doivent employer leur part non centralisée du Livret A et du LDDS selon trois ratios planchers. Voici le seuil exigé, puis ce qui est réellement constaté fin 2025.
- Financement des PME : 80 % exigés. Réalisé : 254 %, avec 134 milliards d’euros de nouveaux crédits sur l’année.
- Transition énergétique et réduction de l’empreinte climatique : 10 % exigés. Réalisé : 219 milliards d’euros de prêts à des logements aux normes RT2012 ou RE2020, dont 60 milliards pour la seule RE2020.
- Économie sociale et solidaire : 5 % exigés. Réalisé : 17,6 %, soit 43,8 milliards d’euros d’encours.
Le constat va à rebours du discours habituel : les banques ne trichent pas avec ces ratios, elles les dépassent largement mais il y a deux nuances importantes, cependant.
Le calcul porte sur des stocks et non pas sur votre argent. Une banque qui prête déjà massivement aux PME satisfait mécaniquement le ratio de 80 %, sans avoir eu besoin de votre LDDS pour cela. Le livret n’a rien orienté puisqu'il a été rapporté à une activité préexistante.
Le volet transition est très concentré sur le neuf. Les 219 milliards d’euros recensés financent essentiellement des logements construits aux normes RT2012 et RE2020. La rénovation énergétique du parc ancien, là où se situe l’essentiel du gisement d’économies d’énergie en France, pèse 35 milliards, soit six fois moins. Le chiffre progresse de 21 % sur un an, mais l’écart reste considérable.
Le LDDS est-il vraiment durable et solidaire ?
Partiellement. Le fléchage réglementaire existe, il est respecté, il est même dépassé. Mais trois éléments empêchent de qualifier le LDDS de placement à impact.
1. Aucune traçabilité individuelle. Vous ne saurez jamais quelle entreprise, quel logement ou quel projet vos 6 000 euros ont financé. Aucun reporting nominatif n’est prévu, et les tentatives législatives d’imposer un reporting public détaillé ont été écartées.
2. Aucune exclusion sectorielle. Rien n’interdit à une banque d’utiliser sa part non centralisée pour financer une PME dont l’activité n’a aucun rapport avec la transition écologique. La définition retenue est celle, purement dimensionnelle, de la recommandation européenne du 6 mai 2003 sur les micro, petites et moyennes entreprises. Une PME de forage pétrolier reste une PME.
3. Le volet solidaire est résiduel. Depuis 2020, votre banque doit vous proposer chaque année de reverser une partie de votre LDDS à une structure de l’économie sociale et solidaire. En 2025, ces dons ont totalisé 3,1 millions d’euros. Rapporté aux 165 milliards d’encours, cela représente 0,002 %. Le mécanisme est bon, il est simplement inconnu des épargnants et peu mis en avant par les réseaux bancaires.
Taux, plafond, fiscalité : le LDDS en 2026
Le taux est de 1,50 % net du 1ᵉʳ février au 31 juillet 2026, puis de 1,70 % net à compter du 1ᵉʳ août 2026, par arrêté du 28 juillet 2026. Il est aligné sur celui du Livret A et révisé deux fois par an, au 1ᵉʳ février et au 1ᵉʳ août. Sa trajectoire récente : 3 % en février 2023, 2,4 % en février 2025, 1,7 % en août 2025, 1,5 % en février 2026, puis de nouveau 1,7 %.
Le plafond de versements est de 12 000 €, contre 22 950 € pour le Livret A. Ce plafond porte sur les versements : votre solde peut le dépasser par la seule capitalisation des intérêts. Cumulé avec le Livret A, il porte l’épargne liquide totalement défiscalisée à 34 950 € par personne.
La fiscalité est nulle. Les intérêts sont exonérés d’impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux, que votre foyer soit imposable ou non. L’argent reste disponible à tout instant, sans frais et sans risque de perte en capital.
Quelques repères sur la détention. Fin 2025, on comptait 27 millions de LDDS pour 165 milliards d’euros d’encours, soit un taux de détention de 48,5 % de la population majeure. Plus de 8 millions de livrets, 31 % du total, sont au plafond. Ces détenteurs ont, par construction, une question à trancher : où placer l’épargne qui dépasse 12 000 € ?
Sources : economie.gouv.fr ; service-public.gouv.fr ; Banque de France, Rapport sur l’épargne réglementée 2025.
Comment donner une partie de son LDDS à l’économie sociale et solidaire ?
C’est le seul levier qui permette de flécher votre LDDS vers un bénéficiaire identifié. Chaque année, votre banque doit vous présenter une liste d’entités de l’économie sociale et solidaire, associations, coopératives, mutuelles, fondations à impact social, et vous proposer de leur verser tout ou partie de vos intérêts, voire de votre encours.
En pratique, la proposition arrive souvent noyée dans un relevé annuel ou une notification d’application bancaire. Elle se demande. Si le sujet vous intéresse, sollicitez explicitement votre conseiller ou votre conseillère : le dispositif est légal, gratuit, et le don ouvre droit à la réduction d’impôt applicable aux dons.
Cette logique de fléchage volontaire est celle qui rapproche le plus le LDDS de l’épargne citoyenne, où le lien entre votre argent et son emploi est explicite.
Quelles alternatives si l’on veut un fléchage visible ?
Question de méthode avant tout : il ne s’agit pas de remplacer son LDDS. Une épargne de précaution liquide et garantie est le socle de tout patrimoine, et aucun placement à impact ne remplit cette fonction. La vraie question porte sur l’épargne excédentaire, celle qui dort au-delà du plafond, ou au-delà de ce dont vous avez besoin sous trois mois.
Le LDDS
- Traçabilité : nulle par construction
- Capital garanti
- Disponibilité immédiate
- Taux fixé par l’État
- Intérêts exonérés d’impôt et de prélèvements sociaux
Les fonds labellisés ISR, Greenfin ou Finansol
- Traçabilité variable selon le label et selon le fonds
- Capital non garanti
- Disponibilité de quelques jours
- Rendement variable et non garanti
- Fiscalité dépendant de l’enveloppe qui les héberge
Les foncières solidaires non cotées
- Traçabilité actif par actif
- Capital non garanti
- Épargne bloquée plusieurs années
- Rendement variable et non garanti
- Réduction d’impôt possible
Les foncières solidaires constituent le cas le plus lisible, parce que leur actif est physique et identifiable. C’est le modèle de FEVE, qui acquiert des fermes et les met à disposition d’agriculteurs et d’agricultrices en location avec option d’achat. Agréée ESUS, elle ouvre droit à la réduction d’impôt IR-PME ESUS au taux majoré de 25 % du montant investi, dans la limite des plafonds en vigueur.
Concrètement, chez FEVE : l’objectif de rendement est de 2 % par an, non garanti ; le premier investissement démarre à 500 €, puis à partir de 100 € pour les suivants ; les parts sont conservées 7 ans pour bénéficier de la réduction d’impôt.
La différence de nature avec le LDDS tient en une phrase : vous savez quelle ferme votre argent a achetée, qui s'y installe et ce qui y est produit.
Pour un panorama plus large des véhicules disponibles, voir notre page sur l’investissement éthique, et notre analyse de l’impact écologique de votre épargne.
Les limites à connaître avant de déplacer son épargne
Cette section existe parce qu’une page qui n’expose que les avantages ne mérite pas votre confiance.
Ce que le LDDS fait mieux que n’importe quelle alternative. Capital garanti, retrait possible à tout instant, zéro frais, zéro fiscalité, zéro paperasse. Pour trois à six mois de dépenses courantes, il n’existe pas de meilleur outil. Le quitter entièrement serait une erreur de gestion.
Ce que coûte un placement non coté à impact. Le capital n’est pas garanti : une foncière solidaire peut perdre de la valeur, et vous pouvez récupérer moins que votre apport. Les parts ne se revendent pas d’un clic, il faut compter 7 ans d’immobilisation pour conserver l’avantage fiscal. Le rendement, n’est ni garanti ni comparable à un taux réglementé.
Le bon ordre. Constituer d’abord une épargne de précaution liquide. Ne déplacer ensuite que ce dont on n’a pas besoin à court terme. Ne jamais investir en non coté un montant dont la perte remettrait en cause un projet de vie.
Questions fréquentes
Que finance le LDDS exactement ?
Environ 60 % de l’encours est centralisé à la Caisse des Dépôts, qui finance le logement social, les collectivités et des projets de transition écologique. Les 40 % restants sont conservés par les banques, qui doivent les employer à hauteur de 80 % au financement des PME, 10 % à la transition énergétique et 5 % à l’économie sociale et solidaire.
Le LDDS est-il vraiment écologique ?
Partiellement. Les ratios réglementaires sont respectés et même dépassés, mais aucune traçabilité individuelle n’existe, aucune exclusion sectorielle n’est prévue, et le volet transition finance surtout la construction neuve plutôt que la rénovation du parc ancien.
Quel est le taux du LDDS en 2026 ?
1,50 % du 1ᵉʳ février au 31 juillet 2026, puis 1,70 % à compter du 1ᵉʳ août 2026. Le taux est aligné sur celui du Livret A et révisé deux fois par an.
Quel est le plafond du LDDS ?
12 000 € de versements. Le solde peut dépasser ce montant par capitalisation des intérêts.
Peut-on donner une partie de son LDDS à une association ?
Oui. Votre banque doit vous proposer chaque année d’affecter tout ou partie de votre encours ou de vos intérêts à une entité de l’économie sociale et solidaire. En 2025, ces dons ont représenté 3,1 millions d’euros au total.
Faut-il fermer son LDDS pour investir de façon responsable ?
Non. Le LDDS remplit une fonction d’épargne de précaution qu’aucun placement à impact ne remplit. La question se pose uniquement pour l’épargne excédentaire, et un placement non coté comporte un risque de perte en capital.



.jpeg)


